LE BURKINA FASO AMBITIONNE L’EXPORTATION DE VIANDE
Déjà reconnu comme un pilier de l’élevage en Afrique de l’Ouest aux côtés du Nigeria et du Mali, le Burkina Faso change d’échelle et d’ambition. Porté par une vision renouvelée de son potentiel agro-pastoral, le pays enclenche un virage stratégique : devenir un acteur majeur de l’exportation de viandes rouges sur le continent et au-delà.
Cette transformation a pris un tournant décisif le 8 avril 2025 avec l’adoption en Conseil des ministres d’un décret phare entérinant la création de l’Agence Faso Abattoir, un nouvel outil public conçu pour professionnaliser la filière et lui donner une nouvelle dynamique.
Placée au cœur de ce projet ambitieux, l’Agence Faso Abattoir aura la lourde mais stratégique mission de centraliser la gestion des abattoirs à l’échelle nationale et régionale. Sa feuille de route ? Moderniser les infrastructures existantes, renforcer les standards sanitaires et environnementaux, mais aussi bâtir une logistique intégrée – de l’approvisionnement en bétail à la distribution de la viande transformée.
Derrière ce projet, une logique simple mais ambitieuse : sortir d’un modèle économique basé sur l’exportation d’animaux vivants, et capter sur place davantage de valeur ajoutée.
« La création de l’Agence Faso Abattoir vise à faire du Burkina Faso un pays exportateur de viande, et non d’animaux sur pied »
précise le communiqué officiel du gouvernement.
La stratégie ne se limite pas aux intentions. Elle s’ancre dans des investissements concrets. En mars 2025, le ministère de l’Agriculture a lancé la construction d’un nouvel abattoir à Ziniaré, pour un montant de 2,3 millions de dollars (1 331 125 000 FCFA ). Ce projet, emblématique du changement en cours, vise à doter le pays d’infrastructures de transformation modernes, capables de répondre aux exigences des marchés internationaux.
Le Burkina Faso ne part pas de rien. Selon une enquête de la Direction générale des études et statistiques sectorielles (DGESS), le pays disposait en 2022 d’un cheptel estimé à 35 millions de têtes, composé à 32 % d’ovins, 30 % de caprins, 28 % de bovins et 4 % de porcins.
Les chiffres de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) révèlent d’ailleurs une croissance fulgurante des exportations de bétail vivant : de 581 tonnes en 2019 à 3 746 tonnes en 2023, soit une progression moyenne annuelle de 59,3 %. Une performance qui témoigne du dynamisme du secteur, mais aussi de ses limites dans sa forme actuelle, centrée sur les exportations brutes.
Ce repositionnement du Burkina Faso s’inscrit dans une vision de développement durable, à la fois économique, sanitaire et social. En misant sur la transformation locale, le pays entend non seulement augmenter ses revenus, mais aussi créer de l’emploi, renforcer la sécurité alimentaire, et s’assurer une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur.
Au cœur de cette stratégie, l’Agence Faso Abattoir devra agir comme un catalyseur, en coordonnant les initiatives publiques et privées, en professionnalisant les métiers de la viande, et en accompagnant les producteurs dans cette montée en gamme.