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AFFAIRE KOULA : JUSTICE ET PRESSE

AFFAIRE KOULA : JUSTICE ET PRESSE
Cour de cassation au Gabon : liberté du journaliste Freddy Koula.

Ce vendredi 3 juillet, à 11 heures, un homme entrera dans le cabinet de la première présidente de la Cour de cassation de Libreville sans savoir s’il en ressortira libre. Freddy Koula Moussavou, 12 ans de carrière entre Canal+, TV5 Monde et RFI, joue sa liberté pour avoir fait, un jour de février 2025, exactement ce pour quoi on l’a formé, analyser une conférence de presse à l’antenne.


Trois mois de prison ferme 


Pour des propos tenus en qualité d’expert sportif sur un plateau de télévision nationale. L’histoire mériterait d’être improbable. Elle est pourtant bien réelle, et elle interroge tout un pays.


Une loi claire, une qualification qui l’esquive


Le Gabon s’est doté en 2016 d’un texte sans ambiguïté. La loi n°019/2016 dépénalise les délits de presse. Un journaliste ne va plus en prison pour des propos tenus dans l’exercice de son métier. C’est le socle. C’est la garantie que le pays a lui-même choisi de se donner.


Pour que cette protection s’applique, encore faut-il reconnaître que Freddy Koula est journaliste. Or son statut ne relève d’aucun doute raisonnable, carte de presse du ministère de la Communication délivrée en 2020, carte de l’Association internationale de la presse sportive, attestation de consultant pour RFI où il intervient régulièrement dans Radio Foot Internationale. Le Code de la communication le dit noir sur blanc à l’article 40, est journaliste quiconque exerce, régulièrement ou à titre indépendant, des activités de collecte, de traitement et de diffusion de l’information. Koula coche chacune de ces cases depuis plus d’une décennie.


Reste alors la question qui dérange . Pourquoi une plainte visant un journaliste s’est-elle retrouvée requalifiée en délit de droit commun, hors du champ protecteur de la loi de 2016 ?


Faire son métier n’est pas une faute


L’article 41 du même Code est tout aussi net, l’obligation de relater les faits dans leur réalité s’impose au journaliste. C’est une obligation, pas une option. En répondant sur un plateau aux déclarations publiques d’un dirigeant du football gabonais, Freddy Koula n’a rien fait d’autre que participer à un débat d’intérêt général sur la gestion du sport national. Aucune démarche privée, aucune malveillance gratuite. De l’analyse, tout simplement.


Envoyer un journaliste en prison pour une critique technique, c’est envoyer un signal à toute une profession. Désormais, se taire est plus sûr que d’informer. C’est le prix que personne, dans une démocratie qui se respecte, ne devrait avoir à payer.


Le doute qui pèse


Il y a une autre lecture, murmurée dans les couloirs du football gabonais mais jamais vraiment démentie. En 2019, Freddy Koula avait été celui par qui le scandale était arrivé, ses révélations, documentées avec le journaliste français Romain Molina, sur des abus sexuels visant des mineures au sein de la sélection féminine U20, avaient secoué la Fégafoot jusqu’à la FIFA. Sept ans plus tard, retrouver ce même homme au bord de l’incarcération, dans un dossier porté par les mêmes instances qu’il avait contribué à ébranler, laisse peu de place au hasard pour ses soutiens.


Ce que le Gabon a vraiment à perdre


Ce vendredi, la Cour de cassation ne tranchera pas seulement le sort d’un homme. Elle dira au monde si le Gabon applique ses propres lois ou s’il les contourne quand cela arrange. Emprisonner un consultant RFI et membre de l’AIPS pour un commentaire sportif enverrait le pays droit vers le bas des classements mondiaux de la liberté de la presse, au moment même où il cherche à rassurer ses partenaires internationaux sur la solidité de son État de droit.


Freddy Koula Moussavou ne demande pas une faveur. Il demande que la loi gabonaise s’applique à un journaliste gabonais. Ce vendredi, à 11 heures, c’est cette évidence-là qui sera jugée.


 


 

Par Pamphil

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