tvplusafrique

International

LES ENSEIGNANTS GUINÉENS DÉPRIMÉS

LES ENSEIGNANTS GUINÉENS DÉPRIMÉS
Le SLECG alerte sur la détresse d'enseignants guinéens sans salaires.

Le SLECG alerte sur le drame des enseignants aux salaires gelés « nos collègues sombrent dans la dépression ». Le cri d'alarme lancé par le Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) résonne comme un appel à l'aide. Depuis plusieurs années, des centaines d'enseignants de la fonction publique vivent sans percevoir leur salaire, alors qu'ils continuent d'assurer les cours dans les établissements scolaires. Pour le porte-parole du syndicat, Mbany Kany Sangaré, cette situation est devenue intenable et plonge de nombreux enseignants dans une profonde détresse sociale et psychologique.


À l'occasion d'un entretien accordé à Africaguinee.com, ce 7 juillet, le responsable syndical a exhorté les autorités à agir avant que cette crise ne produise des conséquences irréversibles.


« Ils ont fait une année scolaire entière sans salaire »


Pour le SLECG, le temps des constats est terminé. Il faut désormais des décisions concrètes. Selon Mbany Kany Sangaré, près d'un millier d'enseignants restent privés de leur rémunération depuis deux à trois ans, malgré leur présence effective dans les salles de classe.


« Il s'agit d'une interpellation des autorités compétentes par rapport à la situation de ces enseignants dont les salaires sont bloqués depuis plus de deux à trois ans »


déclare-t-il.


Le syndicaliste insiste sur le paradoxe d'une administration qui continue de faire fonctionner le système éducatif grâce à ces enseignants, tout en leur refusant leur principal moyen de subsistance.


« Ils ont fait une année scolaire entière sans salaire, alors qu'ils sont tous en situation de classe »


poursuit-il.


« C'est pour cette raison que nous avons interpellé l'État, afin qu'il réagisse avant qu'il ne soit trop tard. »


Une détresse psychologique grandissante


Au-delà des difficultés financières, le SLECG met en garde contre les conséquences humaines d'une telle situation. Dans plusieurs préfectures de l'intérieur du pays, les enseignants concernés vivent dans une précarité extrême.


Pour Mbany Kany Sangaré, les appels reçus quotidiennement témoignent d'une souffrance de plus en plus profonde.


« Aujourd'hui, certains de nos collègues de l'intérieur nous appellent et commencent à sombrer dans la dépression »


confie-t-il.


Puis il décrit la réalité à laquelle sont confrontées ces familles.


« Imaginez-vous un enseignant qui passe trois ans sans salaire, avec sa famille à charge… Vous voyez à quel point cela fait mal ? »


Face à cette détresse, le syndicat affirme tenter d'apporter un soutien moral aux victimes.


« Nous faisons de notre mieux pour les soulager à distance »


ajoute le porte-parole, tout en reconnaissant que cette solidarité ne peut remplacer une rémunération régulière.


Un rapport élaboré avec le gouvernement toujours sans suite


Le SLECG rappelle que cette crise n'est pas née d'un manque de dialogue. Selon le syndicat, une commission paritaire avait été mise en place avec le ministère de la Fonction publique et de la Modernisation de l'administration, dirigé par Faya François Bourouno.


Pendant près de deux mois, les membres de cette commission ont examiné un à un les dossiers des enseignants concernés afin d'identifier les causes exactes du gel des salaires.


À l'issue de ces travaux, un rapport détaillé a été transmis aux autorités compétentes. Celui-ci distingue plusieurs catégories de dossiers. Les abandons de poste, les substitutions d'agents, mais également des erreurs matérielles concernant des enseignants qui continuent pourtant d'exercer normalement leurs fonctions.


« Nous avons demandé que ces personnes victimes d'erreurs matérielles soient rétablies dans leurs droits afin qu'elles puissent bénéficier de leurs salaires »


rappelle Mbany Kany Sangaré.


« Ce rapport a été déposé, mais jusqu'à présent, ces enseignants n'arrivent toujours pas à percevoir leur dû »,


déplore-t-il.


Selon ses estimations, le nombre total de dossiers litigieux se situe


« entre 950 et un peu plus ».


L'inventaire des dossiers examinés


Le travail réalisé par la commission a permis de classer les situations selon leur nature.


Le rapport fait état de 353 cas d'abandons de poste, représentant la catégorie la plus importante.


Il recense également 265 contractuels temporaires, comprenant notamment des chauffeurs des Directions préfectorales de l'éducation, des gardiens et d'autres personnels assimilés.


S'y ajoutent 169 cas liés à des défauts de biométrie, empêchant le versement des traitements.


Les vérifications ont aussi permis d'identifier 33 enseignants dont les salaires n'étaient finalement pas bloqués, 31 matricules introuvables dans le fichier central de la Fonction publique, sept cas de substitution confirmés, cinq cas de décès, trois cas d'usage de faux et un cas de démission.


Pour le syndicat, ces résultats démontrent que plusieurs situations relèvent d'erreurs administratives pouvant être rapidement corrigées.


La crainte de radiations injustifiées


Alors que plusieurs vagues de radiations touchent actuellement la fonction publique guinéenne, le SLECG redoute que certains enseignants soient injustement sanctionnés.


Mbany Kany Sangaré cite notamment un cas qui lui a été signalé le 7 juillet.


« Pas plus tard que ce matin, j'ai reçu l'appel d'un enseignant d'histoire-géographie qui officie au collège Hadja Mafory de Matoto. Il me dit qu'il a été radié. »


Le responsable syndical explique que cet enseignant avait déjà vu son salaire suspendu pendant plusieurs mois.


« Son salaire avait d'abord été bloqué pendant environ huit mois, et maintenant il retrouve son nom sur la liste des radiés. »


Avant toute prise de position, le SLECG souhaite toutefois examiner le dossier.


« Je lui ai demandé de venir nous voir pour que nous puissions examiner sa situation »


précise-t-il, ajoutant qu'il s'agit, à ce stade, du seul cas officiellement porté à la connaissance du syndicat.


Le SLECG maintient la pression


Malgré les vacances scolaires, le syndicat ne compte pas abandonner le combat.


Au moment où cet entretien était réalisé, des discussions se poursuivaient au ministère de la Fonction publique autour de la révision du statut particulier des enseignants. Le SLECG espère profiter de ces échanges pour remettre le dossier des salaires gelés au centre des négociations.


Mais si aucune avancée n'intervient, le syndicat envisage de nouvelles actions.


« Si rien n'est fait, nous allons convoquer une assemblée générale, demander l'avis de chacun et, à l'issue de cela, nous déciderons de la démarche à suivre. »


Mbany Kany Sangaré insiste sur le caractère collectif de toute décision.


« Tout ce que nous préconiserons sera validé en assemblée »


affirme-t-il.


Enfin, répondant à ceux qui estiment qu'une grève serait inefficace pendant les vacances scolaires, il se montre déterminé.


« Nous ne nous précipitons pas, mais nous allons tout de même maintenir la pression. Même si l'on dit "grève, grève", on sait bien que pendant les vacances, il n'y a pas cours. Mais il y a d'autres moyens d'action. »


En ce 7 juillet, le message du SLECG est sans ambiguïté : au-delà des chiffres et des procédures administratives, c'est la dignité de centaines d'enseignants qui est en jeu. Pour le syndicat, il appartient désormais aux autorités de traduire les engagements en actes afin d'éviter que cette crise sociale ne continue de fragiliser davantage le système éducatif guinéen.


 


 

Par Pamphil

Top Articles