FRONTIÈRES
Le ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault, a présenté ce lundi 26 mai 2025 devant le Sénat de la transition un exposé détaillé sur l’état des frontières du Gabon. Lors de cette séance plénière exceptionnelle, le ministre a dressé un tableau lucide et nuancé des enjeux frontaliers, entre défis sécuritaires, conflits territoriaux non résolus et volonté politique de développement intégré.
2 566 km de frontières à surveiller
Le Gabon partage 2 566 kilomètres de frontières terrestres avec trois pays voisins : 1 918 km avec la République du Congo, 295 km avec le Cameroun (comprenant une portion fluviale), et 353 km avec la Guinée équatoriale. Ce linéaire frontalier est régi par des textes hérités de la période coloniale, mais certaines zones restent contestées ou mal délimitées.
Des zones litigieuses toujours en discussion
Concernant la frontière avec le Congo, plusieurs différends sont en suspens, notamment dans les zones de l'Ogooué-Ivindo, dans la Ngounié (ancien village Miki), le Mont Foiri, Amabanda, la lagune Bagnoindi, et la zone de MouliguiBinza. L’occupation présumée de 5 000 km² de territoire gabonais dans la région d’Okondja par le Congo est également préoccupante. D’autres litiges sont localisés à Mékambo (Ogooué-Ivindo) et à Dinga (Ogooué-Lolo), où des ressources naturelles seraient exploitées illégalement.
La délimitation maritime entre les deux pays reste floue, bien qu’un point de départ reconnu soit situé à l’embouchure de la lagune Mikunji. Cette délimitation est essentielle pour l’extension du plateau continental gabonais.
Progrès avec le Cameroun, tensions avec la Guinée équatoriale
Avec le Cameroun, la situation est en nette amélioration grâce à des missions conjointes de terrain. Un accord global sur la délimitation existe, sans occupation répertoriée, mais la démarcation effective reste à finaliser.
La situation est plus complexe avec la Guinée équatoriale. Le ministre Hermann Immongault a rappelé que près de 476 km² du territoire gabonais sont actuellement occupés par la Guinée équatoriale, alors que le Gabon en occupe environ 63 km² dans la zone de Medouneu. Le différend autour de l'île Mbanié persiste, alimenté par le rejet par Malabo d’une convention signée en 1974 sur la délimitation des frontières.
Mouvements transfrontaliers incontrôlés : un enjeu important
Au-delà des conflits territoriaux, Hermann Immongault a mis en exergue les défis quotidiens liés aux mouvements transfrontaliers non contrôlés : immigration clandestine, braconnage, contrebande, exploitation illégale des ressources naturelles. Ces phénomènes, selon le membre du gouvernement, sont aggravés par la faible densité démographique, le manque d'infrastructures et l'insuffisance des moyens logistiques et humains pour surveiller efficacement ces zones.
Frontières : de zones sensibles à espaces de développement
Le ministre a plaidé pour une « occupation plus intensive du territoire » en transformant les zones frontalières en pôles de développement durable. Cela passerait par la construction d’infrastructures (routes, écoles, hôpitaux, marchés transfrontaliers), la création d’activités économiques locales, et une présence administrative renforcée. Il s’agit aussi de renforcer la gouvernance locale et la décentralisation, dans le cadre du Plan national de développement 2025-2030.
Une politique frontalière au cœur de la souveraineté nationale
Pour le ministre Hermann Immongault, les frontières du Gabon doivent être perçues non seulement comme des lignes de défense, mais aussi comme des passerelles de coopération régionale. En tant que membre de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), le Gabon mise sur la gestion commune des frontières pour promouvoir la paix, la sécurité et la libre circulation des biens et des personnes.
« Ces frontières ne sont pas seulement des lignes sur une carte, elles incarnent l’avenir d’une paix prospère »
a conclu le ministre devant les sénateurs.