INÉLIGIBILITÉ TEMPORAIRE
Dans un communiqué ferme publié ce mercredi 18 juin 2025, la Cour des comptes a lancé un rappel à l’ordre aux candidats à la dernière élection présidentielle du 12 avril 2025. Par la voix de son premier président, Alain-Christian Iyangui, l'institution financière met en garde : tous les candidats doivent impérativement déposer leurs comptes de campagne avant la date butoire du 25 juin 2025. Il reste 6 jours.
À ce jour, un seul candidat s’est conformé à cette obligation légale : Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais Président de la République. Le Greffe de la Cour des comptes confirme n’avoir reçu aucun autre dossier des sept autres prétendants à la magistrature suprême.
Une situation pour le moins préoccupante, alors que le Code électoral, en son article 369 de la Loi organique n°001/2025, prévoit clairement l’obligation de fournir un état des sources de financement, un relevé des dépenses, et toutes les pièces justificatives afférentes. L'absence de conformité pourrait bien placer certains ex-candidats dans le viseur de la justice.
Des candidats sous pression
Les candidats en retard, Joseph Lapensée Essingone, Stéphane Germain Iloko Boussengui, Axel Stophène Ibinga Ibinga, Alain Simplice Boungoueres, Thierry Yvon Michel Ngoma, la ministre Zenaba Gninga Chaning, se retrouvent désormais dans le collimateur de la haute juridiction financière. Le compte à rebours est enclenché, et le spectre de sanctions juridiques et politiques plane sur ces figures politiques et de la société civile.
En cas de manquement, ils risquent notamment l’inéligibilité temporaire. Une sanction lourde de conséquences pour ceux qui envisagent de rester dans l’arène politique. La Cour des comptes insiste :
« La loi doit être respectée, nul ne peut s’y soustraire sans conséquences »
« Cette situation pourrait cacher des manipulations financières, voire des dépassements budgétaires passés sous silence. Difficile, dans ces conditions, de ne pas y voir une anguille sous roche »
commente un observateur politique.
L’exemplarité en question
En refusant de se soumettre à une exigence aussi élémentaire que le dépôt de leurs comptes, ces candidats ternissent leur image et bafouent le droit qu’ils prétendent défendre.
« Comment prétendre à la moralisation de la vie publique en ramant à contre-courant des règles fondamentales ? »
s’interroge un analyste politique. Pour un enseignant de l'Université Omar Bongo (UOB)
« ce comportement met en porte à faux des candidats qui veulent incarner l’exemplarité mais peinent à montrer l’exemple »
L’affaire donne aussi du fil à retordre aux autorités de la Cour des comptes, contraintes de rappeler les fondamentaux à des candidats censés les maîtriser. En ne respectant pas leurs obligations, ces derniers pourraient bien perdre leurs lettres de noblesse dans le débat démocratique.
Une pression politique latente
La sortie de la Cour survient dans un contexte où le nouveau pouvoir, porté par Brice Clotaire Oligui Nguema, promet une gouvernance basée sur la transparence et la reddition des comptes. Ce rappel à l’ordre s'inscrit dans le droit fil de la dynamique de moralisation annoncée dès les premiers discours du chef de l’État.
Derrière cette déclaration se profile peut-être aussi un message adressé à l’ensemble de la classe politique. L’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze, ne cesse de marteler l’importance d’une politique
« propre, respectueuse des institutions et conforme à la volonté populaire »
Alors que la date butoire approche à grands pas, les sept candidats récalcitrants doivent maintenant choisir : se conformer à la loi ou risquer d’avoir maille à partir avec la Cour des comptes. Et ceux qui n’ont toujours pas déposé leurs comptes risquent fort de se retrouver sous une épée de Damoclès judiciaire, avec bien des choses à se reprocher.