tvplusafrique

Culture

STAR DES PROJECTEURS

STAR DES PROJECTEURS
Comédiens au Gabon : entre prestige officiel et grande précarité.

Dans les cours des villas de la Sablière, dans les salons de marbre et dans les salles de spectacle les plus prestigieuses de Libreville et de Port-Gentil, les comédiens gabonais célèbrent la nation avant de retrouver une réalité quotidienne et glaciale. La précarité. Derrière la ferveur populaire et la célébrité survoltée, l'humour national survit péniblement dans l'informel, asphyxié par l'absence de statut professionnel et l'inflation. L’écart est saisissant entre le faste protocolaire et les comptes bancaires dans le rouge ou inexistants. Les comédiens au Gabon ne sont pas tous logés à la même enseigne, mais la majorité file du mauvais coton.


Le prestige protocolaire face à l'absence de droits d'auteur


Si les comédiens sont régulièrement invités à prester au Palais du Bord de mer lors des cérémonies officielles, cette vitrine ne garantit aucun revenu pérenne. L'absence de perception et de redistribution des droits d'auteur les prive d'une rémunération juste et régulière.


La vie chère étouffant les cachets artistiques


Malgré la mise en place de politiques de lutte contre la vie chère, l'inflation généralisée et le coût élevé de la vie impactent durement le quotidien des artistes. Les cachets perçants lors des événements sont souvent dérisoires par rapport aux dépenses incompressibles.


L'économie informelle comme seul modèle


Le secteur culturel gabonais repose massivement sur l'informel. Sans industrie du spectacle structurée ni subventions institutionnelles adaptées, les comédiens sont contraints de multiplier les projets (sketches, publicité, autoproduction) sans aucune sécurité sociale ni couverture maladie.


La quête d'un statut professionnel


Les artistes réclament la concrétisation de réformes structurelles pour professionnaliser le métier de comédien (création d'un statut officiel de l'artiste, cartes professionnelles). Actuellement, l'humour est perçu par beaucoup comme un simple passe-temps plutôt qu'un métier à part entière.


L'impact des finances publiques sur le mécénat


Le contexte macroéconomique du pays, caractérisé par des déficits budgétaires et un poids important de la dette, pousse l'État à réduire ses dépenses courantes. Cela limite considérablement les budgets alloués aux événements culturels et au soutien direct aux artistes.


Le fossé entre la vitrine internationale et le marché local


Les humoristes gabonais qui parviennent à exporter leur talent et à briller sur la scène continentale reviennent souvent sur un marché local exigu. Le manque d'infrastructures de diffusion et la faiblesse du marché publicitaire gabonais empêchent la monétisation efficace de leurs créations.


Ces disparités s'inscrivent dans un climat de transition où l'État tente de relever les défis de la pauvreté et des inégalités sociales tout en consolidant la crédibilité financière du pays sur les marchés régionaux.


Un paradoxe frappe le monde culturel


Au Gabon, un paradoxe frappe le monde culturel. Alors que le PIB par habitant dépasse les 8 800 dollars, faisant du pays l'un des plus riches d'Afrique subsaharienne, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les comédiens, acclamés au Palais et dans des lieux de réjouisances des riches du pays, subissent de plein fouet ce grand écart économique. Sans redistribution réelle des droits d'auteur, la majorité d'entre eux survit bien en deçà SMIG. Malgré l'adoption de la loi n°16/2023 sur le statut de l'artiste, le manque de décrets d'application maintient les humoristes dans une précarité totale. Le montant légal du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) au Gabon est fixé à 80 000 FCFA par mois. 


 

Par Pamphil

Top Articles