TRANSFÉRER LES RES DANS LA CEMAC
Sous la houlette de Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, et de Fortunato-Ofa Mbo Nchama, ministre équato-guinéen et président du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (UMAC), la France et les six pays de la CEMAC ont tenu récemment une réunion stratégique sur fond de tensions économiques croissantes. Ce sommet de haut niveau, inscrit dans le cadre des accords de coopération monétaire entre la France et la CEMAC, a permis à Paris de réaffirmer son appui à une politique de change plus rigoureuse visant le renforcement des réserves extérieures de la sous-région.
Au cœur des débats : la politique de rapatriement des devises menée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), qui impose désormais aux entreprises pétrolières et minières de transférer leurs fonds RES, les provisions destinées à la remise en état des sites d’exploitation, vers des comptes séquestres domiciliés dans la zone CEMAC. Cette mesure, exigée par les chefs d’État de la région, entre dans sa phase décisive. Un ultimatum a été fixé au 30 avril 2025. Passé ce délai, les contrevenants s’exposeront à de lourdes sanctions.
Mais cette volonté de souveraineté monétaire n’est pas sans provoquer des remous. Le 25 mars, Bill Huizenga, élu républicain du Michigan, a déposé au Congrès américain un projet de loi visant à suspendre tout appui des États-Unis aux programmes du FMI en faveur des pays de la CEMAC. Une riposte claire aux exigences imposées aux multinationales américaines.
Si Paris affiche son soutien à la politique monétaire de la BEAC, elle demeure prudente sur la forme que prendra cet appui. Aucune annonce concrète n’a été faite, alors que les pays d’Afrique centrale engagent un bras de fer avec des géants de l’industrie extractive. Reste à savoir si la France tiendra bon face aux pressions croisées de Washington et des lobbies industriels. Pour la CEMAC, l’enjeu est de taille : affirmer sa souveraineté financière sans compromettre l’accès aux financements internationaux.