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DU PÂTURAGE À L’ASSIETTE

DU PÂTURAGE À L’ASSIETTE
La filière bovine du Tchad, pilier économique peu transformé localement.

La filière bovine au Tchad constitue un pilier majeur de l'économie nationale. Dotée d'un potentiel immense estimé à plusieurs millions de têtes de bétail, elle souffre pourtant d'un manque criant de transformation locale. 


Le bœuf Kouri: une race bovine tchadienne unique au monde


Le Tchad est une terre d'élevage et compte près de 94 millions de têtes de bétail. Sa filière bovine repose principalement sur l'emblématique bœuf Kouri (ou Boudouma), une espèce unique au monde vivant autour du lac Tchad, reconnaissable à son pelage blanc et ses très grosses cornes.


C’est la race bovine du Lac Tchad. Le bœuf Kouri est parfaitement adapté aux zones marécageuses du bassin du Lac Tchad. Sa morphologie es caractéristique. Il est très imposant. Les mâles pèsent environ (700  kg) et les femelles entre (300 kg) et (400 kg). Ses atouts sont multiples. C'est un animal très résistant aux insectes. Il est réputé pour ses aptitudes bouchères et laitières, avec une production pouvant atteindre (10 litre) de lait par jour en milieu naturel.


Un pilier économique sous-exploité


Bien qu’il représente une part importante du PIB et des exportations hors pétrole, l’élevage bovin n’apporte pas encore toutes les richesses escomptées. Le pays perd une part considérable de ses recettes potentielles en exportant massivement le bétail sur pied plutôt que de le transformer sur place.


Le défi de l'industrialisation et de la création de valeur


Pour inverser la tendance, le Tchad amorce des projets d’infrastructures modernes, tels que des abattoirs et des complexes intégrés. L’objectif est de s’orienter vers des zones spéciales de transformation pour maîtriser toute la chaîne de valeur. De la viande de qualité supérieure jusqu'aux cuirs, peaux et autres sous-produits.


L'enjeu de l'emploi et de la jeunesse


L’industrialisation de la filière est un levier majeur de création d’emplois. Elle permettrait de fixer la main-d’œuvre locale, notamment les jeunes, et de moderniser les métiers traditionnels liés à l’élevage, à la boucherie et à la transformation agro-industrielle.


La dépendance au pastoralisme transhumant


L’élevage bovin au Tchad repose majoritairement sur un système pastoral transhumant. Ce modèle ancestral est aujourd'hui confronté à d’importantes contraintes, comme la raréfaction des pâturages et les longues distances parcourues, démontrant la nécessité de sécuriser les couloirs de transhumance et de développer une alimentation fourragère locale.


Les conflits entre éleveurs et agriculteurs


La pression démographique et les effets du changement climatique exacerbent la compétition pour l’accès aux terres et à l’eau. Cette concurrence induit des tensions récurrentes entre les éleveurs bovins nomades et les agriculteurs sédentaires, ce qui constitue une menace directe pour la cohésion sociale et la sécurité.


Les contraintes sanitaires et climatiques


La productivité de la filière est régulièrement freinée par les sécheresses et les maladies transfrontalières, à l'instar de la péripneumonie contagieuse bovine ou de la fièvre aphteuse. Cela souligne le besoin urgent de renforcer la couverture sanitaire, de multiplier les infrastructures hydrauliques et de mettre en place une politique vétérinaire efficace.


Le poids du commerce sous-régional


Les flux de bétail sur pied en provenance du Tchad vers des pays voisins comme le Nigeria et le Cameroun constituent une dynamique commerciale forte. Cela fait du Tchad un acteur incontournable du commerce intra-africain, dont une meilleure régulation permettrait de capter plus de taxes et de devises.


La souveraineté alimentaire et le développement territorial


Au-delà de son rôle marchand, la filière bovine joue un rôle central dans la sécurité alimentaire des populations. Le développement d’une industrie de transformation locale participe pleinement à la souveraineté alimentaire du pays tout en structurant l’aménagement et le développement du territoire.


Économie et exportation


L'élevage constitue le deuxième secteur économique le plus important du pays après le pétrole, faisant vivre près de 40 % de la population.


Pendant des décennies, le Tchad exportait principalement ses bœufs vivants vers les pays frontaliers. Le pays a amorcé une modernisation de sa filière, notamment avec des infrastructures comme la salle frigorifiée de Moundou, pour transformer et exporter de la viande congelée respectant les standards internationaux vers d'autres pays d'Afrique centrale, comme le Gabon


Les exportations de boeuf ont atteint un niveau record de 220 milliards de FCFA


La filière bovine tchadienne s'appuie sur un cheptel immense de près de 34 millions de têtes. Ce secteur stratégique génère environ 53 % du PIB rural et fait vivre directement 40 % de la population du pays.Malgré son caractère principalement pastoral et mobile à 80 %, l’élevage représente la deuxième source de devises du Tchad. Il constitue environ 50 % des exportations hors pétrole. En 2024, la Banque des États de l'Afrique Centrale a estimé les exportations de bétail à un niveau record de 220 milliards de FCFA. Cependant, la valorisation locale reste faible. Près de 500 000 bovins sont abattus chaque année, mais seulement 20 % de ces abattages font l'objet d'un contrôle officiel.


 

Par Pamphil

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