LES « MST » MONTENT EN FLÈCHE
Au Gabon, le phénomène des violences basées sur le genre en milieu scolaire, parfois désigné dans l’argot éducatif local comme les “Moyennes Sexuellement Transmissibles” (MST), reste largement tabou, profondément ancré et insuffisamment documenté. Derrière cette expression se cachent des réalités graves : harcèlement sexuel, abus de pouvoir, pressions et violences physiques ou psychologiques exercés sur des élèves, souvent par des enseignants ou des figures d’autorité dans les établissements scolaires. Ce phénomène, bien qu’officiellement nié ou minimisé, touche de nombreux élèves et laisse des cicatrices durables, tant pour les victimes que pour leurs familles.
Les « Moyennes Sexuellement Transmissibles » ne désignent pas une maladie, mais un jeu de mots amer utilisé pour dénoncer la transmission de violences et de pratiques sexuelles non consenties dans les écoles gabonaises. Le terme reflète une violence sociale systémique qui tire parti des rapports de pouvoir inégalitaires entre adultes et mineurs dans les établissements.
Selon les spécialistes et les acteurs éducatifs, ces actes s’inscrivent souvent dans des relations où un enseignant détient le contrôle, non seulement sur les notes et la progression scolaire, mais aussi sur la réputation et l’avenir des jeunes victimes. Cette dynamique crée un terrain propice à l’exploitation et au harcèlement.
Les causes profondes du phénomène
Plusieurs causes sociales, culturelles et institutionnelles expliquent la persistance de ces violences :
1. Déséquilibre des rapports de pouvoir
Dans de nombreuses écoles, surtout en milieu secondaire, les enseignants détiennent une autorité presque totale sur la réussite scolaire des élèves, créant un climat où certains abusent de cette position pour obtenir des faveurs sexuelles implicites ou explicites.
2. Culture du silence et tabou autour du genre
Le Gabon, comme beaucoup de sociétés africaines, est marqué par des normes patriarcales qui dissuadent souvent les victimes, en particulier les filles, de parler de ce qu’elles subissent. La honte, la peur des représailles ou de ne pas être crues conduisent à un silence qui protège les coupables.
3. Manque de formation et supervision
Beaucoup d’enseignants ne reçoivent pas de formation adéquate sur la prévention du harcèlement et des violences sexuelles. L’absence de mécanismes de surveillance efficaces dans les établissements laisse également une marge d’impunité à ceux qui violent les règles les plus élémentaires d’éthique professionnelle.
4. Normalisation institutionnelle
Dans certains cas, des comportements inappropriés sont minimisés ou interprétés comme des “écarts” de conduite plutôt que comme des violations graves, ce qui contribue à perpétuer l’impunité.
Chiffres et données existants
Le Gabon ne dispose pas de statistiques nationales fiables concernant spécifiquement les MST en milieu scolaire, les données sur les violences basées sur le genre étant souvent agrégées dans des enquêtes plus générales. Une Enquête nationale sur les violences basées sur le genre montre que ces violences, bien que souvent sous-déclarées, restent un problème systémique : plus de la moitié des victimes ne signalent rien après avoir subi une violence, souvent par manque de confiance dans les structures d’aide ou de peur des retombées sociales.
À l’échelle mondiale, des études montrent déjà que la violence de genre en milieu scolaire affecte des millions d’enfants et peut inclure harcèlement, attouchements ou exploitation, avec des impacts directs sur la santé, l’estime de soi et la scolarité des élèves.
Conséquences pour les victimes
Les impacts des MST sont multiples :
Physiques et sanitaires
Outre les traumatismes physiques, certaines victimes risquent des grossesses précoces et des infections sexuellement transmissibles — des situations qui compromettent leur santé, leurs projets d’avenir et leur bien-être général.
Psychologiques
Les élèves victimes subissent souvent des troubles du sommeil, de l’anxiété, de la dépression, voire un désengagement scolaire. Les séquelles psychologiques peuvent persister bien après la fin des actes, affectant l’estime de soi et les relations futures.
Éducatives
Le climat de peur et d’insécurité dans certains établissements augmente l’absentéisme, provoque des abandons scolaires et crée des disparités dans les résultats académiques, surtout chez les filles.
Sociales
La stigmatisation peut pousser certaines jeunes victimes à se replier sur elles-mêmes, ce qui les isole de leurs pairs et fragilise leur réseau de soutien.
L’impunité et la solidarité entre enseignants
Un élément particulièrement préoccupant est l’impunité dont jouissent certains enseignants coupables d’abus. Dans de nombreux cas, les plaintes ne sont pas suivies d’une enquête sérieuse, et encore moins d’une sanction disciplinaire ou judiciaire. Certains enseignants bénéficient d’une solidarité tacite ou explicite de leurs collègues, qui ferment les yeux pour protéger l’image de l’institution ou par peur de représailles professionnelles.
Des enseignants mis en cause trouvent parfois refuge dans un système qui privilégie la réputation des établissements au détriment de la sécurité des élèves. Cette solidarité corporatiste, souvent non dite mais bien réelle, détourne la responsabilité et empêche une culture de transparence nécessaire pour lutter contre ce fléau.
Détresse des parents et silence de la justice
Les parents des élèves victimes vivent dans la peur et la confusion : ils craignent souvent que leurs enfants ne soient encore plus pénalisés s’ils dénoncent des abus, ou qu’une procédure judiciaire n’aboutisse jamais. Le manque de soutien institutionnel — des écoles aux juridictions compétentes — accentue leur détresse et leur sentiment d’abandon.
Le silence de la justice, perçu dans de nombreux cas, ajoute une couche supplémentaire de frustration. Des enquêtes tardives, un manque de protection des témoins et une absence de poursuites effectives renforcent l’idée que certains abus restent impunis. Les familles se sentent alors prises au piège, sans recours réel, ce qui aggrave encore la souffrance de leurs enfants.
Que faire pour briser le silence ?
Plusieurs voix au Gabon appellent aujourd’hui à :
Renforcer les mécanismes de signalement au sein des établissements scolaires et assurer leur confidentialité et leur efficacité ;
Former les enseignants et le personnel éducatif à la prévention et à la détection des violences basées sur le genre ;
Sensibiliser les élèves et les parents sur leurs droits et les moyens de protection disponibles ;
Renforcer l’action judiciaire pour que chaque cas signalé soit traité avec rigueur et transparence.
Seule une mobilisation collective — des autorités éducatives, des familles, des organisations de la société civile et de la justice — pourra permettre de rompre le cycle des MST et de garantir un environnement scolaire sûr pour tous.