À LIBREVILLE, POURQUOI LES VICTIMES DE VIOLENCES POLICIÈRES NE PORTENT-ELLES PAS PLAINTE ?
La peur des représailles et la méfiance envers la justice
Ce phénomène s’articule autour de six axes majeurs. D’abord, le système du « donnant-donnant » instauré implicitement entre policiers et usagers. La hiérarchie policière tend parfois à rejeter la responsabilité sur les victimes, les accusant de céder à la corruption pour éviter des sanctions. Cette stigmatisation décourage les plaignants, qui redoutent d’être inquiétés à leur tour pour avoir cédé à une tentative de racket.
Les obstacles administratifs et juridiques au dépôt de plainte
Ensuite, la peur des représailles directes s’installe profondément. Déposer plainte implique de révéler son identité et ses coordonnées aux agents accusés, ce qui expose à des intimidations futures, des contrôles ciblés ou même des arrestations arbitraires. Cette crainte freine considérablement la démarche judiciaire.
Par ailleurs, la défiance envers les mécanismes internes des services de police est forte. Les plaintes sont souvent déposées au sein même des commissariats concernés, où les victimes estiment qu’une dénonciation contre un collègue ne sera pas prise en compte sérieusement. Cette perception nourrit un sentiment d’impunité institutionnelle difficile à dissiper.
La lourdeur des procédures administratives et judiciaires vient s’ajouter à ces freins. Les démarches, perçues comme complexes, longues et coûteuses, découragent les victimes. Sans garantie de succès, beaucoup préfèrent renoncer, optant pour la résignation face à un système qui semble plus pénaliser la victime que l’agresseur.
Un autre facteur déterminant est la criminalisation des victimes. Il est courant que les agents mis en cause portent plainte en retour, notamment pour « outrage à agent » ou « rébellion ». Cette menace juridique pousse souvent les plaignants à abandonner toute action, craignant une condamnation plus sévère que les violences subies.
La normalisation de la violence policière et l'omerta sociale
Enfin, la normalisation de la violence policière et l’omerta sociale jouent un rôle majeur. Les actes d’extorsion et de brutalité lors des contrôles routiers sont devenus banals dans l’imaginaire collectif. Ce phénomène, couplé à un manque de soutien communautaire, enferme les victimes dans le silence plutôt que dans la dénonciation publique.
À Libreville, cette conjoncture alimente un cercle vicieux où les abus restent largement impunis, et où la confiance dans les institutions se délite. Pour rompre ce cycle, il est indispensable d’instaurer des mécanismes indépendants d’enquête, de garantir la protection des plaignants.