TRANSFRONTALIER
Le Parlement de la République démocratique du Congo (RDC) a franchi le 8 mai 2025 franchi un cap historique en entérinant une loi autorisant le gouvernement à contracter un prêt de 27,5 milliards de francs CFA, l’équivalent de 46,6 millions de dollars américains, auprès de la Banque africaine de développement (BAD). Ce financement initial est l’acte fondateur d’un ambitieux projet d’ampleur régionale. Il s’agit du Programme régional d’appui au développement des infrastructures et à la valorisation des ressources en eau transfrontalières entre la RDC et la République centrafricaine (RCA), connu sous l’acronyme PREDIRE.
Rivés l’un à l’autre par l’Oubangui, majestueux cours d’eau dont les méandres dessinent les frontières naturelles entre les deux pays, la RDC et la RCA posent les jalons d’une coopération exemplaire, fondée sur un impératif vital : l’accès équitable et durable à l’eau potable.
Estimé à 152,4 milliards de FCFA (soit 257,6 millions de dollars), le programme PREDIRE bénéficie d’un soutien multilatéral significatif. Outre la BAD, qui mobilise 79,6 milliards FCFA via le Fonds africain de développement, plusieurs bailleurs de fonds de stature internationale se joignent à l’effort : le Fonds OPEP (14,7 milliards FCFA), l’Union européenne (32,5 milliards FCFA) et le Fonds pour l’environnement mondial (20,6 milliards FCFA).
En RDC, les premiers chantiers du programme s’étendront sur trois provinces clefs : le Nord-Ubangui, le Sud-Ubangui et la Mongala. En RCA, les préfectures de l’Ouham, de l’Ouham-Pendé et d’Ombella-Mpoko seront les épicentres de cette transformation hydraulique. Ce vaste programme prévoit notamment la construction de réseaux d’adduction, de stations de pompage et de traitement d’eau, ainsi que la mise en place de dispositifs de stockage et de distribution modernisés.
À l’horizon du projet, près de 2,4 millions de personnes, dont 51 % de femmes, bénéficieront d’un accès amélioré à une eau salubre; ressource encore trop souvent rare et précieuse dans ces régions enclavées.
Le programme PREDIRE s’érige sur une architecture tripartite, conjuguant savoir, infrastructures et gouvernance.
Renforcement des connaissances et de la gouvernance hydrique : par une meilleure compréhension du bassin de l’Oubangui, notamment grâce à des études hydrologiques, des bases de données partagées et des cadres de concertation transnationaux.
Déploiement d’infrastructures pérennes : la construction d’ouvrages robustes, conçus pour résister au temps et aux caprices climatiques, permettra de sécuriser l’approvisionnement en eau tout en respectant les équilibres écosystémiques.
Capacitation institutionnelle : en dotant les autorités locales et nationales des outils, des compétences et des mécanismes de gouvernance nécessaires, le programme vise à garantir la pérennité et la gestion efficiente des installations.
Au-delà des enjeux purement techniques, ce programme incarne une diplomatie de l’eau nouvelle, dans laquelle la gestion concertée d’une ressource partagée devient un vecteur de coopération, de résilience et de paix. Dans un monde où les tensions autour de l’eau augmentent, la RDC et la RCA montrent qu’une gouvernance transfrontalière concertée peut transformer un fleuve en trait d’union plutôt qu’en ligne de fracture.