tvplusafrique

International

LES ÉLECTIONS AU 6 DÉCEMBRE 2026

LES ÉLECTIONS AU 6 DÉCEMBRE 2026
Guinée-Bissau : la junte annonce les élections législatives et présidentielle au 6 décembre 2026. Horta N’Tam interdit de candidature, pression de la Cédéao, détenus politiques et stabilité en question.

Deux mois après le coup d’État qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo à la veille de la proclamation des résultats de la présidentielle, la junte militaire au pouvoir en Guinée-Bissau a annoncé mercredi 21 janvier la tenue des élections législatives et présidentielle. Dans un décret lu à la télévision nationale, la date est fixée au 6 décembre 2026. Si l’annonce marque une étape dans la transition, elle suscite de nombreuses interrogations sur la capacité du pays à organiser des scrutins crédibles dans un contexte de fragilité politique et économique


Un calendrier électoral annoncé


Le décret présidentiel n°02/2026, publié mercredi, fixe donc la tenue des élections législatives et présidentielle au 6 décembre prochain. Selon le texte, le général de division Horta N’Tam, président de la transition, ne pourra pas se présenter, conformément à la charte de transition adoptée le 27 novembre 2025. Cette charte interdit en effet au chef de la junte toute participation au scrutin, afin de préserver une certaine légitimité institutionnelle.


Dans son allocution à la télévision, le porte-parole de la présidence, le colonel Valentin Jaime, a assuré que « toutes les conditions pour l’organisation des élections libres, justes et transparentes sont réunies ». Ces scrutins devraient marquer le retour à l’ordre constitutionnel, respectant le délai d’un an fixé par la charte de transition. Le général Horta N’Tam a par ailleurs salué un officier de l’armée sous le portrait d’Amílcar Cabral, symbole historique de la lutte pour l’indépendance, le 28 novembre 2025 à Bissau.


Pour le pouvoir militaire, cette annonce est une manière de redresser la barre après le coup d’État du 26 novembre 2025, qui avait plongé le pays dans un creux de la vague politique et diplomatique, et d’assurer la communauté internationale de son engagement à revenir rapidement à la normale.


La pression de la Cédéao et la médiation diplomatique


L’annonce intervient dans un contexte de forte pression diplomatique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). La mission conduite le 10 janvier par le président sierra-léonais Julius Maada Bio, président en exercice de l’organisation, et son homologue sénégalais Bassirou Diomaye Faye, a rappelé la nécessité d’une transition courte, inclusive et consensuelle.


« Conformément au communiqué du 68e Sommet de la Cédéao, j’ai dirigé une mission de haut niveau en Guinée-Bissau pour m’engager avec le Haut Commandement militaire », a déclaré Julius Maada Bio. La délégation comprenait également le président de la Commission de la Cédéao, Dr Omar Alieu Touray. Cette visite avait pour but de convaincre la junte de fixer un calendrier crédible, tout en exigeant la libération des détenus politiques et le respect des libertés publiques.


Dans ce contexte, la date du 6 décembre apparaît comme une réponse, mais elle laisse planer le spectre de l’incertitude. Les critiques des partis politiques et de certains observateurs internationaux pointent du doigt le tableau de la situation : infrastructures électorales fragiles, financement limité et climat de tension sociale.


Des élections sous conditions


Plusieurs leaders politiques contactés par RFI insistent sur des préalables essentiels. La libération complète des détenus politiques, incarcérés dans la foulée du coup d’État, figure en tête des demandes. Parmi eux, l’ancien président de l’Assemblée nationale populaire Domingos Simões Pereira demeure encore derrière les barreaux, malgré une libération partielle de ses proches.


Certains acteurs avertissent qu’organiser des élections dans un contexte où les institutions sont fragilisées, les partis divisés et les médias sous pression pourrait être une entorse aux principes démocratiques. Pour eux, le pays doit relever la tête et reconstruire la confiance de ses citoyens avant de se lancer dans un scrutin national.


Le gouvernement militaire insiste toutefois sur le respect des engagements internationaux et sur la volonté de retrouver le concert des nations en respectant les standards électoraux. Le colonel Valentin Jaime a affirmé que toutes les mesures seraient progressivement mises en place pour garantir un processus transparent. Mais les observateurs restent sceptiques : le calendrier est serré, et l’expérience montre que la Guinée-Bissau, souvent au plomb dans l’aile sur le plan institutionnel, pourrait manquer de ressources logistiques et humaines pour tenir un scrutin crédible.


Le contexte du coup d’État


Le général Horta N’Tam a pris le pouvoir après l’interruption du processus électoral à seulement 24 heures de la proclamation des résultats du scrutin du 23 novembre 2025. Ces élections avaient pourtant été jugées « libres, transparentes et pacifiques » par la Cédéao et d’autres observateurs internationaux.


Le coup d’État a laissé le pays dans une situation délicate : institutions affaiblies, économie vacillante, et méfiance généralisée entre la classe politique et l’armée. La junte, en annonçant la tenue des élections pour la fin de l’année, cherche à tourner la page tout en conservant un chapeau de légitimité, mais le chemin reste semé d’embûches.


Des attentes contradictoires


Si la date du 6 décembre offre une perspective de sortie de crise, elle met également en lumière des tensions persistantes. Les partis politiques et la société civile demandent des garanties pour la liberté d’expression, la sécurité des candidats et la transparence du scrutin. Certains craignent que la pression internationale pousse la junte à précipiter les élections, au risque de fragiliser encore davantage la démocratie naissante.


La Cédéao, qui avait rejeté le calendrier de transition initialement annoncé par la junte, n’a pas encore officiellement réagi à cette nouvelle date. L’organisation régionale continue de demander la libération de tous les prisonniers politiques, le renforcement des institutions par la Mission d’appui à la stabilisation de la Guinée-Bissau (MISGB), et avertit que des sanctions ciblées pourraient être prises en cas d’atteinte au processus électoral.


Un pays à redresser


La Guinée-Bissau reste au creux de la vague après le coup d’État, mais l’annonce des élections pourrait être l’occasion de relever la tête et de redonner un peu de confiance à la population. Le défi reste immense : organiser des élections nationales dans un pays où la stabilité institutionnelle est fragile, et où le tissu social et économique est marqué par la précarité.


Pour les observateurs, la date du 6 décembre constitue un test : si les élections se déroulent dans de bonnes conditions, la Guinée-Bissau pourrait amorcer un retour à la normale et retrouver le concert des nations. À l’inverse, tout retard ou manquement pourrait laisser planer le spectre de nouvelles tensions et prolonger la crise.


Redresser la barre et organiser des scrutins libres et crédibles


La fixation des élections au 6 décembre 2026 par le général Horta N’Tam marque une étape symbolique dans la transition post-coup d’État. Mais elle n’efface pas les ailes dures de la crise, les divisions politiques et les difficultés logistiques. Alors que la Guinée-Bissau cherche à se stabiliser, la communauté internationale et les acteurs locaux observent attentivement. Redresser la barre et organiser des scrutins libres et crédibles reste un défi colossal, mais c’est aussi la seule voie pour que le pays retrouve le concert des nations et mette fin à une période de grande instabilité.


Le pays doit maintenant démontrer qu’il est capable de transformer cette promesse en réalité, tout en tenant compte des exigences de transparence et des aspirations de sa population.


 


 

Par Pamphil

Top Articles