LA RÉACTION
La récente décision de la Cour internationale de justice (CIJ) concernant le différend frontalier entre le Gabon et la Guinée équatoriale continue de susciter de nombreuses réactions. Parmi elles, celle du Pr Guy Rossatanga-Rignault, co-agent, conseil et avocat de la Présidence de la République gabonaise près la CIJ, qui livre une lecture mesurée mais ferme du verdict. Guy Rossatanga-Rignault est également professeur de droit public et spécialiste de sociologie politique gabonais, secrétaire général de la présidence de la République.
Interrogé par la rédaction de Gabon Première, le professeur a tenu à rappeler d’emblée la nature et la portée de cette instance :
« Nous étions devant une juridiction, la principale juridiction des Nations Unies. Elle a rendu une décision et nous en prenons note »
Un rappel formel mais essentiel pour souligner le caractère contraignant de la sentence rendue.
Le Pr Rossatanga-Rignault insiste ensuite sur la complexité du dossier, souvent réduit à tort à un simple litige autour de la localité de Mbanié.
« La décision est multiple dans son contenu parce que le différend lui-même était multiple »
a-t-il affirmé, évoquant les trois volets abordés par la Cour : les frontières terrestres, les frontières maritimes, et la souveraineté sur les îles Mbanié, Conga et Cocotiers.
Concernant les frontières terrestres, la CIJ a reconnu la validité exclusive de la convention de Paris de 1900 entre la France et l’Espagne. Une reconnaissance qui a des conséquences concrètes pour le Gabon.
« Toutes les parties du territoire qui sont à la droite de la ligne fixée par les Français et les Espagnols redeviennent de facto territoire gabonais »
a expliqué le professeur. Cela inclut notamment le pont frontière, jusqu'ici disputé.
La carte présentée lors de l’entretien illustre les zones cédées à la Guinée équatoriale dans le cadre de l’accord bilatéral de 1974. Un accord que la Cour n’a pas reconnu.
« La Cour ne l’ayant pas reconnue, toutes les parties que vous voyez en rouge, qui avaient été cédées en 1974, redeviennent gabonaises »
a affirmé Me Rossatanga-Rignault, mettant ainsi en évidence le gain territorial que représente cette décision pour Libreville.
Mais tout n’est pas victoire pour autant. Le Gabon perd la souveraineté sur l’île Mbanié, un point que le Pr Rossatanga-Rignault admet avec réalisme.
« Il est évident que nous avons perdu la souveraineté sur Mbanié, mais nous gagnons sur la frontière terrestre »
a-t-il reconnu. Quant à la frontière maritime, la Cour a renvoyé les deux États à la table des négociations, estimant qu’aucune délimitation n’existait à ce jour.
C’est une décision finalement nuancée qui oblige les deux pays à poursuivre le dialogue, mais dont le Pr Guy Rossatanga-Rignault estime que le Gabon sort globalement renforcé sur le plan territorial, notamment terrestre.