CAMEROUN : STRATÉGIE GAZIÈRE EN PÉRIL
Cette unité flottante, ancien méthanier reconverti en usine de liquéfaction, assurait l'ensemble de la chaîne de production. Extraction, traitement, liquéfaction et chargement du gaz naturel liquéfié (GNL) sur les navires destinés à l'exportation. Son retrait marque ainsi un coup d'arrêt à une activité qui contribuait fortement aux recettes de l'État.
Un départ annoncé mais peu anticipé
Pour plusieurs spécialistes du secteur pétrolier, cette situation n'a pourtant rien d'une surprise. Depuis plusieurs années, Golar LNG avait laissé entendre que son navire serait redéployé vers un marché jugé plus rentable, notamment en Amérique latine.
Le consultant en hydrocarbures Robert Mouthe Ambassa affirme avoir alerté les autorités sur la nécessité de préparer une solution de remplacement. Selon lui, les professionnels du secteur savaient depuis près de deux ans que le départ du navire était inévitable. Malgré ces mises en garde, aucun projet alternatif n'a vu le jour, laissant aujourd'hui le Cameroun sans capacité nationale de liquéfaction du gaz.
Un manque à gagner considérable
Les conséquences économiques pourraient être particulièrement lourdes. Pour l'économiste Serge Alain Godong, le retrait du Hilli Episeyo intervient dans un contexte déjà marqué par un endettement élevé et des difficultés de mobilisation des recettes fiscales.
Ces dernières années, les revenus issus du gaz représentaient près de la moitié des recettes de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), soit entre 250 et 300 milliards de francs CFA par an. Or, la loi de finances 2026 a été élaborée en tenant compte de la poursuite de cette activité. L'absence de ces ressources crée désormais une importante incertitude budgétaire.
Au-delà de l'exercice 2026, cette perte risque également de peser durablement sur les capacités d'investissement de l'État et sur le financement de plusieurs projets publics.
Un silence politique qui interroge
Alors que les enjeux économiques sont considérables, plusieurs voix s'étonnent de la discrétion qui entoure ce dossier. Louis-Marie Kakdeu, vice-président du Social Democratic Front (SDF), regrette que cette question stratégique ne fasse l'objet d'aucun véritable débat public.
Selon lui, le Parlement, pourtant réuni en session depuis le début du mois de juin, n'a consacré aucune discussion au départ du bateau-usine ni à ses conséquences pour l'économie nationale. Cette absence de réaction alimente les interrogations sur la stratégie énergétique du pays.
Le départ du Hilli Episeyo révèle ainsi la forte dépendance du Cameroun à une infrastructure unique pour valoriser ses importantes réserves de gaz naturel. En attendant qu'une nouvelle solution industrielle soit mise en place, les exportations de gaz naturel liquéfié sont à l'arrêt, privant l'État d'une source majeure de revenus et ouvrant une période d'incertitude pour l'ensemble du secteur énergétique camerounais.