8 MOIS DE GRÈVE ET ZÉRO MATÉRIEL
À deux semaines du Bac, les terminales ORGO de Bikélé lancent un S.O.S.
“Excellence, monsieur le Président de la République Gabonaise, chef de l'État, chef du gouvernement. Nous, élèves de la filière « Organisation et réalisation du gros œuvre » BTP du lycée technique de Bikélé, venons par la présente vous exposer la situation alarmante dans laquelle nous nous trouvons. Depuis la rentrée scolaire à aujourd'hui, nous n'avons reçu que quelques cours pendant une durée de un mois.Nos professeurs sont en grève car les conditions minimales d'enseignement ne sont pas réunies. Leurs revendications transmises personnellement à madame la ministre d'État concernent les équipements et la matière d'œuvre indispensable à une formation professionnelle digne. Sans matière d'œuvre, il est impossible de réaliser le moins d'exercices pratiques. Résultat, depuis des mois, nous restons sans formation, sans cours, sans encadrement et sans avenir clair. Nos enseignants ont déposé plusieurs préavis de grève. Cela fait plus de huit mois que ces dix points de revendication sont sur la table du ministère. Sans aucune réponse concrète. Dans une note de levée de suspension des cours du 14 février 2026, ils ont accepté de reprendre les cours de spécialité pour une période d'observation d'un mois. Nos enseignants ont tenu parole. Ils ont repris les cours le 16 février 2026 et assuré un mois d'enseignement théorique en attendant la livraison du matériel pour passer à la pratique. À ce jour, trois mois après la date limite du 22 février 2026 et deux mois après la fin de la période d'observation, nous n'avons reçu ni équipement, ni matière d'œuvre, ni début de travaux. Face à ce non-respect total d'engagement, nos enseignants ont été contraints de suspendre à nouveau les cours. Après le départ de nos professeurs, l'administration n'a pas pu organiser le bac blanc pour notre filière. Nous n'avons passé aucune épreuve, même dans les matières du général, où nous avions pourtant suivi les cours. Aujourd'hui, nous avons peur. Si nous n'avons pas fait le bac faute de moyens, comment pourrons-nous passer le vrai bac dans quelques semaines ? Nous craignons d'être pénalisés à l'examen final pour un manque de préparation dont nous ne sommes pas responsables. Pour les élèves de Terminale, dans deux semaines, nous sommes censés composer le baccalauréat professionnel. Comment passer un examen pratique sans équipement et sans matière d'œuvre ?Comment monter un mur sans parpaing, ni ciment ? Comment l'État peut-il évaluer des compétences qu'on ne nous a pas permis d'acquérir ? Nous ne demandons pas la pitié. Nous demandons le droit d'être formés, avec des outils et des matériaux de notre métier. De la mise en place des mesures d'urgence pour la préparation des candidats au baccalauréat professionnel 2026, avec la livraison de 80 tables inclinables et 80 tabourets. Le respect des engagements pris par Madame le ministre d'État le 12 février 2026. Monsieur le Président, on nous répète que la jeunesse est l'avenir. Mais l'avenir ne se décrète pas, il se prépare. Et il se prépare maintenant, dans des ateliers, avec du matériel et des professeurs qui nous forment. Sans formation aujourd'hui, il n'y aura pas de bâtisseur de demain. Il n'y aura qu'une génération sacrifiée. Et une génération sacrifiée, c'est l'avenir d'un pays qu'on enterre”
s'est inquiété le porte-parole des élèves candidats au Baccalauréat de la filière « Organisation et réalisation du gros œuvre » BTP
Face à ce contexte, les candidats s’adressent directement au président de la République gabonaise. Par le biais de leur porte-parole, ils ont exprimé leur détresse en des termes forts. « Depuis la rentrée, nous n’avons reçu que quelques cours pendant un mois. Nos professeurs sont en grève car les conditions minimales d’enseignement ne sont pas réunies. Sans matière d’œuvre, il est impossible de réaliser les exercices pratiques. Depuis des mois, nous restons sans formation, sans cours, sans encadrement et sans avenir clair. »
Le bac blanc, étape essentielle pour se préparer n’a pas pu être organisé pour leur filière
Les élèves rappellent que leurs enseignants ont déposé plusieurs préavis de grève avec dix points de revendication qui restent sans réponse depuis plus de huit mois. Après une courte période de reprise des cours, la promesse de matériel jamais arrivé a conduit à une nouvelle suspension des cours. Le bac blanc, étape essentielle pour se préparer au baccalauréat final, n’a pas pu être organisé pour leur filière.
Leur inquiétude est immense. Comment passer un examen pratique sans les outils ni les matériaux nécessaires ? Comment bâtir un mur sans parpaings ni ciment ? Ils mettent en lumière une injustice fondamentale. Etre évalués sur des compétences qu’ils n’ont pas pu acquérir faute de moyens. Leur demande est claire. Ils ne réclament pas la pitié, mais le droit à une formation digne, avec du matériel adapté et des mesures d’urgence pour préparer le bac professionnel 2026.
Les parents d’élèves, quant à eux, partagent ce désarroi. Ils craignent que leurs enfants soient les victimes d’une mauvaise gestion et d’un système qui sacrifie leur avenir. Une question revient sans cesse. Comment garantir un examen équitable à des élèves privés des conditions normales d’apprentissage ?
Sans parpaing ni ciment
« Quel bac ces enfants pourront-ils passer s’ils n’ont pas pu faire la pratique ni être formés aux métiers d’avenir ? »
s’interroge la présidente de l’Association des Parents d’Élèves (APE) du lycée, Mesny Laétitia Ova Bekale Ella Ekome.
“Quel est le baccalauréat que ces enfants iront faire s'ils n'ont pas pu faire la pratique, s'ils n'ont pas pu être formés par rapport aux métiers d'avenir dont ils ont été inscrits ? Monsieur le Président de la République, il n'est pas ici question d'invectiver. Il n'est pas ici question de manquer de respect. Il est question d'attirer votre attention. L'avenir, les Gabonais, le futur ne doit plus être sacrifié, Monsieur. Nous avons entendu votre allocution à l'Assemblée nationale. Vous avez parlé du lycée technique de Bikélé. Quand est-ce que vous allez visiter cette pépite ? Quand est-ce que vous allez venir voir ce dont ces enfants sont capables ? Nous avons des filières qui sont abandonnées. Il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas de matière d'œuvre. Depuis que ce lycée existe, c'est nous les parents qui, avec la collaboration de l'administration, faisons tout pour que nos enfants aient le strict minimum de la formation. Hier, c'était d'autres autorités, peut-être inconscientes. Mais aujourd'hui, vous êtes là et nous attendons que vous puissiez réagir. Il reste deux semaines. Est-ce que ces enfants seront capables de faire les rattrapages ? Ça, c'est bourrer, ça, c'est surmener la tête des enfants. M. le Président de la République, chef de l'État, chef du gouvernement, M. Brice Clotaire Oligui Nguema, nous savons que vous avez la main sur le cœur. (6:34) Trouvez une solution. C'est notre cri d'alerte aujourd'hui”
s’est alarmé Mesny Laétitia Ova Bekale Ella Ekome, présidente de l'APE du Lycée technique de Bikélé
Un avenir incertain pour les candidats
L’approche des examens transforme ce qui devrait être une période de révisions et de confiance en une source majeure d’angoisse. Les programmes sont restés inachevés, les révisions compromises, et l’incertitude plane sur la capacité des élèves à réussir leur baccalauréat.
Dans une filière technique, où le savoir-faire pratique est essentiel, cette situation est particulièrement critique. Il ne s’agit pas seulement d’un examen, mais d’une étape fondamentale pour former la future génération de professionnels du bâtiment, des infrastructures et des travaux publics. Sans une formation complète, ces jeunes risquent non seulement de voir leurs ambitions s’effondrer, mais aussi de priver le pays de bâtisseurs compétents, indispensables à son développement.
Le sort des élèves de la filière « Organisation et réalisation du gros œuvre » illustre une problématique plus large qui touche les établissements techniques du pays. La formation professionnelle, pilier essentiel du développement économique, doit être soutenue avec des moyens adaptés et des engagements tenus. Autrement, des générations entières risquent d’être sacrifiées, avec des conséquences lourdes pour l’avenir du Gabon.
Envoyés au casse-pipe
Ce contexte soulève aussi des questions sur la gestion des ressources et la priorité accordée à l’éducation technique par les autorités. Les promesses doivent être suivies d’effets tangibles, notamment la livraison rapide du matériel nécessaire et la garantie d’un encadrement pédagogique suffisant. Sans cela, le risque est grand de voir la motivation des élèves s’étioler et leur avenir compromis.
À deux semaines du baccalauréat professionnel, les élèves et leurs familles sont déboussolés.