"AVEC PARIS, TOUT EST NORMAL"
Le bilan après un an de mandat : un projet sur sept ans
Interrogé sur la réalisation des promesses faites il y a un an, Brice Clotaire Oligui Nguema est clair.
"Un an après mon mandat, je ne dirais pas que tout a été fait, parce que mon mandat c'est sur sept ans et mon projet de société il repose sur sept ans. J'y avance dans mon projet de société et ce que j'ai promis aux Gabonais c'est sur sept ans et je ferai ce que j'ai promis."
Il reconnaît cependant l’impatience des populations sur certains points essentiels.
"Il y a quand même la question. Quand on parle aux Gabonais, ils veulent deux choses. Ils veulent l'eau, ils veulent l'électricité. Vous leur aviez promis il y a un an. Quand vous les interrogez, ils disent non. On n'a pas d'eau, pas d'électricité ou en tout cas pas assez. Pourquoi monsieur le Président ?"
À cela, il répond avec transparence.
"J'ai ce problème à cœur et je n'oublie pas cette détresse des Gabonais. J'y pense tous les jours. Nous avons commencé à réaliser des centrales thermiques qui sont même déjà payées et nous attendons la livraison de tous ces chantiers. Aujourd'hui, nous avons investi plus de 800 milliards de francs CFA et je pense que d'ici le mois de juillet 2027, il y a quelques centrales qui vont être livrées"
Le président est confiant pour l’avenir proche.
"Donc d'ici un an, plus d'un an, oui, il y aura de l'électricité pour les Gabonais régulièrement, vraiment. Et on sortira de ces problèmes de délestages"
La situation macro-économique et l’accord avec le FMI
Sur le plan économique, la question d’un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) est récurrente. Le président confirme.
"Je vous le dis en toute sincérité, il y aura un accord avec le FMI et nous sommes prêts à signer un programme avec le FMI. Nous avons échangé depuis fort longtemps."
Il explique la prudence nécessaire.
"Pendant la transition, nous étions à 7500 milliards de dettes. Et un peu avant la transition, on nous a présenté une dette à 8 milliards. Et après, un autre chiffre est apparu. J'ai dit au FMI, je veux un audit de ces chiffres. Je veux la réalité pour savoir ce que moi je signe."
Le président affirme que le délai de signature a été accepté volontairement.
"On était prêts à signer au mois de juillet. Le FMI m'a dit, si on va sur l'audit, il faut décaler de quelques mois pour qu'on puisse signer. J'ai dit, je vous accorde ces quelques mois. Donc, l'accord sera signé plutôt vers la fin de l'année"
Croissance économique : confiance malgré les prévisions
La Banque africaine de développement a affirmé il y a quelques jours que la croissance serait de 2,6%. Alors que votre loi de finances table sur une croissance bien supérieure. Est-ce que vous ne craignez pas que vous n'aurez pas les moyens dont vous pensiez disposer et que la situation économique est en train de se détériorer ?
A cette question Brice Clotaire Oligui Nguema répond.
“C'est vous qui le dites encore”.
Non, c'est la BAD qui le dit, pas moi.
" Bon, après, vous savez, je vais faire comme Omar Bongo-Ondimba. Les chiffres ne nourrissent que ceux qui vivent avec les chiffres. Et qui pensent que oui, les chiffres vont les nourrir. Moi, je vous rassure que mon économie se porte bien."
La souveraineté économique, priorité majeure
Un des axes forts de sa politique est la souveraineté économique.
"Ne vous attadez pas sur les chiffres. La souveraineté économique pour nous, c'est un challenge. C'est un challenge. Et nous l'avons fait pour Assala. Quand j'ai pris la décision de racheter une partie de notre pétrole, personne n'y croyait. Aujourd'hui, je peux vous dire qu'on a racheté Assala. Assala plus GOC, nous sommes producteurs numéro un de notre propre pétrole maintenant"
Il insiste aussi sur la transformation locale des ressources.
"Ce que nous n'avons pas avant, tel que vous l'avez dit, dans le secteur du manganèse. Au-delà de la souveraineté économique que nous prenons, il nous faut transformer notre propre manganèse pour créer beaucoup plus d'emplois pour les jeunes. Ils ont appris chez vous. On a tous fait des études en France. Mais on ne peut pas aujourd'hui accepter que le manganèse continue à sortir à l'état brut parce qu'on perd de la valeur monétairement "
Relations avec la France : un partenariat renouvelé
Concernant la coopération avec la France, il affirme un dialogue constructif.
"Je pense que l’accord a déjà été trouvé. Je remercie le président Emmanuel Macron, président de la République française, qui a essayé de trouver cet accord avec Eramet et qui aussi a une pensée un peu comme la mienne. C'est la fin des rentes. C'est la fin du monopole. C'est la fin des exclusivités dans les contrats"
Il souligne la nécessité de diversification.
"Nous ne chassons pas Eramet, nous ne chassons personne. Mais nous voulons diversifier nos partenaires. Nous voulons travailler avec tout le monde."
“Nous regardons les contrats. On ne peut plus avoir le monopole.Et aujourd'hui, en matière de transformation, nous avons trouvé un accord avec Eramet”
Sur l’accord avec Eramet pour la transformation du manganèse, il est catégorique.
"Ils se sont mis d'accord pour la transformation. Ce que j'attends, c'est que les choses commencent. Ce qui a été dit devant le président Macron, les engagements que nous avons pris ensemble, à trois, avec Eramet, c'est qu'Eramet les respecte et qu'Eramet commence à transformer. Si rien n'est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas. Donc il est temps qu'ils commencent à mettre des usines de transformation"
Visite d'État en France confirmée
Brice Clotaire Oligui Nguema confirme sa prochaine visite officielle en France : "Oui, c'est le cas. Je suis attendu en France en visite d'État. Et s'il faut vous donner une date, c'est prévu dans la date du 20 juillet. Le 20 juillet, je serai en France, je serai chez vous."
La relation militaire avec la France et le retrait du camp de Gaulle
Sur le volet militaire, il explique.
"Le camp de Gaulle existe encore. Peut-être que vous allez le récupérer. Avec Paris, je veux dire, tout est normal. On a toujours eu de bonnes relations avec la France. Le climat, il est au beau fixe."
Il précise le retrait demandé par la France.
"C'est la France elle-même qui a demandé de se retirer du camp de Gaulle. Nous ne les avons pas chassés comme ailleurs. Et nous avons accepté cette opportunité. Nous avons dit oui."
Le camp sera rebaptisé.
"Le camp, il est déjà rétrocédé à la partie gabonaise. Maintenant, après, nous allons baptiser le camp qui va porter un nom gabonais. Le nom général de Gaulle ne va plus exister. Ça rappelle des souvenirs de la coloniale."
La question des migrants demandée par les États-Unis
Face à la demande des États-Unis d’accueillir des migrants, il répond.
"La même chose nous a été demandée. Le président Trump, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup, que j'affectionne beaucoup et qui m'a reçu aux États-Unis. Je l'appelle souvent mon ami à la cravate rouge. Mais sur ce point, nous ne sommes pas tombés d'accord. Je ne les ai pas acceptés chez moi."
Il conclut fermement.
"Le Gabon n'est pas prêt à signer cet accord qui ne nous arrange pas. C'est très clair."
L’affaire Alain-Claude Billy-By-Nze : une question politique ?
À propos de l’ancien Premier ministre emprisonné, il répond avec distance.
"Moi, je n'ai pas à juger. C'est une affaire privée. Je compatis. Ça me touche beaucoup à ce qui lui arrive, surtout qu'au-delà des convictions politiques qui sont divergentes. Mais il reste un ami. C'est mon ami, on n'a pas de problème. Et je ne suis pas mêlé là-dessus."
Suspension des réseaux sociaux : une mesure temporaire et indépendante
Sur la suspension des réseaux sociaux, il clarifie.
"Les réseaux sociaux ont été suspendus, pas par l'exécutif, c'est la HAC, la Haute Autorité de la Communication, qui est une entité autonome et indépendante, qui a pris cette décision."
Il ajoute.
"Ils ne les ont pas coupés. Ils ont suspendu pour un temps. D'après les raisons qui nous ont été évoquées, c'est les mêmes qu'on connaît aujourd'hui. C'est les injures, la calomnie et autres."
Il promet une réouverture encadrée.
"Après, ils vont les promulguer et on va ouvrir les réseaux sociaux. Oui, après que le Parlement ne se soit prononcé, nous allons ouvrir les réseaux sociaux. Il y aura des amendes qui vont être infligées à ceux qui garnissent l'image des autres."
Accusations de torture : la justice doit faire son travail
Concernant les accusations portées par Sylvia Bongo, il répond sereinement.
"Moi, je laisse la justice faire son travail, comme je dis. De la même manière que la justice gabonaise indépendante, celle en France est l'indépendante, qu'elle poursuit ses plaintes, mais avec la preuve. Une justice et la preuve."
Il dénonce l’absence de preuves.
"J'ai vu tout ce qui a été dit, tout ce qui a été monté comme vidéo, mais je n'ai pas vu aucune preuve de torture."
« Mais la seule chose que je peux vous dire, quelqu'un qui a fait un coup d'État sans effusion de sang, qui n'a tué personne, ne va pas se mettre à torturer les gens. Donc ça, il faut l'admettre. »
Ali Bongo Ondimba : aucune plainte en cours, un pardon possible
Sur Ali Bongo, il assure.
"Je n'ai pas de problème avec Ali Bongo Ondimba. Au-delà du passeport diplomatique, il a été invité pour participer pleinement à la cérémonie de la salle de congrès qui porte le nom de son père et il n'a pas voulu venir."
Il précise.
"L'État gabonais n'a pas encore lancé des poursuites contre lui. Pas encore, vous dites ? Je ne sais pas s'il y en a, mais ce n'est pas moi la justice. Donc, aucune plainte aujourd'hui n'est contre Ali Bongo Ondimba. Il est libre de se mouvoir."
Respect de la Constitution et refus des dynasties
Enfin, sur la question des mandats et dynasties, il est catégorique.
"Alors moi, en toute sincérité, je vous dis, je suis un démocrate. Je suis respectueux des lois parce que je craint Dieu. Et cette Constitution a été écrite sous mon ère pendant la transition avec l'ensemble des militaires. Nous avons mis dans cette Constitution l'intangibilité, qu'il ne fallait pas toucher à cet article, même s'il advenait à modifier la Constitution."
Il conclut fermement.
"Et donc, je veux respecter ce que dit ma Constitution. Nous sommes même allés plus loin, au-delà des libertés, où le fils d'un président ne peut plus succéder directement à son père. Ça a été mis dans notre Constitution. Si je peux résumer d'une formule, il y a eu une dynastie Bongo. Il n'y aura pas de dynastie Oligui. Il n'y aura pas de dynastie Oligui. Vous pouvez en être sûr. Si il y a une dynastie oliguique, c'est après un mandat tel qu'on l'a mis dans la Constitution. Mais il n'y aura pas de dynastie Oligui"