LOGIQUEMENT N’EXISTE PLUS
Criblée de dettes et à bout de souffle, la société Pizolub, spécialisée dans la production et la commercialisation de lubrifiants, joue sa dernière carte. Ses responsables ont été reçus le 18 juin 2025 en urgence par le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema dans le cadre d’un entretien à haute teneur stratégique.
Conduite par Jean Koumbi Guiyedi, président du Conseil d’administration, et Hans Landry Ivala, directeur général, la délégation est venue tirer la sonnette d’alarme sur l’état préoccupant de l’entreprise. À l’heure actuelle, Pizolub est littéralement au bord du gouffre, avec une dette colossale flirtant avec les 13 milliards de francs CFA. Un trou béant qui remet en cause sa viabilité.
« On était à moins 12 milliards de CFA de dettes voire 13 milliards. Et à moins 13 milliards, la société logiquement n'existe plus puisque la dette est supérieure à la moitié du capital social; donc cette société devait aujourd'hui fermer conformément à l'article 664 de l'OHADA »
a déclaré Jean Koumbi Guiyedi. Une déclaration qui illustre la gravité de la situation d’une entreprise en chute libre depuis plusieurs années.
Restructuration : le compte à rebours est lancé
Face à cette épée de Damoclès, le ministre du Pétrole a demandé aux dirigeants de lui soumettre sous peu un plan de restructuration, qui pourrait être la clé de voûte d’un éventuel sauvetage. Une source proche du dossier a qualifié cette rencontre de « rendez-vous de la dernière chance » pour « éviter la banqueroute et relancer l’outil industriel »
L’avenir de Pizolub pourrait désormais passer par une implication renforcée de l’État, notamment via la Gabon Oil Company (GOC), appelée à jouer les pompiers de service dans cette mission à haut risque. Selon Jean Koumbi Guiyedi, GOC devrait bientôt devenir actionnaire majoritaire à hauteur de 11 %».
“La situation de Pizolub illustre les conséquences d’une mauvaise gouvernance couplée à l’absence d’innovation dans un marché en mutation. Criblée de dettes et structurellement déficitaire, l’entreprise ne survit aujourd’hui que grâce à l’espoir d’un sauvetage étatique. Sans restructuration rigoureuse, recentrage stratégique et gouvernance modernisée, toute injection de fonds publics risquerait d’alimenter un puits sans fond”
explique un enseignant d'économie de l'Institut National des Sciences de Gestion (INSG)
Une entreprise qui cherche à se refaire une santé
Fondée en 1978, Pizolub appartient à plusieurs actionnaires, dont l’État gabonais qui détient déjà 53 % du capital. Longtemps considérée comme un fleuron du secteur industriel, l’entreprise a depuis essuyé revers sur revers, minée par une gestion calamiteuse et un marché en déclin.
Aujourd’hui, l’équipe dirigeante entend inverser la spirale, mais le goût amer laissé par des années de sous-performance et les incertitudes persistantes laissent sceptique cet universitaire.