NAUFRAGE FINANCIER DE PRÈS DE 40 MILLIARDS
Une illégalité manifeste dans les mandats de direction
L’enquête révèle une situation d’illégalité flagrante. En effet, 77 présidents de conseil d'administration et 36 directeurs généraux occupent toujours leurs fonctions bien au-delà des durées légales fixées par les lois de 2017. Ce non-respect des mandats légaux fragilise gravement la gestion des entreprises publiques et contribue à leur sous-performance chronique.
Une perte financière inquiétante
Pour la seule année 2022, les entreprises concernées ont cumulé une perte d’environ 40 milliards de francs CFA. Quatre d’entre elles sont même en faillite technique, maintenues artificiellement à flot grâce aux subventions publiques, ce qui met en lumière l’ampleur du gaspillage des fonds publics.
Une gabegie ancienne et persistante
Le professeur Viviane Ondoa Biwole souligne que cette situation n’est pas nouvelle. Depuis près de dix ans, l’opinion publique est informée de la gestion catastrophique des sociétés d’État. Plus d’une centaine d’entreprises publiques vivent sous perfusion, soutenues par des injections massives de capitaux publics qui ne se traduisent pas par une amélioration de leur performance.
Entreprises en difficulté : un aperçu
Parmi les sociétés les plus déficitaires, on compte plusieurs institutions emblématiques telles que :
La chaîne publique CRTV TV
La Caisse autonome d’amortissement
La Sodécoton
L’Institut des recherches pour le développement (Irad)
La Soweda
La Campost
Le Chantier Naval
La SEMRY
Ces entreprises affichent un rendement financier déficitaire, malgré les millions injectés pour leur maintien.
Trois naufrages liés à la gouvernance
Dans son ouvrage, Viviane Ondoa Biwole identifie trois causes majeures de ce naufrage :
La violation de la légalité dans les nominations et le maintien excessif des dirigeants.
La défaillance de la gouvernance interne.
La mauvaise gestion financière, à l’origine de pertes astronomiques.
Les chiffres sont parlants. 77 présidents de conseils d’administration, 102 directeurs généraux et adjoints en fonction hors cadre légal, et quatre entreprises techniquement en faillite.
Où passe l’argent public ?
L’auteure s’interroge sur la destination des fonds publics, notamment les près de 30 milliards de francs CFA dédiés aux subventions d’exploitation et d’investissement absorbés juste en 2022, l’année concernée par ce rapport accablant. Le fossé entre les ressources allouées et les résultats obtenus est immense, signe d’une inefficacité criante.
Propositions pour un redressement urgent
Face à cette hémorragie financière, le professeur Ondoa Biwole recommande plusieurs mesures urgentes.
Le renouvellement immédiat des présidents de conseil d'administration dont le mandat est arrivé à expiration, en priorité dans les entreprises les plus anciennes et déficitaires.
La mise en place de plans de redressement précis pour les entreprises en situation d’insolvabilité technique et de pertes chroniques.
L’instauration d’un suivi annuel rigoureux de la conformité et de la performance, basé sur des données traçables et vérifiables, afin d’éviter les simples constats sans suite.
Mauvaise gouvernance
Ce rapport met en lumière une réalité qui étrangle le Cameroun. La persistance d’une mauvaise gouvernance qui coûte cher à l’État et à la nation. Le redressement des entreprises publiques passe impérativement par une réforme profonde des pratiques de gestion et un respect strict des cadres juridiques. Sans cela, le pays continuera à supporter le poids d’une gabegie financière coûteuse et inefficace.