REFUSENT DE QUITTER
Le projet de déguerpissement de trois quartiers des 90 logements situés dans le premier arrondissement de Libreville continue de susciter de vives réactions. L’opération, annoncée comme une action d’assainissement urbain, est désormais au cœur d’un débat tendu entre autorités et populations.
Présentée comme une mesure de rénovation urbaine, la démolition programmée de ces bâtiments alimente une controverse grandissante. Le compte à rebours a commencé pour les habitants, alors que l’opération avance malgré l’inquiétude généralisée. Si certains espéraient encore que le projet joue les prolongations, la direction générale du patrimoine de l’État (DGPE) vient de poser un jalon : il est impossible de faire machine arrière.
Jean Félix Lekouna, directeur général du patrimoine immobilier de l’État, est monté au créneau pour justifier la décision.
“Les experts de DGPE qui ont fait la mission conjointement avec nous au courant 2023 nous ont rendu la conclusion que les bâtiments sont en état de délabrement avancé. Parce que quand vous passez à la route, vous n'avez pas une idée. Si vous vous rapprochez des bâtiments, sur lesquels on fait allusion, vous avez vu dans vos images les dalles qui se détériorent, ça prouve à suffisance que les gens sont en insécurité”
a-t-il expliqué. Des propos qui jettent une lumière crue sur l’état de ces logements, dont le sort semble désormais scellé.
L’objectif affiché par la DGPE est de repenser l’espace urbain, améliorer les infrastructures, et favoriser la construction de logements sociaux. Une vision à long terme que les autorités défendent comme une réponse aux impératifs de sécurité et de modernisation.
“On a contacté la hiérarchie, nous avons demandé nos avis et nous avons procédé par les différents entretiens. On a informé nos hiérarchies qui nous ont dit qu'on allait faire les choses légalement, c'est pour ça que que c'est encadré par la loi, tout ce que nous faisons c'est par rapport au texte”
a insisté Jean Félix Lekouna, répondant aux accusations d’opacité dans la mise en œuvre du projet.
Pour les résidents, l’heure est à l’angoisse. Le spectre d’un relogement incertain plane, avec des familles prises de court, confrontées à une réalité économique impitoyable.
“Trouver la maison, c'est difficile, surtout au regard du montant d'indemnisation qu'on a perçu. La maison c'est tout simplement cher”
confie une habitante.
Alors que certains dénoncent une gestion précipitée, d’autres accusent les résidents de vouloir continuer à vivre dans des bâtiments menacés de s’effondrer comme un château de cartes.