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VIE CHÈRE : CERTAINS S’ENRICHISSENT, LE PEUPLE S’APPAUVRIT DAVANTAGE

VIE CHÈRE  : CERTAINS S’ENRICHISSENT, LE PEUPLE S’APPAUVRIT DAVANTAGE
Vie chère au Gabon : inflation, spéculation et souffrance croissante des populations

À Libreville comme à Port-Gentil, à Oyem comme à Franceville, la même exaspération monte dans les marchés, dans les pharmacies, dans les hôpitaux, dans les taxis et les foyers. Le coût de la vie devient insupportable. Le prix du poisson fumé grimpe, le sac de riz devient un luxe, le litre d’huile se négocie presque comme un produit rare. Pendant ce temps, les salaires, eux, restent figés. Les travailleurs du public tirent le diable par la queue, les petits commerçants survivent au jour le jour et les familles réduisent les repas à une portion congrue.


Les prix montent, les salaires stagnent… mais certains comptes bancaires explosent


Face à cette crise qui étrangle le peuple gabonais, une question embarrassante se pose. Qui profite réellement de cette flambée des prix ?


Car dans l’ombre des étals vides et des ménages asphyxiés, certains opérateurs économiques se frottent les mains. Ils réalisent des bénéfices records. La vie chère n’est pas seulement une fatalité économique mondiale. Au Gabon, elle est aussi le résultat d’un système opaque où quelques-uns s’enrichissent pendant que la majorité souffre.


Une inflation devenue un business


Depuis plusieurs années, les autorités expliquent la hausse des prix par les crises internationales. Covid-19, guerre en Ukraine, guerre au Moyen-Orient, hausse du coût du transport maritime, perturbations des chaînes d’approvisionnement. Certes, ces facteurs existent. Mais ils ne suffisent plus à expliquer l’ampleur de l’explosion des prix au Gabon.


Comment comprendre qu’un produit importé vendu 8 000 francs CFA il y a deux ans dépasse aujourd’hui les 15 000 francs, parfois sans aucune amélioration de qualité ? Pourquoi certains commerçants augmentent-ils leurs tarifs quasiment tous les deux mois alors que les stocks ont été achetés à des prix anciens ?


La vérité est brutale : l’inflation est devenue un terrain de spéculation


Dans plusieurs circuits de distribution, des intermédiaires profitent du manque de contrôle de l’État pour gonfler artificiellement les prix. Plus le produit passe de mains, plus il devient inaccessible au consommateur final. Entre l’importateur, le grossiste, le semi-grossiste et le détaillant, chacun ajoute sa marge, souvent sans aucune régulation sérieuse.


Au bout de la chaîne, c’est toujours le citoyen qui paie.


Le monopole écrasant des importateurs


Le Gabon importe une grande partie de ce qu’il consomme. Riz, poulet, farine, lait, huile, matériaux de construction, médicaments. Cette dépendance alimentaire et industrielle a créé une situation dangereuse. Quelques groupes contrôlent des pans entiers du marché.


Dans certains secteurs, les mêmes acteurs dominent l’importation depuis des décennies. Ils possèdent les entrepôts, maîtrisent les réseaux logistiques et imposent les prix. Résultat. Une poignée d’entreprises décide indirectement du coût de la vie de plus de deux millions de Gabonais.


Le problème n’est pas seulement économique. Il est politique.


Parce que ces grands importateurs entretiennent souvent des relations étroites avec des cercles de pouvoir, les mécanismes de contrôle deviennent faibles ou inefficaces. Les consommateurs dénoncent, les associations protestent, mais les sanctions restent rares.


Pendant ce temps, les bénéfices explosent discrètement


Dans les quartiers populaires, beaucoup ont déjà compris ce déséquilibre. « On nous dit que le pays est en difficulté, mais il y a des gens qui construisent des villas tous les mois », lance un père de famille rencontré au marché de Mont-Bouët. Cette phrase résume le sentiment général. La crise ne frappe pas tout le monde de la même manière.


Les marchés : miroir d’une souffrance sociale


Aujourd’hui, faire ses courses est devenu une épreuve psychologique pour de nombreux Gabonais.


Avec 10 000 francs CFA, une mère de famille repart désormais avec deux fois moins de produits qu’il y a quelques années. Le panier alimentaire fond, les portions diminuent et prendre un seul repas par jour, tard dans la nuit devient fréquent dans la majorité des foyers.


La conséquence est visible. Montée de la pauvreté, endettement des ménages, frustrations sociales et perte progressive du pouvoir d’achat.


Les jeunes sont particulièrement touchés. Beaucoup travaillent sans parvenir à vivre dignement. D’autres, diplômés, restent sans emploi, se tournent les pouces, pendant que les prix continuent de grimper. Une génération entière regarde l’avenir avec inquiétude.


Dans les quartiers périphériques de Libreville, certains habitants parlent désormais de “survie”. Le mot n’est pas exagéré. Quand le salaire sert uniquement à payer le loyer et le transport et quelques petits repas, il ne reste plus rien pour l’éducation, la santé ou l’épargne.


L’État face à ses contradictions


Le gouvernement annonce régulièrement des mesures contre la vie chère. Plafonnement de certains prix, contrôles commerciaux, promesses de baisse des taxes et dernièrement l’ouverture des Centrales d’Achat. Mais sur le terrain, les consommateurs voient peu de changements concrets.


Pourquoi ?


Parce que le problème dépasse les simples annonces administratives. Il touche au cœur même du modèle économique gabonais.


Un pays qui dépend massivement des importations reste vulnérable aux manipulations de prix. Un État qui contrôle mal ses circuits de distribution laisse la porte ouverte aux abus. Et une administration minée par la lenteur, la corruption ou les intérêts particuliers peine à protéger les populations.


La réalité est donc plus profonde. La lutte contre la vie chère exige une véritable réforme économique et politique.


Il faut soutenir sérieusement la production locale, réduire les monopoles, renforcer les contrôles et punir les pratiques spéculatives. Sans cela, les discours resteront des slogans.


Quand la colère populaire devient un avertissement


Le danger aujourd’hui n’est pas seulement économique. Il est social.


Partout, la colère monte surtout avec ces prix qui varient d'une épicerie à une autre. Les discussions dans les taxis, les marchés et les réseaux sociaux montrent une population épuisée. Beaucoup ont le sentiment que les sacrifices sont toujours demandés aux mêmes, pendant qu’une minorité continue de prospérer.


L’histoire africaine montre pourtant qu’aucun pays ne peut durablement ignorer la souffrance sociale. Lorsque le peuple ne parvient plus à se nourrir correctement, lorsque travailler ne permet plus de vivre dignement, la confiance envers les institutions s’effondre.


Le Gabon traverse donc un moment très important


La question n’est plus uniquement de savoir pourquoi les prix augmentent. La vraie question est désormais celle-ci. Qui protège ce système et à qui profite-t-il réellement ?


Car pendant que des familles comptent les pièces pour acheter du pain, d’autres accumulent discrètement fortunes et privilèges.


Et dans un pays aussi riche en pétrole, en manganèse et en bois que le Gabon, cette injustice devient de plus en plus difficile à accepter.

Par Pamphil

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