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CAMEROUN : ÉCHEC ROUTIER

CAMEROUN : ÉCHEC ROUTIER
Le programme routier 2026 au Cameroun fait face à d'importants retards d'exécution.

Le programme routier 2026 du Cameroun pourrait sérieusement dévier de ses objectifs. Sur les 155 projets dont la livraison était prévue pour cette année, seuls 30 étaient achevés au 28 juillet. Selon le ministère des Travaux publics (Mintp), 40 autres pourraient être livrés d’ici fin décembre, à condition que le rythme d’exécution se maintienne. Le total atteindrait ainsi 70 projets, soit 45,2 % de la programmation annuelle.


Un bilan à mi-parcours inquiétant


Dans le cadre de son évaluation à mi-année, le Mintp a classé 57 projets comme présentant un « risque élevé » de non-achèvement, contre 29 projets jugés à risque faible. Ces opérations concernent un ensemble important d’infrastructures.




  • 205 km de routes en construction,




  • 154 km en réhabilitation,




  • 66 km en entretien confortatif,




  • 1 004 mètres linéaires d’ouvrages d’art,




  • 1 411 km de routes à entretenir en collaboration avec des sociétés forestières et de développement,




  • ainsi que des études couvrant 1 029 km de routes et 70 mètres linéaires d’ouvrages.




Le Mintp souligne que les difficultés rencontrées vont bien au-delà des simples retards financiers.


« Les obstacles incluent aussi la faible mobilisation des entreprises, des procédures contractuelles inachevées, la forte pluviométrie et l’insécurité »


détaille le rapport interne consulté par Investir au Cameroun.


Un faible taux d’exécution financière


À fin juin, le taux d’exécution financière reste très bas. Sur un budget de 251,04 milliards de FCFA, seul un montant de 26,01 milliards a été engagé, liquidé et ordonnancé, soit un taux d’exécution de seulement 10,36 %. Le Mintp explique cette contre-performance par


« les difficultés d’exploitation du système budgétaire ProBMIS AI »


qui compliquent la gestion efficiente des fonds.


Les voies alternatives à la Pénétrante Nord en retard


À Yaoundé, les voies alternatives à la Pénétrante Nord, projet distinct du chantier principal, illustrent bien ces retards. Cette opération de 17 km, budgétée à 1,23 milliard de FCFA, affichait une exécution de 17 % en juillet, contre 5 % au 31 décembre 2025.


Pour atteindre l’objectif fixé à 100 % d’achèvement en fin d’année, le projet devrait accélérer fortement, avec un gain de 83 points en cinq mois. Toutefois,


« la mission de contrôle n’était toujours pas contractualisée en juillet »


indique le Mintp, qui recommande


« d’accélérer le recrutement du Laboratoire national de génie civil (Labogénie) ».


La boucle de la Lékié, un progrès au ralenti


Sur environ 81 km, la réhabilitation de la boucle de la Lékié (Nkolbisson, Zamengoué, Ekékam, Evodoula, Monatélé) est évaluée à 31,1 milliards de FCFA. En juillet, l’avancement était de 57 %, à peine supérieur aux 55 % enregistrés en décembre 2025. Pour respecter l’échéance annuelle, il faudrait réaliser 43 % des travaux en cinq mois.


Le Mintp explique que


« le retard n’est désormais plus lié aux paiements »


Entre fin janvier et fin avril, l’entreprise Arab Contractors a reçu près de 4,20 milliards de FCFA, couvrant environ 89 % des factures en attente. Le retard est plutôt dû à


« une mauvaise organisation, une insuffisance des équipes et une faible mobilisation des équipements ».


En juillet, seulement 30,72 km de couche de roulement étaient posés, tandis que la construction du pont sur la Ngobo n’avait même pas encore débuté.


Performances contrastées sur la Ring Road dans le Nord-Ouest


Dans la région du Nord-Ouest, la section Kumbo-Ndu (39 km) avait atteint 58,98 % d’avancement en juillet, contre 48 % fin 2025. Malgré un délai prolongé jusqu’au 25 décembre, ce chantier souffre encore


« de l’insécurité et du manque d’équipements »


Au 13 juillet, seulement 1,18 km de couche de roulement avait été posée.


La section Ndu-Nkambe (31 km) affiche une situation plus favorable avec près de 97 % de travaux réalisés et des opérations de réception provisoire engagées. En revanche, la portion Nkambe-Misaje, incluant le contournement de Nkambe, stagne à 36 %, pénalisée par l’insécurité et la sous-performance de l’entreprise.


Yabassi-Bafang, les études bloquées à 60 %


Le tronçon Yabassi-Nkondjock-Bafang, long de 148 km, n’a encore vu aucun début de travaux. Les études de construction, censées préparer le chantier, sont bloquées à 60 % depuis décembre 2025.


Le bureau d’études n’a pas encore transmis la version améliorée du rapport d’avant-projet détaillé, malgré une relance en avril. Le Mintp prévoit une nouvelle mise en demeure pour obtenir ce document, indispensable au démarrage des travaux.


Un programme en péril au-delà des contraintes financières


Ces constats montrent que le risque d’échec du programme routier 2026 ne dépend pas uniquement des tensions budgétaires. La capacité opérationnelle des entreprises, la lenteur des procédures administratives et le suivi contractuel jouent un rôle majeur.


Le Mintp rappelle qu’il pourrait recourir à la résiliation de certains marchés en cas de défaillance avérée des cocontractants. Il envisage aussi de prioriser les paiements aux projets ayant dépassé 30 % d’exécution pour maximiser les chances d’achèvement.


« Il est crucial d’améliorer la gestion et la coordination pour éviter que ces infrastructures vitales ne restent inachevées »


conclut un responsable du ministère.


 

Par Pamphil

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