tvplusafrique

International

TUNDU LISSU EN PRISON

TUNDU LISSU EN PRISON
Tundu Lissu échappe à la peine capitale et écope de quatre ans de prison.


Tundu Lissu échappe à la peine de mort mais écope de quatre ans de prison pour « incitation ». C’est un paysage politique suspendu entre le soulagement et l'amertume qui s'offre aujourd’hui à la Tanzanie. Emprisonné depuis avril 2025 pour des accusations de trahison qui lui faisaient planer la menace d’une condamnation à la peine capitale, Tundu Lissu, figure incontournable de l’opposition et leader du parti Chadema, a enfin fixé son sort judiciaire. Ce vendredi, la Haute Cour a tranché. Les charges de trahison ont été abandonnées, les magistrats estimant le dossier vide de preuves suffisantes.




Un véritable ouf de soulagement pour ses proches, sa famille politique et les défenseurs des droits humains. Toutefois, ce répit s'accompagne d’un retournement inattendu. Dans le même temps, la juridiction a condamné l'opposant à quatre ans de reclus pour « incitation ». Une sentence qui laisse un goût d’inachevé et relance les interrogations sur l'indépendance de la justice dans le pays d'Afrique de l'Est.



Une épée de Damocles en moins, une condamnation en trop


Pour les partisans de Tundu Lissu, l'abandon du chef de trahison évite le pire. C'était l'accusation la plus lourde, celle qui menaçait directement la vie de cet opposant historique de 58 ans, président de la principale formation d’opposition face au parti Chama Cha Mapinduzi (CCM), au pouvoir depuis l'indépendance du pays.



Cependant, la condamnation à quatre ans de prison pour avoir prétendument incité les citoyens à perturber les élections d'octobre 2025 est perçue par ses avocats et ses sympathisants comme une manœuvre de substitution. À Dar es Salam, le sentiment général est que l'appareil judiciaire cherche de nouveaux artifice pour maintenir derrière les barreaux une voix dissidente jugée trop encombrante. Un éminent avocat tanzanien confiait d'ailleurs à nos confrères de RFI, juste après le verdict, qu'il s'agissait là d'« un vrai coup dur porté à l’État de droit ».






L’ombre persistante des violences électorales de 2025


Cette décision de justice intervient dans un climat politique extrêmement tendu, marqué par une répression ciblée et multiforme contre les cadres du Chadema. Pas plus tard que cette semaine, Coletha Ntidyicha, responsable de la branche des jeunes du parti dans la région de Kigoma (ouest), a elle aussi été interpellée et placée en détention sous de graves accusations de terrorisme.



La tourmente actuelle trouve ses racines profondes dans le bras de fer électoral de l'an dernier. Tundu Lissu avait ouvertement menacé de « bloquer les élections par la confrontation » si de profondes réformes du système électoral n'étaient pas menées à bien. Face au refus du pouvoir, le Chadema avait finalement été exclu du scrutin d’octobre 2025 après avoir refusé de signer un « code de conduite électorale » jugé inique.



La présidentielle d'octobre 2025 s'est ainsi soldée par la réélection de la sortante Samia Suluhu Hassan avec un score écrasant de 98 % des suffrages. Mais ce plébiscite a surtout été entaché par une contestation populaire d'une rare violence, férocement réprimée par les forces de sécurité. Une commission d’enquête officielle, largement décriée et qualifiée de partiale par l’opposition, a fini par admettre en avril dernier que ces troubles avaient fait 518 morts, tout en évitant soigneusement de désigner les coupables. De leur côté, les organisations de défense des droits humains et les partis d'opposition estiment qu'environ 2 000 personnes ont perdu la vie sous les balles des forces de l’ordre.



Un procès sous haute surveillance internationale


L'affaire Tundu Lissu dépasse largement les frontières tanzaniennes. L'acharnement judiciaire dont il fait l'objet a provoqué une levée de boucliers au sein de la communauté internationale, suscitant de vives critiques de la part de parlementaires étrangers, notamment au Royaume-Uni et au sein de l'Union européenne. Ces derniers n'ont cessé de dénoncer un procès éminemment politique, exigeant à cor et à cri la libération immédiate et inconditionnelle de l'opposant.



Alors que le pays tente de panser les plaies béantes de la crise post-électorale, le dossier Tundu Lissu demeure un baromètre crucial de la santé démocratique en Tanzanie. Entre la menace d'un musellement persistant de l'opposition et l'espoir d'une sortie de prison imminente grâce à une procédure d'appel, l'avenir politique du pays reste plus que jamais incertain.

Par Pamphil

Top Articles