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Justice

CONCOURS ENM : UN “301ᵉ ADMIS” DE TROP, ET LA CONFIANCE DANS LA JUSTICE VACILLE

CONCOURS ENM : UN “301ᵉ ADMIS” DE TROP, ET LA CONFIANCE DANS LA JUSTICE VACILLE
Polémique à l’École Nationale de la Magistrature au Gabon : 301 candidats déclarés admis alors qu’un arrêté ministériel fixait le quota à 300 places au concours d’août 2025. Au-delà du scandale, cette affaire relance un débat majeur sur l’égalité des chances et sur la crédibilité de la future magistrature.

Au Gabon, l’affaire fait tache. L’École Nationale de la Magistrature (ENM) est au cœur d’une vive polémique après la publication des résultats définitifs du concours d’août 2025. Problème : 301 candidats admis alors que l’arrêté ministériel n°000062/MJGSDH fixait clairement le quota à 300 places — 200 magistrats et 100 greffiers. Une place de trop. Mais une place qui suffit à déclencher une tempête.


Pour les candidats classés juste derrière, c’est une injustice frontale. Douze d’entre eux figurent sur liste d’attente. Tous remplissent les conditions. Tous ont passé les mêmes épreuves. Et pourtant, ils voient un 301ᵉ candidat intégrer l’école, au-delà du plafond réglementaire. La question que tout le monde se pose est simple : qui est ce 301ᵉ admis et par quel circuit est-il passé ? À l’ENM, certains administratifs parlent, ironiquement, de “chance divine”. Une formule qui en dit long sur le malaise.


Derrière le chiffre, il y a des vies. Pour ces candidats en attente, le concours n’est pas qu’un résultat : c’est des années de préparation, des dépenses, une pression familiale, parfois un dernier espoir. Plusieurs d’entre eux ont atteint la limite d’âge de 32 ans : cette session était leur dernière chance. On ne parle donc pas d’une simple ligne de classement, mais d’un futur qui bascule pour une poignée de jeunes.


Et l’affaire dépasse largement le concours. Car l’ENM n’est pas une école comme les autres : elle forme les futurs juges et greffiers. La justice gabonaise commence ici. Si l’entrée est entachée d’irrégularité, c’est la légitimité même de ceux qui jugeront demain qui est questionnée. La confiance des citoyens dans l’institution judiciaire, déjà fragile, se joue sur ce type de décisions. Une justice crédible ne peut pas naître d’un concours suspect.


Le collectif des candidats lésés dit avoir multiplié les démarches. Courriers au ministère de la Justice, à la direction de l’ENM, aux autorités compétentes : aucune explication officielle à ce stade. Résultat : un sentiment d’abandon et une colère qui monte. Leur demande est claire : ouvrir une liste additive immédiate pour intégrer les candidats classés après les 300 premiers, à l’image de précédents récents dans d’autres écoles publiques comme l’ENA ou l’ENI.


Au moment où la transition promet la rupture avec les pratiques d’hier, cette affaire agit comme un révélateur. D’un côté, un discours sur le mérite, la transparence, l’égalité. De l’autre, une décision perçue comme un passe-droit, sans justification publique. Et dans un pays où l’accès à l’emploi public reste l’un des rares ascenseurs sociaux, chaque exception fabriquée devient une fracture collective.


Une place de trop, donc. Mais surtout une confiance de moins. Car si l’injustice entre dans la magistrature dès le concours, comment demander aux citoyens de croire à l’impartialité de la justice demain ? C’est la vraie bombe de ce “301ᵉ admis”. Et c’est maintenant que l’État doit trancher, expliquer, corriger — avant que ce concours ne devienne le symbole d’une réforme qui vacille.

Par NOEMI KIM

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