ÊTRE OPPOSABLE
Le verdict rendu par la Cour internationale de justice (CIJ) dans le différend territorial opposant le Gabon à la Guinée équatoriale au sujet des îles Mbanié, Cocotiers et Congas a réuni des experts de haut niveau pour examiner cette décision et ses conséquences pour le Gabon sur les plateaux de GABON1ère.
Une décision historique fondée sur des textes coloniaux
La Cour internationale de justice, dans son arrêt, a retenu la convention franco-espagnole de 1900 comme unique document opposable aux deux États. Ce traité, signé bien avant les indépendances, définit les limites territoriales sans toutefois procéder à leur matérialisation sur le terrain.
Le professeur Télesphore Ondo, conseiller spécial du Président de la République, a souligné que
« deux pays héritent d’un dispositif juridique colonial mal interprété depuis les années 1970. Mais ils ont choisi la voie pacifique en saisissant ensemble la CIJ pour régler ce litige ».
Cette décision met en exergue un point important : la distinction entre délimitation et démarcation des frontières, souvent méconnue du grand public. La délimitation établit les limites sur le papier, tandis que la démarcation les matérialise sur le terrain.
La convention de Bata rejetée
Un autre document, la convention dite de Bata, signée en 1974 entre feu les présidents Omar Bongo Ondimba et Francisco Macías Nguema, avait été présenté par le Gabon comme preuve de souveraineté sur les îles en question. Toutefois, la CIJ ne l’a pas reconnu comme titre juridique valable, faute de reconnaissance par la Guinée équatoriale.
À ce sujet, le docteur André Adjo Mbadinga, politologue et universitaire, a précisé que
« la CIJ a estimé que pour être opposable, une convention devait être reconnue par les deux parties. Or, la Guinée équatoriale considère ce texte comme une simple photocopie sans valeur juridique »
Ce rejet a profondément affecté l'argumentaire gabonais, pourtant renforcé par la présence continue de forces gabonaises sur l'île de Mbanié depuis 1972.
Frontière terrestre : un gain pour le Gabon
Si le Gabon perd effectivement la souveraineté sur les îles contestées, la décision de la CIJ redessine également la frontière terrestre selon la ligne fixée en 1900. Cela pourrait, selon les termes du général Marcel Mapangou Moussadji, secrétaire permanent de la Commission nationale des frontières, impliquer un gain territorial pour le Gabon dans les régions proches de Ebebeyine et Mongomo.
« Ce verdict ne doit pas ébranler notre volonté de défendre notre territoire. Nous avons les outils juridiques et humains pour entamer la démarcation sur le terrain de manière concertée »
a-t-il affirmé avec détermination.
Une diplomatie appelée à poursuivre le combat
Le verdict de la CIJ n'est pas une fin, mais une base de travail. La diplomatie gabonaise est désormais appelée à négocier les implications concrètes de cette décision, notamment la démarcation effective des 353 km de frontière terrestre concernés.
Le professeur Télesphore Ondo, optimiste, a rappelé que
« le Gabon reste en position de force pour les négociations futures. Nous avons perdu une bataille sur les îles, pas la guerre sur l’ensemble du tracé frontalier »
Un appel a également été lancé à la mobilisation des administrations, des techniciens et des populations locales afin de constituer un dossier solide en vue des discussions à venir.
Un enjeu de souveraineté, mais aussi stratégique
Les enjeux ne sont pas uniquement symboliques ou historiques. Les eaux entourant les îles Mbanié et Cocotiers sont potentiellement riches en hydrocarbures, ce qui explique la tension persistante depuis des décennies. Les deux États y ont d’ailleurs délivré des permis d’exploration pétrolière sur des zones chevauchantes.
D’où la nécessité, selon le Dr André Adjo Mbadinga, de renforcer les capacités nationales en matière d’archivage, de recherche historique et de documentation :
« Il faut aller chercher dans les archives coloniales tous les documents susceptibles de renforcer notre position dans les négociations à venir »
Des frontières claires et respectées
Le verdict de la Cour internationale de justice, s’il consacre une perte partielle pour le Gabon, ouvre aussi de nouvelles perspectives sur le plan terrestre. Comme l'a dit le général Marcel Mapangou Moussadji
« nous sommes condamnés à vivre ensemble avec nos voisins. Mais vivre ensemble ne veut pas dire céder sur tout. Cela exige des frontières claires, respectées et reconnues »