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LE GABON PEUT-IL FAIRE DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE LE MOTEUR DE SON INDUSTRIALISATION ?

LE GABON PEUT-IL FAIRE DE L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE LE MOTEUR DE SON INDUSTRIALISATION ?
Enseignement technique moteur clé pour industrialisation durable du Gabon moderne

Pendant des années, le Gabon a rêvé d’industrialisation sans réellement s’en donner les moyens humains. Le Gabon a exporté son bois, son pétrole, son manganèse, souvent à l’état brut, en laissant ailleurs la transformation et la valeur ajoutée. Au cœur de cette contradiction, une faiblesse structurelle. L'absence d’une main-d’œuvre technique locale suffisamment qualifiée.


Une évidence longtemps ignorée : sans techniciens, pas d’industrie


La question n’est donc plus théorique. Elle est vitale. Oui, l’enseignement technique peut devenir le moteur de l’industrie gabonaise. Mais à une condition,  qu’il cesse d’être marginal et qu’il devienne stratégique.


La fin du “tout-théorique” : apprendre par le geste


Il faut avoir fréquenté les lycées techniques gabonais pour comprendre le malaise. Des salles de classe, des tableaux noirs… mais trop peu d’ateliers fonctionnels. Or, la technique ne s’enseigne pas dans les livres, elle se vit dans la matière.


Former un technicien, c’est former une main, un regard, un réflexe. C’est la “mémoire du geste” qui fait la différence entre un diplômé et un professionnel opérationnel.


Le Gabon doit donc investir massivement dans des plateaux techniques modernes. Ateliers de mécanique, simulateurs industriels, laboratoires adaptés aux réalités du BTP, du bois ou du pétrole. L’enseignant lui-même doit évoluer. De professeur, il devient maître d’apprentissage. Comme cela fait dans certains lycées techniques du Maghreb ou de l’Afrique du Sud.


La coopération annoncée entre le Gabon et le Maroc pour former des enseignants techniciens d’ici 2026 va dans ce sens. C’est un pas important, mais qui devra être suivi d’investissements lourds et constants.


École et entreprise : le mariage indispensable


L’autre rupture nécessaire, c’est celle du cloisonnement. Trop longtemps, l’école a formé sans consulter l’entreprise. Résultat. Des diplômés sans emploi et des entreprises en quête de compétences.


Ce paradoxe doit cesser


Les industriels doivent désormais co-construire les programmes de formation. Ils savent mieux que quiconque quels profils sont nécessaires dans les mines, l’agro-industrie ou la transformation du bois.


L’alternance doit devenir la règle, non l’exception. Des stages immersifs dès la première année doivent être systématisés. L’exemple de la Zone Économique Spéciale de Nkok, avec son centre de formation intégré, montre que cette synergie est possible.


Les initiatives comme les pôles de formation dans le secteur minier ou les programmes de type “Talents” esquissent déjà ce nouveau modèle. Il faut désormais les généraliser.


Changer le regard : la dignité des métiers techniques


Le combat est aussi culturel. Dans l’imaginaire collectif gabonais, la voie générale reste considérée comme la voie royale, et l’enseignement technique comme une option par défaut. C’est une erreur stratégique.


Aucune nation industrielle ne s’est construite sans une élite technique solide. L’Allemagne, le Maroc ou encore la Corée du Sud l’ont compris depuis longtemps.


Le Gabon doit revaloriser ces métiers 




  • par des campagnes de communication ambitieuses,




  • par une amélioration des conditions salariales,




  • et par la création de filières d’excellence (BTS, licences professionnelles).




Il faut aussi créer des passerelles vers les grandes écoles d’ingénieurs pour montrer que la technique n’est pas une impasse, mais un tremplin.


Former pour produire : vers une souveraineté industrielle


“Au fond, la finalité est de transformer localement ce que nous produisons”, explique une source. 


Aujourd’hui, le manque de techniciens qualifiés oblige souvent à faire appel à une expertise étrangère. Cela ralentit les projets, augmente les coûts et limite le transfert de compétences.


L’enseignement technique doit donc cibler des métiers prioritaires 




  • techniciens de maintenance industrielle,




  • constructeurs bois,




  • ébénistes,




  • spécialistes en mécanique et en structures métalliques.




Les projections de création d’emplois dans le secteur minier d’ici 2026, ainsi que la modernisation de l’agriculture, montrent l’urgence de cette adéquation formation-emploi.


Il est également pertinent de développer des pôles régionaux spécialisés. Port-Gentil pour la logistique et la mécanique pétrolière, Nkok pour la transformation du bois, ou encore le Haut-Ogooué pour les métiers miniers.


Un choix de société


Le Gabon est à la croisée des chemins. Continuer dans un modèle académique déconnecté de l’économie réelle, ou faire de l’enseignement technique le pilier de son industrialisation.


La réponse ne dépend pas seulement des politiques publiques. Elle dépend aussi de notre regard collectif, de notre capacité à redonner de la noblesse au travail manuel, et de notre volonté d’aligner l’école avec les besoins du pays.


L’enseignement technique peut devenir le moteur de l’industrie gabonaise. Mais pour cela, il doit cesser d’être une alternative. Il doit devenir une priorité nationale.

Par Pamphil

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