LES COMPAGNIES ÉTRANGÈRES NE POURRONT PLUS EXPORTER L’OR DU GHANA
Le Ghana, premier producteur d’or en Afrique, amorce une nouveauté dans la régulation de son industrie aurifère. À compter du 1er mai 2025, les étrangers ne seront plus autorisés à acheter ni à commercer l’or extrait de manière artisanale sur le territoire national, a annoncé lundi le tout nouveau Ghana Gold Board, connu sous l’acronyme GoldBod.
Cette décision marque une rupture nette avec les pratiques antérieures, où des entreprises locales et étrangères, dûment licenciées, pouvaient se procurer de l’or auprès des petits exploitants. Désormais, GoldBod devient l’unique entité habilitée à acheter, vendre, tester et exporter l’or produit par les mineurs artisanaux agréés. Toute transaction hors de ce cadre sera considérée comme illégale et passible de sanctions pénales.
« À partir de mai, aucun acteur, local ou étranger, ne pourra commercer de l’or sans notre licence. Cette mesure vise à assainir le secteur et à maximiser les recettes nationales »
a déclaré le porte-parole du GoldBod, le prince Kwame Minkah, à l’Associated Press.
La réforme, ancrée dans la loi adoptée le 29 mars par le Parlement et promulguée le 2 avril par le président John Dramani Mahama, abroge les permis jusque-là délivrés par la Precious Minerals Marketing Company, jusqu’ici principal canal de commercialisation des minéraux au Ghana.
Pour les autorités, ce recentrage du commerce de l’or autour d’un organisme étatique s’inscrit dans une stratégie plus large : renforcer les réserves de change, améliorer la balance commerciale et, surtout, lutter contre la contrebande galopante qui ronge l’économie aurifère du pays.
« Les activités commerciales de GoldBod devraient aboutir à la constitution des réserves nécessaires à l’amélioration de notre marché des changes et, par extension, à la lutte contre la contrebande d’or »
a souligné Minkah.
Cette réorganisation intervient dans un contexte tendu : l’exploitation illégale de l’or – ou galamsey – est devenue une question brûlante sur le plan politique. Le sujet a dominé la campagne présidentielle de 2024, alimentant des vagues de protestation dans plusieurs régions touchées par la pollution des eaux et la déforestation.
Malgré les efforts gouvernementaux, le fléau persiste. Avec un taux de chômage élevé et une économie sous pression, de nombreux Ghanéens se tournent vers l’orpaillage artisanal comme ultime recours, souvent au détriment de l’environnement.
Au-delà de la régulation stricte, le ministre des Finances, Dr Cassiel Ato Forson, a souligné l’ambition plus large du projet : réapproprier la chaîne de valeur complète du secteur aurifère, de l’extraction à la commercialisation en passant par le raffinage et la transformation locale.
« Le GoldBod garantira que le Ghana exploite l’ensemble de la chaîne de valeur de l’or – de l’extraction au raffinage, à la valeur ajoutée et à la commercialisation – tant au niveau local qu’international »
a-t-il assuré devant le Parlement.
En devenant un acteur central et exclusif du commerce de l’or artisanal, le Ghana espère à la fois mieux contrôler ses ressources et restaurer la confiance dans un secteur clé de son économie.
Mais la réussite de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre sur le terrain : surveillance renforcée, transparence dans l’octroi des licences, et capacité réelle à concurrencer les réseaux illicites qui se sont enracinés depuis des années.