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Justice

LE TCHAD DÉFIE LA CPI ET MISE SUR LA JUSTICE AFRICAINE

LE TCHAD DÉFIE LA CPI ET MISE SUR LA JUSTICE AFRICAINE
En annonçant son départ de la CPI, le Tchad remet en question le fonctionnement de la justice pénale internationale et défend une alternative africaine.

Le Tchad a officiellement notifié au secrétaire général de l'ONU sa décision de se retirer du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Dans un communiqué publié le lundi 27 juillet, le gouvernement défend une décision qu'il présente comme souveraine et mûrement réfléchie, estimant que l'institution n'a pas répondu aux attentes placées en elle depuis sa création en 2002.


Au-delà de cette annonce, c'est une critique plus profonde de l'architecture actuelle de la justice internationale qui est formulée par les autorités tchadiennes.


Une justice internationale jugée déséquilibrée


Pour justifier son départ, le Tchad met en avant ce qu'il considère comme une "sélectivité" dans les poursuites engagées par la CPI. Selon les chiffres cités par N'Djamena, sur les treize enquêtes ouvertes depuis 2002, neuf concernent des pays africains, tandis que six des sept personnes actuellement détenues par la Cour sont poursuivies pour des affaires liées au continent.
Pour les autorités tchadiennes, cette concentration nourrit depuis plusieurs années le sentiment que la justice internationale cible principalement l'Afrique, au détriment d'autres régions du monde pourtant confrontées à des conflits et à des crimes graves.Cette perception, partagée par plusieurs dirigeants africains au fil des années, alimente les appels à une réforme en profondeur de la justice pénale internationale.


Le pari d'une justice africaine


Au-delà des critiques adressées à la CPI, le Tchad invite l'Union africaine à accélérer le développement de ses propres mécanismes judiciaires. L'ambition affichée est de bâtir une justice continentale capable de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves tout en garantissant une plus grande impartialité et un meilleur respect des réalités africaines.
Cette position s'inscrit dans un mouvement plus large visant à renforcer les institutions judiciaires africaines afin qu'elles puissent traiter elles-mêmes les dossiers relevant du droit pénal international.


Le gouvernement insiste toutefois sur le fait que son retrait ne signifie pas un abandon de la lutte contre l'impunité. Il affirme rester engagé dans la poursuite des auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide, en s'appuyant davantage sur les juridictions nationales et les futurs mécanismes africains.


Un débat qui dépasse le seul cas du Tchad


La décision tchadienne pourrait relancer les discussions au sein de l'Union africaine sur les relations entre le continent et la CPI. Depuis plusieurs années, certains États dénoncent une justice perçue comme déséquilibrée, tandis que d'autres continuent de défendre le rôle de la Cour comme outil essentiel de lutte contre l'impunité lorsque les juridictions nationales sont défaillantes.
Le retrait du Tchad ouvre ainsi un nouveau chapitre dans un débat qui oppose, depuis plus de vingt ans, les partisans d'une justice internationale centralisée à ceux qui plaident pour une plus grande autonomie judiciaire de l'Afrique.


Les pays africains qui ont quitté ou tenté de quitter la CPI


Le Tchad devient l'un des rares États africains à engager officiellement un retrait de la Cour pénale internationale. Avant lui :
Le Burundi est le seul pays africain dont le retrait de la CPI est effectivement entré en vigueur, en 2017.
L'Afrique du Sud avait annoncé son retrait en 2016, avant de revenir sur sa décision après une décision de justice. Un nouveau projet de retrait a ensuite été évoqué, sans aboutir à ce jour.
La Gambie avait également notifié son retrait en 2016, mais le nouveau gouvernement a annulé cette décision en 2017 avant qu'elle ne prenne effet.
Avec cette nouvelle décision, le Tchad remet sur le devant de la scène la question de l'avenir de la justice pénale internationale en Afrique et de la capacité du continent à construire ses propres mécanismes de lutte contre les crimes les plus graves.

Par ANGUE

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