MORTS AU TRAVAIL AU GABON
La question des accidents du travail s’impose progressivement comme un enjeu majeur de santé publique au Gabon. En 2024, les données compilées par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et le ministère du Travail font état de plusieurs centaines d’accidents graves enregistrés dans les secteurs formel et semi-formel, avec une concentration notable dans le bâtiment et travaux publics (BTP), l’exploitation forestière, les industries extractives et les transports. Si le Gabon ne publie pas encore de statistiques consolidées aussi détaillées que certains pays européens, les autorités reconnaissent une hausse préoccupante des accidents mortels et invalidants sur les lieux de travail.
Selon la CNSS, près de 65 % des accidents déclarés concernent les secteurs du BTP, du bois et des mines, piliers de l’économie nationale qui représentent ensemble plus de 40 % de l’emploi formel. Le ministère du Travail estime également que les accidents non déclarés, notamment dans l’économie informelle qui emploie près de 60 % de la population active, restent nombreux, ce qui complique l’évaluation exacte du phénomène.
Face à cette situation, le gouvernement gabonais, issu de la transition politique d’août 2023, a fait de la sécurité au travail l’un des axes prioritaires de sa politique sociale. Dès septembre 2023, un plan national de prévention des risques professionnels a été lancé par le ministère du Travail et de la Lutte contre le chômage, en collaboration avec la CNSS, l’Inspection générale du travail et les organisations syndicales.
Parmi les mesures phares figure le renforcement des moyens alloués à la Direction générale du travail (DGT) et à l’Inspection du travail, avec le recrutement progressif de nouveaux inspecteurs et la reprise des contrôles sur les chantiers à haut risque. Le gouvernement a également relancé les campagnes nationales de sensibilisation à la sécurité, notamment dans les zones industrielles de Libreville, Port-Gentil et Moanda.
Inspiré par des modèles internationaux, l’exécutif gabonais envisage la montée en puissance d’un organisme national de recherche et de prévention en santé et sécurité au travail, en lien avec les universités et les centres de formation professionnelle. Un fonds dédié à la prévention des accidents du travail, alimenté par l’État et les cotisations sociales, est en cours de structuration, avec un objectif de financement pluriannuel équivalent à plusieurs milliards de francs CFA d’ici 2028.
« La prévention n’est pas une option, c’est un investissement pour la vie humaine et pour la performance de nos entreprises », a récemment déclaré le ministre du Travail, soulignant la nécessité d’installer une véritable culture de la sécurité dans les entreprises publiques et privées. Des distinctions nationales récompensant les bonnes pratiques en matière de sécurité au travail devraient également voir le jour dès 2026.
Dans un pays où chaque accident grave a un impact social et économique considérable, la lutte contre les morts au travail s’impose désormais comme un test de crédibilité pour l’action publique. Le défi reste immense, mais les autorités assurent que la dynamique engagée depuis août 2023 marque un tournant décisif pour la protection des travailleurs gabonais.