tvplusafrique

International

TSHISEKEDI, UN TROISIÈME MANDAT?

TSHISEKEDI, UN TROISIÈME MANDAT?
Troisième mandat de Tshisekedi : tensions politiques et débat constitutionnel

À l’approche de l’échéance présidentielle de 2028, le débat autour d’un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi prend de l’ampleur dans les cercles politiques congolais. Entre guerre persistante dans l’Est, spéculations sur une révision constitutionnelle et crispations au sein de l’opposition, la question agite désormais toute la scène nationale.


Le chef de l’État entretient le flou


Face à la presse il y a quelques semaines, le président congolais a laissé entendre qu’il ne fermait pas totalement la porte à une nouvelle candidature. Sans annoncer officiellement une ambition de troisième mandat, il a expliqué que si la population estimait nécessaire qu’il poursuive sa mission à la tête du pays, il serait disposé à répondre à cet appel. Selon lui, son principal objectif demeure la restauration de la paix, de la stabilité institutionnelle et du redressement de la République démocratique du Congo.


Ces déclarations ont immédiatement ravivé les débats sur l’avenir politique du pays. Pour de nombreux observateurs, le pouvoir prépare progressivement l’opinion à un changement majeur dans l’organisation institutionnelle actuelle.


La guerre dans l’Est au cœur des calculs politiques


Le conflit armé qui secoue l’Est du pays apparaît aujourd’hui comme l’argument central avancé par les proches du pouvoir. Une importante partie des provinces orientales reste sous la menace des rebelles de l’AFC-M23, rendant extrêmement difficile l’organisation d’élections dans certaines zones.


Dans l’entourage présidentiel, plusieurs voix soutiennent que tenir des élections dans un contexte d’insécurité généralisée serait irréaliste. Le chef de l’État lui-même a reconnu que l’impossibilité de mettre un terme à la guerre pourrait compromettre l’organisation du scrutin présidentiel prévu en 2028.


Les partisans du président présentent ainsi Félix Tshisekedi comme un dirigeant investi d’une responsabilité historique. Ramener définitivement la paix dans l’Est de la RDC avant toute autre considération politique. Pour eux, cette mission justifierait la continuité de son action au sommet de l’État.


Les soutiens de Tshisekedi évoquent un mandat “empêché”


Dans les rangs de l’Union sacrée et de l’UDPS, certains estiment également que les deux mandats du président n’ont jamais pu s’exercer dans des conditions normales.


Ils rappellent d’abord la cohabitation politique difficile imposée par l’alliance conclue avec le Front commun pour le Congo de Joseph Kabila après les élections de 2018. Selon eux, cette coalition aurait considérablement limité la marge de manœuvre du président jusqu’à sa rupture en 2020.


À cela se serait ajoutée la dégradation sécuritaire dans l’Est, aggravée notamment par la chute de plusieurs villes stratégiques sous le contrôle des rebelles et des forces soutenues, selon Kinshasa, par le Rwanda. Les proches du pouvoir considèrent donc que le chef de l’État n’a jamais bénéficié d’un contexte politique et sécuritaire favorable pour appliquer pleinement son programme.


Vers une modification de la Constitution ?


Au centre des inquiétudes figure désormais l’hypothèse d’une révision constitutionnelle. Plusieurs responsables politiques proches du pouvoir évoquent déjà la possibilité d’un référendum destiné à adapter certaines dispositions institutionnelles.


Pour l’opposition, l’objectif réel serait de modifier les verrous constitutionnels qui limitent actuellement le nombre de mandats présidentiels. Une telle réforme permettrait potentiellement une remise à zéro du compteur présidentiel et ouvrirait la voie à une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi.


Une proposition de loi relative au référendum, initiée par des cadres de l’UDPS, nourrit davantage les soupçons. Ses détracteurs y voient une tentative déguisée de contourner les dispositions jugées intangibles de la Constitution congolaise.


L’UDPS accusée de reproduire les méthodes d’hier


Le débat prend une dimension encore plus sensible lorsque certains analystes établissent un parallèle entre la stratégie actuelle du parti présidentiel et les pratiques des anciens régimes.


Longtemps symbole de résistance face aux pouvoirs autoritaires, l’UDPS est aujourd’hui accusée par ses adversaires de vouloir concentrer tous les leviers du pouvoir entre ses mains. Certains observateurs estiment que le parti au pouvoir cherche progressivement à renforcer son influence dans les provinces les plus stratégiques du pays.


Des gouverneurs fragilisés, des assemblées provinciales traversées par des tensions politiques et des campagnes de repositionnement institutionnel alimentent l’idée d’une vaste opération de consolidation du pouvoir avant la prochaine présidentielle.


Cette évolution provoque un malaise jusque dans certains milieux autrefois favorables au changement incarné par Félix Tshisekedi.


L’opposition dénonce une dérive autoritaire


Face à cette dynamique, l’opposition multiplie les mises en garde. Plusieurs figures politiques accusent le pouvoir d’utiliser la guerre comme argument politique afin de préparer un glissement du calendrier électoral.


L’opposant Delly Sesanga estime notamment que la crise sécuritaire risque d’être instrumentalisée pour justifier un durcissement du régime et repousser les élections.


Dans le même temps, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a également exprimé ses inquiétudes concernant l’évolution de la situation politique nationale. Le médecin congolais appelle les citoyens à défendre activement la Constitution et à empêcher toute modification liée au nombre ou à la durée des mandats présidentiels.


Sous le slogan « Touche pas à ma Constitution », il invite les Congolais à rester vigilants face à toute tentative de remise en cause des principes démocratiques établis depuis la Constitution de 2006.


Un climat politique de plus en plus tendu


Pour Denis Mukwege, le débat autour d’un éventuel changement constitutionnel survient au pire moment. Selon lui, les véritables priorités nationales devraient être la sécurisation des territoires occupés, la restauration de l’autorité de l’État et l’amélioration des conditions de vie des populations.


Alors que le pays continue de faire face à une grave crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est, la perspective d’une bataille politique autour d’un troisième mandat risque d’accentuer les fractures au sein de la société congolaise.


À plus de deux ans de la prochaine présidentielle, le débat sur l’avenir politique de République démocratique du Congo prend de l'ampleur.

Par Pamphil

Top Articles