GABON : LE PARI DU FINANCEMENT DE LA PÊCHE ET DE L’AQUACULTURE ENTRE SOUVERAINETÉ ET DÉFIS STRUCTURELS
Une volonté affirmée de reprendre la main sur la ressource halieutique
L’État mise sur la formation et l’équipement de 2 600 jeunes Gabonais sur cinq ans, avec l’ambition de bâtir une nouvelle génération d’entrepreneurs de la mer. Dans cette dynamique, des programmes comme Gab-Pêche jouent un rôle central en dotant les coopératives locales de pirogues motorisées et de matériel moderne, afin de réduire la dépendance aux capitaux extérieurs.
Un écosystème financier en construction
Le financement du secteur halieutique connaît une structuration progressive. Longtemps considéré comme risqué par les banques classiques, il bénéficie désormais de mécanismes dédiés. La création, en juin 2025, du Fonds Stratégique pour le Développement de la Pêche et de l’Aquaculture marque une étape importante dans la volonté de stabiliser les investissements publics.
Dans le même élan, la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG) a ouvert une facilité de 25 milliards de FCFA pour accompagner les acteurs artisanaux. L’approche dite « avant-après crédit » vise non seulement à financer, mais aussi à formaliser et structurer les bénéficiaires.
De la pêche de subsistance à l’aquaculture commerciale
Le financement public et les partenaires techniques comme la FAO ou la Banque africaine de développement accompagnent une transformation profonde : celle du passage de la pisciculture traditionnelle vers une aquaculture commerciale viable.
Cages flottantes, élevage intensif de tilapia et de poissons-chats, structuration de petites et moyennes entreprises aquacoles. Le modèle évolue. Parallèlement, des investissements sont réalisés dans les infrastructures de base, notamment des quais de pêche et des centres communautaires à Mouila, Makokou ou encore dans d’autres zones à fort potentiel. L’objectif est de réduire les pertes post-capture et améliorer la chaîne de valeur.
La durabilité comme condition de financement
Le Gabon inscrit désormais ses ambitions dans un cadre écologique strict. L’accès aux financements internationaux est de plus en plus conditionné à la préservation de la biodiversité marine. Les mécanismes innovants comme les échanges dette-contre-nature permettent de financer la protection de la zone économique exclusive tout en soutenant une pêche durable.
Cette orientation s’accompagne d’exigences de gouvernance. Avec l’appui de la Banque mondiale et d’autres partenaires, des réformes sont engagées, notamment sur la réduction des subventions pouvant encourager la surpêche, en conformité avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce.
Des obstacles persistants sur le terrain
Malgré les avancées, le chemin reste semé d’embûches. La lourdeur administrative freine encore l’accès effectif aux financements. De nombreux groupements de pêcheurs peinent à se formaliser, retardant ainsi le décaissement des fonds.
À cela s’ajoute une concurrence souvent déloyale. Les petits producteurs financés doivent composer avec la pression des importations et la persistance de la pêche illégale, qui fragilise l’équilibre du marché local.
Au final, le financement de la pêche et de l’aquaculture au Gabon apparaît comme un chantier ambitieux, à la croisée de la souveraineté économique, de la modernisation productive et des exigences environnementales. Un chantier dont la réussite dépendra autant des ressources mobilisées que de la capacité à lever les blocages structurels encore bien réels.