MOYEN-ORIENT : PREMIERS GABONAIS RAPATRIÉS DE DUBAÏ FACE AU CONFLIT
Un premier contingent de 36 ressortissants gabonais a regagné la capitale gabonaise dimanche 22 mars, après avoir été bloqué à Dubaï en raison du conflit en cours dans le Golfe. Alors que près de 800 Gabonais sont recensés dans la région, plusieurs centaines demeurent exposés aux dangers, certains vivant sur place depuis plusieurs années. La ministre des Affaires étrangères, Marie-Edith Tassyla-Ye Doumbeneny, a invité les citoyens encore sur place à « regagner d’abord le Gabon pour rassurer leurs familles ».
Un rapatriement sous haute tension
Le vol spécial, affrété par l’État gabonais, a permis le retour de ces 36 ressortissants après une semaine de logistique complexe. Le départ de Dubaï s’est effectué par voie terrestre jusqu’à Sharjah, en raison de l’insécurité autour de l’aéroport principal. De là, les rapatriés ont embarqué sur un vol d’Ethiopian Airlines vers Addis-Abeba, avant d’atteindre Libreville après une nuit de transit.
À leur arrivée à l’aéroport international Léon-Mba, la ministre des Affaires étrangères était présente pour accueillir les rapatriés. « Nous étions inquiets, comme vos familles ici. Il était important de vous savoir en sécurité », a-t-elle déclaré, rappelant l’importance de cette opération humanitaire. Elle a ajout. « Aucun Gabonais ne sera laissé de côté, un second vol est prévu pour ceux qui souhaitent rentrer. »
Selon les autorités consulaires, environ 800 Gabonais vivaient principalement à Dubaï avant le déclenchement de la guerre. À ce stade, seuls 36 ont été officiellement rapatriés par le gouvernement, tandis que d’autres ont quitté la zone par leurs propres moyens. Le reste de la communauté reste donc exposé aux risques, dans un contexte sécuritaire de plus en plus incertain.
Des témoignages marqués par la peur
Les récits des rapatriés illustrent l’angoisse qui a régné dans la région. Bertille Andeme raconte. « J’ai eu peur de perdre ma vie, très sincèrement. Les bombardements nocturnes étaient si proches que j’ai cru que mon immeuble près de l’aéroport allait s’effondrer. »
Pour Wilfried Mayaka, venu pour un séjour touristique, la situation a été tout aussi traumatisante. « Nous recevions tous les jours, quasiment toutes les heures, un message d’alerte nous demandant d’aller nous réfugier. On a vu des missiles tirés dans le ciel, des choses qu’on n’avait jamais vues au Gabon. »
Mintsa, résidente à Dubaï, souligne le traumatisme provoqué par les frappes. « C’était très pénible, traumatisant, surtout que nous au Gabon on ne connaît pas ce genre de situation. Dans mon secteur, deux missiles ont été interceptés avec d’énormes détonations. On n’a pas dormi de la nuit. J’ai tout abandonné du jour au lendemain. »
Ces témoignages confirment l’urgence de la mobilisation gabonaise. Les équipes diplomatiques sur place ont joué un rôle clé. Wilfried Mayaka insiste. « L’ambassadeur est resté à nos côtés malgré les risques. C’est en grande partie grâce à cet engagement que nous sommes rentrés. »
Des centaines de Gabonais encore exposés
Malgré ce premier retour, la majorité des ressortissants gabonais demeure dans la zone de conflit. Si certains refusent de quitter le pays où ils sont installés, le gouvernement multiplie les appels à la prudence.
« Il y en a qui sont bien installés et qui, peut-être, ne souhaitent pas rentrer, mais l’idéal serait qu’ils viennent d’abord au Gabon », a déclaré la ministre des Affaires étrangères. « Le conflit va de plus en plus loin. On ne sait pas à quel moment il va s’arrêter. Il est mieux pour vous de revenir d’abord au Gabon afin de rassurer vos familles », a-t-elle insisté.
Libreville pourrait intensifier ses opérations de rapatriement dans les jours à venir. Un second vol est déjà programmé pour le 24 mars, afin de permettre à ceux qui souhaitent quitter la région de le faire dans des conditions sécurisées.
L’émotion des familles à l’arrivée
À l’aéroport, les familles attendaient depuis des jours avec l’angoisse de ne pas savoir si leurs proches allaient rentrer sains et saufs. Indansy-Gnambault Gaston, père d’une rapatriée, confie. « Elle est à plus de 10 000 kilomètres, et nous ne pouvions rien faire. Chaque message était un soulagement, mais la peur restait permanente. Nous remercions l’État gabonais pour avoir permis à nos enfants de rentrer sains et saufs. »
Dans le hall de l’aéroport, certains retenaient leurs larmes, d’autres esquissaient un sourire de soulagement. Le retour de ces 36 Gabonais marque une première étape dans une opération humanitaire qui pourrait s’étendre à l’ensemble des ressortissants souhaitant quitter la zone de conflit.
Une opération minutieuse
Cette évacuation a été rendue possible grâce à la mobilisation de l’ambassade du Gabon à Dubaï et au travail coordonné des autorités gabonaises. Une cellule de veille et d’assistance d’urgence a été activée pour suivre chaque rapatrié, de l’enregistrement jusqu’à la réinsertion à Libreville.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a supervisé l’opération, qui illustre la priorité donnée à la sécurité des Gabonais à l’étranger. La cheffe de la diplomatie a rappelé que les efforts se poursuivront jusqu’au retour de tous. « Nous ne laisserons personne derrière. Chaque citoyen qui souhaite rentrer au pays pourra le faire dans des conditions sûres. »
Sur les visages des rapatriés, le soulagement domine, mêlé à la fatigue et au traumatisme de plusieurs jours d’attente dans l’incertitude. Mais pour ces 36 Gabonais, revenir sur leur terre natale prend désormais une signification toute particulière. « C’est une chance inestimable de retrouver notre pays, après avoir frôlé le danger », confie Bertille Andeme.