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Société

CORRUPTION DES AGENTS EN UNIFORME

CORRUPTION DES AGENTS EN UNIFORME
Corruption des agents en uniforme sur les routes du Gabon

Sur les routes du Gabon, une épée de Damoclès plane au-dessus des automobilistes. Il ne fait plus seulement chaud sous le soleil de Libreville, Port-Gentil ou Franceville. C’est aussi l’angoisse qui devient étouffante parmi les usagers des axes routiers. Chaque jour, des automobilistes, des motocyclistes, des transporteurs et des citoyens ordinaires prennent la route avec une boule au ventre. Non pas uniquement à cause des embouteillages ou de l’état parfois dégradé des chaussées, mais surtout à cause d’une peur devenue quasi automatique. Celle du contrôle routier.


Ce qui devrait être un simple acte de régulation et de sécurité publique s’est transformé, pour beaucoup, en une source de stress, de frustration et parfois même d’humiliation.


Le racket routier : une pratique qui s’installe dans les habitudes


De nombreux usagers dénoncent ce qu’ils appellent désormais sans détour “le racket routier”. À chaque barrage, à chaque contrôle, à chaque interpellation, une scène se répète avec une triste régularité. Documents examinés à la hâte, reproches parfois flous, menaces implicites ou explicites, et surtout, une issue souvent connue d’avance, la “négociation”.


Cette pratique, que beaucoup décrivent à voix basse mais avec une grande précision, consiste en des sommes extorquées sous prétexte d’infractions mineures, parfois même inexistantes. Pour les victimes, le choix est simple mais cruel. Perdre du temps, subir des intimidations ou “arranger les choses” sur place.


Le résultat est connu. Les citoyens qui rentrent chez eux les poches allégées et le cœur lourd.


Les larmes silencieuses des automobilistes


Au travers des vitres des véhicules, il y a des histoires humaines. Des pères de famille qui calculent chaque franc dépensé pour nourrir leurs enfants. Des jeunes travailleurs qui peinent à joindre les deux bouts. Des commerçants qui voient leur marge réduite par des prélèvements informels répétés.


Certains n’en parlent même plus. Ils baissent les yeux, tendent les papiers, et acceptent, résignés. D’autres, en revanche, rentrent chez eux avec la gorge nouée, la colère rentrée et parfois les larmes aux yeux. Non pas seulement à cause de l’argent perdu, mais à cause du sentiment d’injustice.


Car ce qui fait le plus mal, disent-ils, ce n’est pas uniquement de payer, mais de ne pas être entendus.


Une perte de confiance dangereuse pour l’État


Lorsqu’un citoyen ne fait plus confiance à ceux qui incarnent l’autorité de l’État sur la route, c’est tout le contrat social qui vacille. Les uniformes, autrefois synonymes de protection et de sécurité, deviennent pour certains automobilistes des symboles d’inquiétude.


Ce glissement est dangereux. Il crée une fracture silencieuse entre une partie de la population et les institutions censées la protéger. Et cette fracture nourrit le cynisme, le découragement, et parfois même le refus de coopérer.


Un État ne peut durablement fonctionner sur la peur ou la méfiance.


Des agents eux-mêmes pris dans un système ?


Il serait simpliste, et injuste, de réduire cette réalité à quelques individus isolés. Beaucoup d’observateurs évoquent un système plus large, où la pression économique, le manque de moyens, la faiblesse des contrôles internes et certaines habitudes anciennes ont contribué à normaliser des pratiques discutables.


Cela ne les excuse pas. Mais cela oblige à regarder la situation en face, sans hypocrisie, ni déni.


Car lorsqu’une dérive devient routinière, elle cesse d’être un accident pour devenir un système.


Le cri d’alarme des usagers de la route


Aujourd’hui, les victimes parlent. Peut-être pas toujours à haute voix, mais elles parlent dans les taxis, dans les marchés, dans les foyers. Elles racontent les humiliations subies, les petites et grandes extorsions, les journées gâchées.


Et au fond, leur message est simple. Elles demandent le respect.


Respect de la loi. Respect du citoyen. Respect de la fonction publique.


Elles ne réclament pas l’impossible. Elles réclament que la route redevienne un espace de circulation et non un lieu de peur.


Restaurer la confiance, une urgence nationale


Il est encore temps d’agir. Mais le temps presse. La restauration de la confiance passera nécessairement par des mesures visibles, des sanctions effectives contre les abus, une meilleure formation des agents, et un contrôle réel des pratiques sur le terrain.


Mais elle passera aussi par un changement de mentalité, des deux côtés. Car une société ne se répare pas uniquement par des lois, mais par une volonté collective de rompre avec ce qui la fragilise.


Que la route redevienne un espace de dignité


Les routes du Gabon ne devraient pas être des couloirs de peur, mais des chemins de vie, de travail et d’espoir. Tant que des automobilistes continueront à rentrer chez eux le cœur serré après chaque contrôle, la blessure restera ouverte.


Or au Gabon, la dignité des citoyens n’est pas négociable.

Par Pamphil

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