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EXPANSION CHINOISE

EXPANSION CHINOISE
La Chine investit stratégiquement dans le secteur du minerai de fer au Nigeria.

Le Nigeria dispose d’un potentiel estimé à plus de 3 milliards de tonnes de minerai de fer. Alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures et à diversifier son économie, les investisseurs chinois lorgnent de plus en plus ce sous-sol riche, avec l’ambition de participer aussi au développement de la sidérurgie locale.


Agbaja, nouvel actif dans le viseur chinois


Le mouvement s’est encore illustré le 17 août avec l’accord conclu entre l’australienne Macro Metals et RSIN Nigeria Limited autour du projet de minerai de fer Agbaja. L’opération, valorisée à 5,67 millions de dollars, prévoit la cession de l’actif à cette société liée à des intérêts chinois.


Agbaja n’est pas un simple gisement sur le papier. Le projet renfermerait une réserve probable de 205 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 45,7 % en fer. Pour Macro Metals, cette transaction constitue surtout une porte de sortie après plusieurs années de difficultés à faire progresser le projet.


Une étude réalisée en 2022 avait pourtant dressé un scénario impressionnant. Agbaja pourrait produire environ 500 000 tonnes de billettes d’acier chaque année pendant 25 ans. Le développement d’une mine et d’une aciérie intégrée nécessiterait toutefois quelque 557 millions de dollars d’investissement.


La Chine veut remonter toute la chaîne


L’intérêt chinois ne se limite pas à l’extraction. Il miroite surtout dans la perspective de bâtir progressivement une chaîne industrielle locale, de la production du minerai jusqu’à la transformation en acier.


En mai 2025, Sinomach-HE s’était associé à la société nigériane Chart & Capstone Integrate Ltd pour porter un projet d’aciérie de 2,5 milliards de dollars dans l’État de Kogi. D’autres capitaux chinois seraient également associés aux efforts visant à relancer Ajaokuta Steel Company, complexe sidérurgique public emblématique mais longtemps resté sous-exploité.


Le groupe RSIN, maison mère de RSIN Nigeria Limited, avait par ailleurs été cité l’an dernier aux côtés de Galaxy Group dans le financement d’un projet de Stellar Steel Company. Celui-ci prévoyait 450 millions de dollars d’investissement dans l’État d’Ogun, notamment pour sécuriser l’approvisionnement en minerai de fer et développer une capacité sidérurgique.


Un scénario qui rappelle Simandou


Cette offensive chinoise donne le tournis par son potentiel, même si elle reste encore loin de constituer une mainmise sur la filière nigériane. Elle rappelle néanmoins, à une autre échelle, le positionnement observé en Guinée autour de Simandou.


Le gigantesque complexe guinéen, entré en production en novembre 2025 après plusieurs décennies d’attente, compte aujourd’hui plusieurs entreprises chinoises parmi ses acteurs. Chalco Iron Ore Holdings et Baowu Winning Consortium Simandou participent notamment au développement des quatre blocs du projet.


Le Nigeria pourrait-il suivre une trajectoire comparable ? Le potentiel géologique est considérable, mais le passage des annonces aux réalisations demeure le principal défi.


Le véritable enjeu : transformer le potentiel en industrie


Pour Abuja, l’objectif dépasse largement l’exploitation de quelques gisements. Le gouvernement veut donner une nouvelle impulsion au secteur minier et en faire un moteur de diversification économique.


Le défi est de taille. Malgré l’importance des ressources disponibles, les activités minières représentent encore moins de 1 % du PIB nigérian. Les autorités estiment pourtant la valeur des réserves minérales nationales à environ 700 milliards de dollars, en incluant notamment le lithium et les terres rares.


Appâté par l’énorme potentiel industriel du Nigeria, le capital chinois pourrait donc jouer un rôle majeur. La Chine, mastodonte mondial de la sidérurgie et premier consommateur d’acier, a importé 736,84 millions de tonnes de minerai de fer au cours des sept premiers mois de l’année, soit 6 % de plus qu’un an auparavant, selon Reuters.


La conclusion définitive de l’accord sur Agbaja, attendue dans les 20 jours suivant le protocole signé en août, permettra notamment de mesurer la détermination de RSIN.  

Par Pamphil

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