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SEEG : UN EFFORT FINANCIER INÉDIT DE L'ÉTAT, MAIS UNE CRISE DE GOUVERNANCE QUI PERSISTE

SEEG : UN EFFORT FINANCIER INÉDIT DE L'ÉTAT, MAIS UNE CRISE DE GOUVERNANCE QUI PERSISTE
Près de 1000 milliards FCFA investis par l’État gabonais pour l’eau et l’électricité : pourquoi la crise persiste malgré l’effort financier sans précédent ?

Libreville ,Près de 1 000 milliards de FCFA. C'est le montant des investissements directs et indirects engagés par l'État gabonais, sous l'impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, pour tenter de résoudre la crise de l'eau et de l'électricité qui frappe le pays depuis plusieurs années. Un effort financier sans précédent, qui interroge pourtant un paradoxe persistant sur le terrain, les délestages continuent, et de nombreux quartiers restent privés d'eau pendant des jours, parfois des semaines.


Des moyens à la hauteur de l'urgence


Conscientes que le recours aux groupes électrogènes ne pouvait constituer qu'une solution provisoire, les autorités ont contracté de nouveaux emprunts pour financer la construction de centrales thermiques, pour un montant estimé à près de 800 milliards de FCFA. Certaines de ces infrastructures devraient être livrées à partir de juillet 2027, marquant une étape structurante dans la politique énergétique nationale.


Côté eau potable, après les difficultés rencontrées dans l'exécution du projet PIEAPAL , dont le coût global avoisine 120 milliards de FCFA ,un nouveau partenariat a été engagé avec le groupe SUEZ, pour un montant de 115 milliards de FCFA, afin d'améliorer durablement l'accès à l'eau dans le pays. Au total, ce sont donc près de 1 000 milliards de FCFA mobilisés en quelques années pour ces deux secteurs vitaux.


Le vrai problème , la gouvernance, pas les moyens


Face à ces chiffres, une question légitime se pose,comment expliquer que, malgré un tel effort financier, la qualité du service ne s'améliore pas de façon significative ? Pourquoi les réformes engagées rencontrent-elles autant de résistances ? Et pourquoi certains dirigeants successifs peinent-ils à mener des restructurations profondes, notamment sur la maîtrise de la masse salariale et l'amélioration de la productivité ?


Le chef de l'État a démontré, par les actes, son attachement à ce dossier prioritaire. Le problème semble désormais se situer ailleurs : dans la gouvernance opérationnelle de la SEEG, l'efficacité administrative, la culture de performance et les résistances internes au changement. Plusieurs voix dénoncent une tendance à faire de la société une chasse gardée, où primeraient les réseaux d'intérêts au détriment des résultats attendus par les usagers ,un constat que les autorités elles-mêmes semblent aujourd'hui prêtes à examiner sans complaisance.


Un bilan de la nationalisation à réexaminer


L'expérience de la nationalisation de 2022 mérite un examen approfondi. Lors de la nomination d'Ousmane Cissé à la tête de la SEEG cette année-là, une partie importante des agents ;environ 2 000,s'était opposée à cette décision, estimant que les compétences nationales étaient en mesure de gérer seules l'entreprise. Quatre ans plus tard, le bilan mérite d'être posé objectivement, loin des postures et des polémiques.


Vers un débat national sans tabou


Plusieurs exemples sous-régionaux, notamment au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Cameroun, démontrent qu'un changement de modèle peut produire des résultats concrets lorsque la gouvernance est efficace et les objectifs clairement définis. L'arrivée de SUEZ sur certains segments techniques, en particulier la lutte contre les pertes et les fuites d'eau, ouvre une piste de réflexion utile , ces compétences externes doivent être perçues comme un appui complémentaire, et non comme une menace pour la souveraineté nationale.
Le débat n'est pas idéologique. Les Gabonais ne réclament ni gestion publique ni gestion privée par principe, ils réclament de l'eau dans leurs robinets et de l'électricité dans leurs foyers. Il appartient désormais aux corps de contrôle de l'État et à la justice d'établir les responsabilités éventuelles, et de garantir qu'aucun conflit d'intérêts ne vienne entraver un secteur aussi stratégique pour l'avenir du pays.

Par NOEMI KIM

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