"ELLE SERA CONSIDÉRÉE PERDANTE"
Le Maroc pourrait-il annuler la victoire du Sénégal en finale de la CAN ?
« Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, hormis les cas de force majeure admis par la Commission d’organisation ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours, » peut-on lire à l’article 64.
La finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 restera comme l’une des plus tendues de l’histoire récente de la compétition. Dimanche soir à Rabat, le Maroc, pays hôte, s’est incliné face au Sénégal (1-0) au terme d’un match marqué par des incidents rarissimes à ce niveau. En cause : un penalty accordé au Maroc dans les dernières minutes après consultation de l’assistance vidéo à l’arbitrage, immédiatement suivi d’un mouvement de contestation des joueurs sénégalais, dont une partie a quitté la pelouse pendant plusieurs minutes.
Cet épisode, spectaculaire et inhabituel, a relancé dès le coup de sifflet final un débat juridique et réglementaire. Le lendemain, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a annoncé la saisine de la Confédération africaine de football (CAF) et de la FIFA. Objectif affiché : faire examiner les conséquences de ce retrait temporaire du Sénégal et, peut-être, obtenir l’annulation du résultat.
Les faits : un penalty, une protestation, puis un but décisif
Tout s’est joué dans les ultimes instants du temps réglementaire. Après un but sénégalais refusé pour une position de hors-jeu, l’arbitre a accordé un penalty au Maroc après recours à la VAR. Cette décision a provoqué la colère de plusieurs joueurs sénégalais, qui ont quitté le terrain pour protester. Une scène confuse s’est alors installée, certains cadres comme Sadio Mané restant sur la pelouse pour tenter de calmer leurs coéquipiers.
Après environ dix-sept minutes d’interruption, les joueurs sénégalais sont finalement revenus. Le penalty marocain, tiré par Brahim Diaz, a été manqué, l’attaquant tentant une panenka stoppée par Édouard Mendy. Quelques minutes plus tard, Pape Gueye inscrivait le but de la victoire pour le Sénégal, scellant le sort de la finale.
La position du Maroc : un recours “légal” mais incertain
Dans un communiqué publié lundi 19 janvier, la FRMF estime que « cette situation a eu un impact significatif sur le déroulement normal de la rencontre et sur la performance des joueurs ». La fédération marocaine indique ainsi vouloir « recourir aux procédures légales » auprès de la CAF et de la FIFA afin de statuer sur le retrait de l’équipe nationale sénégalaise du terrain et sur les événements qui ont accompagné cette décision.
Mais ce recours peut-il réellement conduire à l’annulation du résultat et à une relecture complète de la finale ?
Que disent les règlements de la CAN et de la CAF ?
Le Maroc s’appuie sur plusieurs dispositions réglementaires. Le règlement de la Coupe d’Afrique des Nations est clair sur le principe du retrait d’une équipe en cours de match.
« Si, pour n’importe quelle raison, une équipe se retire de la compétition ou ne se présente pas à un match, hormis les cas de force majeure admis par la Commission d’organisation ou refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours, » peut-on lire à l’article 64 du règlement de la CAN.
De son côté, le règlement disciplinaire de la CAF précise également les sanctions possibles :
« Si une équipe refuse de poursuivre un match qui a commencé, elle sera punie d’une amende d’un minimum de 20.000 dollars américains et sera, en principe, déclarée perdante, » indique l’article 148 du règlement de la CAF.
À première vue, ces textes semblent donner des arguments au camp marocain. Toutefois, leur application dépend étroitement de l’interprétation des faits.
Les autres dispositions réglementaires en jeu
Au-delà des articles 64 et 148, le règlement de la CAN et celui de la CAF comportent de nombreuses autres dispositions qui encadrent ce type de situation. Les textes rappellent notamment l’autorité exclusive de l’arbitre pour décider de l’arrêt, de la suspension ou de la reprise d’un match, ainsi que la compétence de la Commission d’organisation et des organes disciplinaires pour qualifier les incidents.
D’autres articles prévoient aussi que toute sanction doit tenir compte de l’intention des joueurs, de la durée de l’interruption, de l’impact réel sur le jeu et du fait que la rencontre ait pu aller à son terme. Les règlements insistent enfin sur la stabilité des résultats sportifs, principe fondamental destiné à éviter les remises en cause a posteriori lorsque le match a été mené à son terme dans des conditions jugées acceptables par l’arbitre et les officiels.
Pourquoi l’annulation paraît peu probable
En l’espèce, le Sénégal n’a pas refusé de poursuivre définitivement la rencontre. Les joueurs sont revenus sur la pelouse, le match a repris et s’est achevé normalement. Aucun abandon officiel n’a été constaté par l’arbitre, qui n’a pas non plus sifflé la fin prématurée de la rencontre.
De plus, il sera difficile d’établir un lien direct entre l’interruption et l’échec de Brahim Diaz sur penalty. L’intéressé lui-même a coupé court à toute polémique. Dans un message publié sur Instagram, l’ailier du Real Madrid a assumé son geste : « Hier, j’ai échoué et j’en assume l’entière responsabilité », a-t-il écrit, présentant ses excuses aux supporters marocains.
Une bataille plus symbolique que juridique
Si la démarche de la FRMF traduit la frustration d’un pays hôte passé tout près du sacre continental, elle a surtout valeur de signal politique et institutionnel. Sur le plan strictement juridique, les chances de voir la CAF annuler la victoire du Sénégal apparaissent minces.
Sauf requalification exceptionnelle des faits en abandon de match — scénario peu crédible au vu du déroulement de la rencontre — le sacre des Lions de la Teranga devrait être confirmé. Pour le Maroc, la défaite restera amère, mais la loi du jeu, elle, semble avoir déjà tranché.