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AGOA : POURQUOI DONALD TRUMP TEND À NOUVEAU LA MAIN AU GABON

AGOA : POURQUOI DONALD TRUMP TEND À NOUVEAU LA MAIN AU GABON
Une manœuvre géopolitique et économique en pleine mutation

Hier, le 22 mai 2026, une décision majeure a été annoncée.  Le Gabon retrouve officiellement sa place dans le programme américain African Growth and Opportunity Act (Agoa), suspendu depuis 2023 à la suite du coup de libération qui a renversé le président Ali Bongo. Ce retour, signé par le président américain Donald Trump, intervient dans un contexte géopolitique tendu en Afrique centrale et dans un monde où les enjeux stratégiques évoluent rapidement.


Par décret présidentiel, cette réintégration marque une étape décisive de suppression des droits de douane sur plusieurs milliers de produits. La mesure concerne une période allant jusqu’au 31 décembre 2031, symbole d’un geste d’ouverture et de cap de la part de Washington. En effet, en 2023, le Gabon, tout comme le Niger, avait été suspendu pour non-respect des critères politiques fixés par l’Agoa, notamment la démocratie, le pluralisme et l’État de droit. La suspension intervenait dans un contexte de coups d’État en Afrique de l’Ouest, une période d’instabilité régionale soutenue.


Depuis lors, le nouvel exécutif dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est engagée dans une réforme politique et institutionnelle. En avril 2025, il a remporté l’élection présidentielle dans un contexte de transition, et l’Union africaine a rapidement levé ses sanctions. La réévaluation de la situation politique, ainsi que des progrès en matière de gouvernance, ont permis à Washington de revoir sa position.


Ce geste, pour autant, ne doit pas être considéré comme une approbation aveugle des autorités actuelles, mais plutôt un pari stratégique pour encourager la stabilité et la démocratisation dans la région.


L’Agoa, créé en 2000 sous l’administration Clinton, est un programme d’intégration commerciale destiné à favoriser le développement économique des pays africains. En permettant à ces derniers d’exporter vers les États-Unis près de 1 800 produits en franchise douanière, il constitue un levier économique important pour le continent.


Le retour du Gabon dans ce dispositif ouvre de nouvelles perspectives pour ses industries locales. Bois transformé, manganèse, agro-industrie, hydrocarbures, textiles… La réactivation du programme régional sur les articles d’habillement et les tissus issus de pays tiers renforce encore davantage cette opportunité. En 2024, malgré la suspension, les échanges commerciaux entre Libreville et Washington avaient malgré tout atteint un niveau significatif, témoignant de l’importance du marché américain pour Libreville, qui cherche désespérément à diversifier ses partenaires et ses marchés. La réintégration dans l’Agoa constitue une étape stratégique pour relancer ses industries exportatrices, mais surtout pour affirmer sa souveraineté économique dans un monde où la rivalité entre grandes puissances s’intensifie.


La Chine : l’ombre qui plane sur la rivalité américano-africaine


Au-delà des enjeux bilatéraux, cette réintégration intervient dans une compétition féroce entre Washington et Pékin. La Chine demeure le principal partenaire commercial du Gabon, notamment pour ses exportations de pétrole et de manganèse. En février 2026, Libreville et Pékin discutaient d’une révision tarifaire pour faciliter leurs échanges, illustrant leur relation étroite.


Pékin n’a pas manqué de réagir à cette manœuvre. La Chine a récemment supprimé la suspension de certains droits sur ses exportations vers une multitude de pays africains, renforçant ainsi son influence économique. La présence chinoise dans le secteur minier, les infrastructures et les technologies stratégiques reste très forte, ce qui pousse la part de Washington pour garder Libreville dans son orbite. En offrant un accès préférentiel, les États-Unis cherchent à contrebalancer les investissements et prêts chinois, dans une logique de compétition économique et diplomatique.


Réciprocité et dépendance


Pour Libreville, cette réintégration est une victoire symbolique et économique. Elle permet à ses industries d’accéder à un marché de 330 millions de consommateurs américains, tout en renforçant la crédibilité internationale du gouvernement de transition. Toutefois, cette victoire s’accompagne de défis.


Face à cette ouverture commerciale se trouve une réalité complexe de dépendance aux capitaux occidentaux. La question de la souveraineté demeure centrale. Le Gabon doit continuer ses efforts pour renforcer ses institutions démocratiques et sa gouvernance afin d’éviter une nouvelle forme de dépendance ou d’alignement unilatéral.


Cette décision de Donald Trump, est bien plus qu’un simple ajustement commercial. C’est une étape stratégique dans la lutte pour l’influence en Afrique, où chaque grande puissance cherche à asseoir sa domination économique et politique.


Pour Libreville, cette décision est une opportunité à saisir pour relancer son économie, diversifier ses partenaires, et renforcer sa souveraineté. Mais elle doit aussi rester vigilante face aux enjeux géopolitiques et assurer une gouvernance transparente pour préserver cette nouvelle ouverture.


Dans un monde où la compétition entre Washington et Pékin ne fait que s’intensifier, le Gabon doit jouer habilement ses cartes, en restant maître de ses destinées tout en naviguant entre les puissances.


 


 

Par Pamphil

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