LIBREVILLE NOYÉE : JUSQU’À QUAND L’ÉTAT REGARDERA L’EAU MONTER ?
Une capitale sous l’eau, encore et toujours
Il suffit de quelques heures de pluie soutenue pour que Libreville se transforme en lagune urbaine. Dans plusieurs quartiers, notamment les zones basses et densément peuplées, les caniveaux débordent, quand ils ne sont pas tout simplement inexistants ou obstrués par des déchets. L’eau s’infiltre partout, sans distinction, emportant avec elle biens matériels, souvenirs et parfois dignité.
Les habitants, résignés mais en colère, improvisent des solutions de fortune : planches en bois pour circuler, sacs de sable pour bloquer les entrées, seaux pour écoper sans relâche. Mais face à la montée inexorable des eaux, ces gestes deviennent dérisoires.
Plusieurs quartiers sibissent le même sort
Dans les quartiers où l’inondation est quasiment permanente en période de saison des pluies, la situation est particulièrement alarmante. Ici, chaque averse importante se transforme en épreuve. Les ruelles deviennent impraticables, les habitations sont régulièrement inondées, et les habitants vivent dans une insécurité permanente.
“On ne dort plus quand il pleut”, confie un habitant d’un quartier à risque depuis plus de vingt ans. “Dès que la pluie commence, on reste éveillés pour surveiller le niveau de l’eau. Parfois, elle monte si vite qu’on n’a même pas le temps de sauver nos affaires. On a l’impression d’être oubliés.”
Son témoignage n’est pas isolé. Dans les quartiers de Libreville touchés chaque année par des inondations, le sentiment d’abandon est profond. Les promesses d’aménagement, souvent faites en période électorale, peinent à se concrétiser sur le terrain.
Une répétition qui trahit un échec structurel
Ce qui choque le plus, ce n’est pas seulement l’ampleur des inondations, mais leur caractère répétitif. Chaque année, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cela ne relève plus de l’imprévu climatique, mais bien d’un échec structurel.
Le manque d’infrastructures adaptées, l’urbanisation anarchique, l’absence d’entretien des réseaux d’évacuation des eaux pluviales et une gestion approximative des déchets constituent un cocktail explosif. À cela s’ajoute une planification urbaine défaillante, incapable d’anticiper les besoins d’une ville en pleine croissance.
Les experts tirent la sonnette d’alarme depuis des années. Mais leurs recommandations semblent se perdre dans les méandres administratifs, sans réelle volonté politique de changement.
Colère populaire et lassitude généralisée
Face à cette situation, la colère gronde. Sur les réseaux sociaux, dans les marchés, dans les taxis, les Librevilleois expriment leur ras-le-bol. Les images d’enfants marchant dans l’eau sale, de familles réfugiées sur des meubles ou de routes transformées en rivières alimentent une indignation collective.
“On paie des impôts, mais on ne voit rien”, s’indigne une commerçante du centre-ville. “Chaque année, c’est la même chose. On nous parle de projets, mais sur le terrain, rien ne change.”
Cette lassitude est d’autant plus préoccupante qu’elle érode la confiance des citoyens envers les institutions. L’impression d’un État absent, voire indifférent, s’installe durablement.
Responsabilités et urgences
Il ne s’agit plus de constater, mais d’agir. La responsabilité de l’État est engagée, à plusieurs niveaux. Il est urgent de repenser l’aménagement urbain, de moderniser les infrastructures d’assainissement, et surtout, d’assurer un entretien régulier des installations existantes.
Des solutions existent. Curage systématique des caniveaux, construction de bassins de rétention, relocalisation des populations vivant dans les zones à risque, sensibilisation à la gestion des déchets. Mais ces mesures nécessitent une volonté politique forte, des moyens financiers conséquents et une coordination efficace entre les différents acteurs.
Jusqu’à quand ?
La question reste entière. Jusqu’à quand Libreville continuera-t-elle de subir ces inondations à répétition ? Jusqu’à quand les habitants devront-ils vivre dans la peur à chaque nuage menaçant ?
Il est temps de rompre avec cette fatalité. Car au-delà des dégâts matériels, c’est la dignité des citoyens qui est en jeu. Et une capitale qui sombre sous les eaux, année après année, envoie un signal inquiétant sur la capacité de l’État à protéger et à anticiper.