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AGRÉMENTS SPORTIFS : RENAISSANCE DU SPORT GABONAIS OU RECYCLAGE DES MÊMES ÉCHECS ?

AGRÉMENTS SPORTIFS : RENAISSANCE DU SPORT GABONAIS OU RECYCLAGE DES MÊMES ÉCHECS ?
Agréments sportifs Gabon : renaissance ou échec des mêmes pratiques

Le gouvernement gabonais a récemment annoncé une série de nouveaux agréments pour les fédérations sportives. Dans les couloirs officiels, l’annonce a été accueillie comme un souffle nouveau pour le sport national. 


On change les papiers, mais change-t-on vraiment les pratiques ?


Mais derrière la pompe médiatique, une question s’impose. Ces mesures symboliques suffiront-elles à transformer une gouvernance sportive qui, depuis des décennies, peine à produire des résultats tangibles ?


Des fédérations anciennes, des résultats invisibles


Depuis l’indépendance, le Gabon a multiplié les structures sportives, les fédérations et les comités. Football, athlétisme, judo, basket-ball, taékwondo, volley-ball. Les disciplines se sont succédé sous la houlette de présidents souvent nommés pour des raisons politiques plutôt que pour leurs compétences techniques. Et pourtant, malgré ces institutions en apparence solides, les résultats sportifs restent quasi invisibles.


Prenons le football, vitrine nationale. L’équipe nationale a certes connu des moments de gloire ponctuels, comme les qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations, mais la constance et la formation de masse restent des chimères. Les mêmes schémas se répètent dans d’autres disciplines. Manque d’infrastructures, absence de suivi rigoureux des jeunes talents et une gestion opaque des fonds publics et privés destinés au sport.


Alors pourquoi le simple renouvellement d’agréments serait-il la solution miracle ? Si ce n’est qu’un acte administratif, le risque est grand de transformer un outil de gestion en simple parchemin, laissant les pratiques inchangées.


Gouvernance : le véritable enjeu ignoré


Le sport gabonais souffre d’un mal plus profond que l’absence de financements. Sa gouvernance. Les fédérations se succèdent sans réelle reddition de comptes. La transparence financière est plus un idéal qu’une réalité. Les rapports d’activités, lorsqu’ils existent, sont souvent cryptiques, et les audits indépendants restent l’exception plutôt que la norme.


Renouveler les agréments sans imposer une stricte obligation de transparence revient à encourager la continuité des mêmes pratiques. Les dirigeants sportifs, souvent en place depuis des années, peuvent continuer à gérer les fonds comme bon leur semble, tout en célébrant de nouveaux agréments comme des victoires.


L’exemple du judo ou du basket-ball local est éclairant. Des infrastructures existent, quelques clubs aussi, mais les jeunes talents n’ont quasiment aucune chance de confirmer leur potentiel sur le plan continental ou mondial, faute de visibilité et de compétition structurée. Le renouvellement administratif ne résout pas cette fuite des compétences.


L’effet d’annonce : un écran de fumée


Il est vrai que la communication autour de ces agréments est séduisante. Le gouvernement multiplie les communiqués, les interviews et les cérémonies officielles. Mais en dehors de ces effets d’annonce, le citoyen avisé se demande. Combien de ces mesures auront un impact réel sur le terrain ?


Changer les papiers n’a jamais suffi à changer les pratiques. Les agréments ne garantissent ni la qualité de l’encadrement, ni la formation des jeunes, ni l’accès équitable aux infrastructures sportives. Dans un pays où le sport pourrait être un vecteur d’éducation, de cohésion sociale et de fierté nationale, se contenter de la paperasse est un luxe que le Gabon ne peut se permettre.


Une gouvernance conditionnelle pour des résultats durables


Si le Gabon veut véritablement relancer le sport national, il faudra aller bien au-delà des agréments. Les décisions doivent être guidées par trois principes : compétence, transparence et performance.




  1. Compétence : les dirigeants de fédérations doivent être choisis sur des critères techniques, et non sur des affinités politiques ou familiales. La formation des cadres techniques et la certification des entraîneurs doivent devenir prioritaires.




  2. Transparence : chaque franc dépensé dans le sport doit être justifié. Les rapports financiers doivent être publics, les audits indépendants obligatoires, et les subventions conditionnées à des résultats concrets et mesurables.




  3. Performance : le suivi des athlètes, la détection des talents dès le plus jeune âge et la structuration des compétitions nationales sont essentiels. Sans cela, le Gabon continuera à produire des titres administratifs sans jamais produire de champions.




Entre euphorie et désillusion


Le sport gabonais oscille entre euphorie et désillusion. Chaque nouveau décret ou agrément est accueilli avec espoir, mais le terrain, lui, reste inchangé. Les mêmes fédérations continuent à fonctionner comme par le passé, avec des dirigeants qui tiennent plus à leur prestige et aux missions à l’étranger qu’aux résultats.


Il est donc légitime de se demander. S’agit-il d’une renaissance véritable ou simplement d’un recyclage des mêmes échecs ? Le peuple gabonais mérite plus que des agréments médiatisés. Il mérite une gouvernance sportive claire, des résultats tangibles et des jeunes athlètes capables de rêver à des carrières brillantes sans quitter le pays faute de structures fiables.


Changer les papiers, c’est bien. Changer les pratiques, c’est urgent.


 





Par Pamphil

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