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COMPRENDRE L’OLIGUISME, QUAND LA PAROLE POLITIQUE DOIT DEVENIR RÉALITÉ

COMPRENDRE L’OLIGUISME, QUAND LA PAROLE POLITIQUE DOIT DEVENIR RÉALITÉ
L’oliguisme au Gabon : action de terrain et obligation de résultat.

Depuis l’arrivée de Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête du Gabon, un terme s’installe progressivement dans le débat public, l’oliguisme.


Au-delà du nom, le concept cherche à définir une méthode de gouvernance, être au contact des populations, identifier leurs besoins, décider, suivre personnellement l’exécution des décisions et revenir sur le terrain pour constater les résultats.


Car gouverner ne consiste pas seulement à annoncer des projets ou à poser des premières pierres. Encore faut-il s’assurer que les chantiers avancent, qu’ils arrivent à leur terme et, surtout, qu’ils changent réellement la vie des populations.


C’est probablement là que se trouve le cœur de l’oliguisme, faire de la parole donnée une obligation de résultat.


Cette méthode est particulièrement visible dans les déplacements du chef de l’État. À plusieurs reprises, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est rendu sur des chantiers afin d’en contrôler directement l’évolution. En août 2026, lors d’une tournée dans le Grand Libreville, il a notamment inspecté plusieurs infrastructures et voiries, avec des instructions portant sur les délais, la qualité des travaux et le respect des normes.


Cette présence sur le terrain répond également à une autre réalité du pouvoir, entre une décision prise au sommet de l’État et son application sur le terrain existe toute une chaîne administrative. Ministres, administrations, entreprises et responsables locaux produisent des rapports. Mais aucun rapport ne remplace totalement ce que l’on peut constater soi-même.


L’oliguisme consiste donc aussi à confronter les comptes rendus à la réalité.


Cette philosophie intervient alors que le Gabon connaît une multiplication importante des projets d’infrastructures.


À la mi-2026, les autorités faisaient état de 1 886 kilomètres de routes en cours d’aménagement sur l’ensemble du territoire. Parmi les grands axes figurent Ovan-Makokou, Oyem-Assok-Medzeng, Moanda-Bakoumba, Ntoum-Cocobeach, le PK24-PK105 de la Transgabonaise ou encore l’immense axe Alembe-Carrefour Leroy-Mikouyi.


D’autres projets routiers doivent contribuer au désenclavement de l’intérieur du pays, notamment Lébamba-Mbigou-Makongonio-Malinga et Yombi-Mandji-Carrefour Rabi-Omboué.


Mais l’ambition affichée ne concerne pas uniquement les routes.


Dans le Woleu-Ntem, les projets suivis comprennent notamment le futur hôpital de Minvoul, le marché municipal de Gouéma et l’aménagement de l’entrée d’Oyem. Dans la Ngounié, les travaux concernent des infrastructures sanitaires, administratives, sportives, routières et des logements. À Mouila, une nouvelle université est également en construction.


Dans l’éducation, plusieurs établissements scolaires de Libreville et Port-Gentil sont également concernés par des opérations de construction ou de réhabilitation.


Et parfois, l’oliguisme peut être observé à une échelle beaucoup plus locale.


À Donguila, sur les berges de l’Estuaire, le Centre d’Appui à la Pêche Artisanale et à la Logistique, le CAPAL, est en construction.


Le projet fait écho aux engagements pris envers les jeunes pêcheurs de la localité, améliorer leurs conditions de travail et leur permettre de mieux vivre de leur activité. Désormais, cette promesse commence à prendre une forme concrète.


Le projet prévoit des infrastructures permettant notamment d’améliorer le débarquement, la conservation, la transformation et la commercialisation des produits de la pêche. L’objectif est simple, éviter qu’une partie de la valeur créée par les pêcheurs disparaisse faute de moyens de conservation et d’organisation de la filière.


Le CAPAL doit ainsi permettre de passer progressivement d’une pêche artisanale confrontée aux pertes et aux difficultés de commercialisation à une activité davantage structurée.


C’est un exemple particulièrement parlant de ce que veut représenter l’oliguisme, partir d’un problème rencontré par une population, écouter ceux qui le vivent, prendre un engagement et transformer ensuite cette parole en action publique.


À Donguila, la promesse devient donc progressivement béton.


Mais le véritable résultat ne sera pas seulement de voir le bâtiment sortir de terre. Il sera atteint lorsque les pêcheurs pourront effectivement utiliser ces installations, mieux conserver leurs prises, vendre dans de meilleures conditions, augmenter leurs revenus et créer de nouvelles activités autour de la pêche.


Car l’oliguisme ne peut pas être uniquement une politique des chantiers. Il doit être une politique de l’impact.


Cette logique prend une dimension encore plus importante avec les grands projets industriels engagés par le pays.


À Kobe-Kobe, le lancement du projet de port en eau profonde accompagne une ambition beaucoup plus vaste autour de l’exploitation du fer de Bélinga. Le programme annoncé associe infrastructures portuaires, ferroviaires et énergétiques, avec notamment un projet de chemin de fer d’environ 535 kilomètres et un barrage hydroélectrique de 400 MW à Booué.


La modernisation du Transgabonais s’inscrit elle aussi dans cette transformation des infrastructures économiques du pays.


Ainsi, de Donguila à Bélinga, de Libreville à Mouila, d’Oyem à Mbigou, l’enjeu reste finalement le même, transformer des décisions politiques en réalisations concrètes.


Et c’est précisément sur ce terrain que l’oliguisme devra être jugé.


Le Gabon a déjà connu, comme de nombreux pays africains, des projets annoncés avec ambition mais restés inachevés. Ces infrastructures abandonnées, parfois qualifiées "d’éléphants blancs", finissent par symboliser non seulement un gaspillage de ressources mais aussi une rupture de confiance entre les citoyens et la puissance publique.


L’oliguisme veut rompre avec cette logique.


Une première pierre ne constitue pas un résultat. Un chantier à 50 % n’est pas une promesse tenue. Une infrastructure achevée mais inutilisée ne constitue pas davantage une réussite.


Le résultat commence lorsque l’ouvrage fonctionne et sert effectivement la population.


C’est pourquoi les visites répétées des chantiers prennent une importance particulière. Elles permettent de demander, où en sont réellement les travaux ? Pourquoi existe-t-il un retard ? L’entreprise dispose-t-elle des moyens nécessaires ? Les normes sont-elles respectées ? Quand l’ouvrage sera-t-il livré ?


Mais cette conception de la gouvernance pose aussi une question fondamentale : un Président peut-il surveiller personnellement tous les chantiers du Gabon ?


Évidemment non.


Et c’est ici qu’apparaît peut-être la deuxième dimension de l’oliguisme.


Pour devenir une véritable méthode de gouvernance et dépasser la personnalité de celui qui l’incarne, l’exigence de résultat doit descendre dans toute la chaîne de l’État.


Le ministre doit contrôler. Le directeur doit rendre compte. Le fonctionnaire doit accomplir sa mission. L’entreprise doit respecter son contrat. Les collectivités doivent entretenir les infrastructures. Et le citoyen lui-même doit préserver les équipements mis à sa disposition.


L’oliguisme devient alors aussi une question de mentalité.


Une culture de la responsabilité, de la rigueur, du travail et de l’exemplarité.


Il ne s’agit plus seulement de demander ce que l’État doit faire, mais également de savoir ce que chacun doit accomplir à son niveau pour que le pays avance.


C’est pourquoi l’oliguisme ne pourra véritablement être évalué ni au nombre de déplacements présidentiels, ni au nombre de premières pierres posées, ni même au nombre de chantiers actuellement visibles.


Son véritable bilan sera ailleurs.


Combien de routes auront été livrées ? Combien d’écoles accueilleront réellement des élèves ? Combien d’hôpitaux soigneront effectivement les populations ? Combien d’emplois auront été créés ? Combien de pêcheurs de Donguila vivront mieux de leur travail grâce au CAPAL ? Combien de provinces auront réellement bénéficié de cette transformation ?


C’est à ces résultats que l’histoire pourra mesurer l’oliguisme.


Car derrière cette doctrine apparaît finalement une idée extrêmement simple, aller voir, écouter, décider, contrôler et terminer.


Faire en sorte que la parole publique retrouve sa valeur parce qu’une promesse annoncée aujourd’hui peut devenir, demain, une route, une école, un hôpital, un port, un emploi ou, comme à Donguila, un outil permettant à toute une communauté de vivre dignement de son travail.


C’est peut-être cela, au fond, l’ambition de l’oliguisme, faire passer le Gabon de la politique de la promesse à la culture du résultat.


 

Par Pamphil

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