50 %
C’est une pilule amère pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Selon les résultats d’un audit technique dévoilé le 15 juillet 2025 par la multinationale française Suez, l’entreprise perd chaque année près de 50 % de l’eau potable qu’elle produit, soit entre 110 et 125 millions de mètres cubes. Un constat accablant qui vient mettre à nu les carences structurelles d’un réseau vieillissant, frappé de plein fouet par l’incurie et le manque d’entretien.
Réalisée par la multinationale française Suez dans le cadre d’un partenariat public-privé signé à Paris le 29 mai 2024, cette étude souligne les multiples entraves à une distribution efficiente de l’eau au Gabon. Vieillissement des canalisations, fuites non réparées, urbanisation galopante et anarchique : le tableau dressé est sombre, presque désespérant, et transforme le réseau de la SEEG en un véritable point noir de la politique publique gabonaise.
Pour la population, souvent cible de critiques pour des factures jugées excessives malgré un service inégal, ce rapport confirme ce que beaucoup soupçonnaient déjà : le système est à bout de souffle. Suez estime toutefois que des solutions existent. En renforçant les équipements de transport et en optimisant les réseaux, jusqu’à 90 % de l’eau produite pourrait être conservée. Encore faut-il prendre le taureau par les cornes.
Le gouvernement gabonais, conscient de ces déboires, semble vouloir inverser la tendance. Dans cette optique, un investissement de 131 milliards de FCFA a été consenti pour moderniser les infrastructures d’eau potable à Libreville et dans les principales villes du pays. Mais le vœu d’une distribution universelle d’eau reste pour l’instant loin d’être exaucé. Pour certains observateurs, il s’agit même d’un vœu pieux, tant les obstacles sont nombreux.
L’urbanisation désordonnée constitue en effet une tâche d’huile qui compromet sérieusement l’efficacité des projets. Les zones urbaines s’étendent plus vite que les capacités de planification, aggravant les fuites et rendant toute maintenance préventive quasiment impossible. De gros points d’interrogation planent encore sur la coordination entre les acteurs impliqués.
Malgré ces ombres au tableau, quelques signaux laissent entrevoir le bout du tunnel. Le 16 juin 2025, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a inauguré, aux côtés du président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, une nouvelle station de pompage d’une capacité de 57 600 m³/jour. Destinée à alimenter plus de 128 000 habitants dans le nord de Libreville, cette infrastructure représente une bouffée d’oxygène dans un climat tendu.
Cette installation s’inscrit dans le cadre du Programme intégré d’alimentation en eau potable et d’assainissement de Libreville, financé à hauteur de 77 milliards de FCFA. Un projet ambitieux qui, espère-t-on, ne sera pas bâclé comme tant d’autres avant lui.
« Perdre 50 % de l’eau potable produite est alarmant, surtout dans un pays où l’accès à l’eau reste inégal. Ce chiffre traduit des lacunes techniques criantes, notamment l’absence de maintenance préventive et une urbanisation hors de contrôle. Il est impératif de moderniser les réseaux et de renforcer les compétences locales. Le partenariat avec Suez est une opportunité, mais il faudra agir de façon drastique pour que les investissements ne soient pas vains »
souligne une source proche de la SEEG.
Suez, qui vole au secours de la SEEG, est désormais en première ligne pour juguler la crise. Son accompagnement technique comprend la rénovation des réseaux, la formation du personnel local et l’introduction de technologies plus efficientes. Des mesures jugées très importantes pour que ce partenariat ne tourne pas au vinaigre.