UNE GUERRE D'INFLUENCE
Le secteur des transports au Gabon, en particulier dans la capitale Libreville, est gangrené par un conflit de compétences qui ne date pas d’hier. Depuis 2012, la mairie de Libreville et le ministère des Transports se livrent une guerre d’influence sur la gestion quotidienne du domaine public, au point que les rôles se chevauchent et que les décisions deviennent floues.
Dans un récent communiqué, le ministre d’État chargé des Transports a tenté de remettre de l’ordre. Il y rappelle que le ministère doit retrouver ses missions régaliennes, tandis que la mairie reste responsable de la gestion du périmètre communal, en tant que représentant des collectivités locales. Sur le papier, chacun a son rôle. Mais dans les faits, les deux institutions marchent sur les plates-bandes l’une de l’autre.
« Le ministre d'État en charge des Transports a diffusé un communiqué dans lequel les responsabilités ont été clairement définies : le ministère des Transports doit reprendre ses missions régaliennes, tandis que la mairie, représentant les collectivités locales, demeure responsable de la gestion du domaine communal »
explique Albert Bernard Bongo, secrétaire général de la Fédération des transporteurs
Là où le bât blesse, c’est sur l’application des arrêtés municipaux. Des transporteurs dénoncent une double imposition : ils paient déjà un arrêté auprès de la mairie, qui sert d’assiette fiscale pour exercer dans la ville. Mais ensuite, cette même mairie utilise les textes du ministère pour exiger un nouvel arrêté, cette fois signé au nom de prêtes-noms, souvent des personnes liées à l’administration elle-même. Une situation qui a provoqué un tollé général chez les acteurs du transport terrestre.
« Nous dépensons énormément au niveau de la mairie, et cela reste difficile à comprendre. En effet, nous payons un arrêté délivré par la mairie, censé constituer l’assiette fiscale pour les activités exercées sur le périmètre communal. Or, cette même mairie utilise désormais des textes émanant du ministère des Transports pour nous imposer de signer un nouvel arrêté en leur nom. Ils ont placé des prête-noms, alors qu’en réalité, ce sont eux-mêmes qui se cachent derrière ces démarches »
poursuit Albert Bernard Bongo secrétaire général de la Fédération des transporteurs
Ce désordre institutionnel torpille les efforts de régulation, et l’impunité semble régner en maître dans un secteur où les responsabilités se marchent constamment sur les pieds. Entre les arrêtés contradictoires, les autorités qui ne s’accordent pas leurs violons, et une gestion qui manque cruellement de coordination, l’ordre public en pâtit.
« C'est un conflit qui, depuis 2012, oppose la mairie de Libreville, gestionnaire du domaine communal, au ministère en charge des Transports, représentant de l'État central »
constate Albert Bernard Bongo secrétaire général de la Fédération des transporteurs
Il devient urgent de clarifier les responsabilités et d’appliquer strictement les textes législatifs et réglementaires. Car tant que les autorités locales et nationales continueront à se disputer le pouvoir de manière aussi désordonnée, le secteur des transports restera paralysé, au détriment des citoyens et de l’économie.