ÉCONOMIE VERTE ET EMPLOIS
Le Gabon est souvent présenté comme un modèle africain en matière de préservation des forêts. Avec près de 88 % de son territoire recouvert de forêt équatoriale, le pays possède l’un des plus importants puits de carbone de la planète. Cette richesse naturelle attire les regards du monde entier, au moment où les questions climatiques occupent une place centrale dans les débats internationaux. Cette image verte cache une interrogation essentielle. Comment protéger la forêt tout en créant des emplois et de la richesse pour les Gabonais ?
Depuis plusieurs années, les autorités gabonaises tentent de trouver un équilibre entre exploitation économique et conservation environnementale. Un défi immense pour un pays dont l’économie reste fortement dépendante des ressources naturelles.
Une forêt au cœur de l’économie nationale
Pendant des décennies, le pétrole a constitué la principale source de revenus du Gabon. Mais avec la baisse progressive de la production pétrolière, Libreville a été contraint d’accélérer la diversification de son économie. Le secteur forestier apparaît alors comme une alternative stratégique.
Le bois représente aujourd’hui l’un des premiers produits d’exportation du pays. Okoumé, ozigo, movingui ou encore kevazingo sont très recherchés sur les marchés internationaux, notamment en Asie et en Europe. L’exploitation forestière fait vivre des milliers de familles, particulièrement dans les provinces de l’Ogooué-Ivindo, du Woleu-Ntem et de la Ngounié.
L’État gabonais a d’ailleurs engagé plusieurs réformes majeures afin de mieux valoriser cette ressource. En 2010, l’interdiction d’exporter les grumes non transformées a marqué un tournant historique. L’objectif était d’encourager la transformation locale du bois et créer davantage d’emplois industriels sur le territoire national.
Cette décision a favorisé l’installation de scieries et d’usines de transformation, notamment dans la Zone économique spéciale de Nkok. Aujourd’hui, le Gabon exporte de plus en plus de produits semi-finis ou finis, générant une valeur ajoutée supérieure à celle des simples matières premières.
Le pari de l’économie verte
Le concept d’économie verte repose sur une idée simple. Produire de la richesse sans détruire durablement l’environnement. Au Gabon, cette vision est devenue un axe politique majeur depuis plus d’une décennie.
Le pays mise notamment sur la gestion durable des concessions forestières. Plusieurs entreprises opérant au Gabon ont obtenu des certifications internationales, garantissant une exploitation respectueuse des normes environnementales. Cela implique une coupe contrôlée des arbres, des rotations de parcelles et la protection de la biodiversité.
Le gouvernement veut également développer les métiers liés à la surveillance forestière, à la transformation industrielle du bois, à la recherche scientifique et à l’écotourisme. Dans un contexte mondial marqué par la transition écologique, ces secteurs offrent de nouvelles perspectives pour la jeunesse gabonaise.
Le Gabon bénéficie aussi d’un atout considérable. Ses forêts absorbent davantage de carbone que le pays n’en émet. Cette capacité ouvre la voie aux crédits carbone, un mécanisme financier qui permet aux États préservant leurs forêts de recevoir des compensations économiques internationales.
Pour Libreville, ces revenus pourraient contribuer au financement des infrastructures, de l’éducation et de l’emploi local. Mais beaucoup estiment que ces mécanismes restent encore insuffisants et parfois difficiles à concrétiser.
Le défi de l’emploi des jeunes
La question de l’emploi demeure au centre des préoccupations sociales. Chaque année, des milliers de jeunes arrivent sur le marché du travail avec peu de débouchés. Or, le secteur forestier, malgré son potentiel, peine encore à absorber cette main-d’œuvre.
Dans certaines régions, les populations locales dénoncent un paradoxe. Les ressources forestières quittent leurs territoires sans générer suffisamment de retombées économiques directes. Les emplois qualifiés restent souvent limités, tandis que certaines entreprises font appel à une main-d’œuvre étrangère spécialisée.
Le manque de formation technique constitue également un obstacle important. Les métiers modernes du bois nécessitent des compétences en mécanique industrielle, en gestion forestière, en logistique ou encore en technologies numériques. Beaucoup de jeunes Gabonais ne disposent pas encore de ces qualifications.
Pour réussir son pari, le pays devra donc investir massivement dans la formation professionnelle. Les centres techniques et les partenariats avec les entreprises privées seront essentiels pour préparer une nouvelle génération de travailleurs capables de répondre aux exigences de l’économie verte.
Entre protection et exploitation illégale
Malgré les efforts affichés, la lutte contre l’exploitation illégale du bois reste un combat permanent. Le trafic de certaines essences précieuses continue d’alimenter des réseaux clandestins. Dans plusieurs zones reculées, le contrôle de l’administration forestière demeure limité faute de moyens humains et logistiques.
Cette situation fragilise les ambitions écologiques du pays. Car une exploitation incontrôlée menace non seulement la biodiversité, mais aussi les recettes fiscales de l’État et les emplois formels.
Les ONG environnementales appellent régulièrement à davantage de transparence dans l’attribution des concessions forestières et dans la gestion des revenus issus du secteur. Elles rappellent qu’une économie verte crédible doit aussi s’appuyer sur une gouvernance exemplaire.
Un équilibre encore fragile
Le Gabon possède sans doute l’un des modèles forestiers les plus ambitieux du continent africain. Peu de pays ont pris des mesures aussi fortes pour préserver leurs forêts tout en développant une industrie locale du bois.
Mais le chemin reste long. Concilier économie verte et emplois exigera des investissements durables, une meilleure redistribution des richesses et une implication plus forte des populations locales.
La forêt gabonaise ne peut plus être considérée uniquement comme une réserve naturelle ou une simple source d’exportation. Elle doit devenir un véritable moteur de développement national, capable de créer des emplois qualifiés, de soutenir les communautés rurales et de préserver un patrimoine écologique unique au monde.