EN RDC, LA DIASPORA EST APPELÉE À CONTRIBUER DAVANTAGE, QUAND LA DIASPORA GABONAISE RÉPONDRA-T-ELLE À L'APPEL FISCAL ?
La question de la contribution fiscale des diasporas africaines est une problématique récurrente qui revient fréquemment sur la table des autorités des pays du continent. La République Démocratique du Congo (RDC) en est l’un des exemples les plus emblématiques. Le pays, riche en ressources naturelles, fait face à une crise de financement chronique, malgré les efforts colossaux consentis par le gouvernement pour moderniser les infrastructures de Kinshasa et favoriser le développement économique. Dans ce contexte, la diaspora congolaise a un rôle clé à jouer. Elle est appelée à augmenter sa contribution fiscale, un impératif stratégique pour soutenir les ambitions de croissance du pays.
Le constat est sans appel. La RDC perd chaque année des milliards de francs congolais en recettes fiscales non perçues. Ces sommes, qui échappent aux caisses de l’État, sont principalement dues au manque de régulation et à l’évasion fiscale. Un des secteurs les plus touchés est l’immobilier, où les Congolais de l’étranger investissent massivement, mais n’acquittent souvent pas les impôts qui devraient correspondre à leurs activités. Lors d’une mission à Paris et Bruxelles, Gérard Kaja Kambowa, chargé de mission à la Direction générale des recettes de Kinshasa, a clairement souligné l’enjeu de cette situation. Le défi est immense. Réformer le système fiscal pour qu’il devienne un levier de développement.
Les autorités congolaises ont mis en place des plateformes numériques telles que l'IRMS-DGRK, qui permettent aux Congolais de l'étranger de déclarer et de payer leurs impôts à distance, facilitant ainsi leur contribution à la fiscalité nationale. Cependant, cette démarche se heurte à une défiance profonde de la part de la diaspora, qui doute de l’efficacité et de la transparence de la gestion des fonds publics. Le manque de confiance envers l’utilisation des recettes fiscales est un frein majeur à l’engagement de la diaspora.
En dépit de ces obstacles, le gouvernement congolais tente d’enrôler sa diaspora dans le processus de développement du pays, en lui présentant la fiscalité comme un moyen de financer des projets ambitieux comme le plan « Kin Ezo Bonga », qui prévoit des investissements massifs dans les infrastructures de Kinshasa. L’idée est de créer une fiscalité orientée vers le développement, un projet auquel chaque Congolais, qu’il soit à Kinshasa ou ailleurs, devrait participer.
Quand la diaspora gabonaise répondra-t-elle à l'appel fiscal ?
À l'instar de la RDC, le Gabon est confronté à une question essentielle. Celle de la contribution de sa diaspora à l'assiette fiscale nationale. Les Gabonais de l'étranger, qui représentent une part significative de la population active, doivent se voir non seulement comme des acteurs politiques ou sociaux, mais aussi comme des contributeurs économiques. Toutefois, cette réalité semble encore bien éloignée.
La diaspora gabonaise est souvent considérée comme un groupe plus engagé dans la critique des institutions que dans la construction économique du pays. Les critiques fusent régulièrement de la part de certains membres de cette diaspora, qui dénoncent des malversations et des pratiques de gouvernance qu’ils jugent peu transparentes. De retour sur le terrain, ces mêmes membres de la diaspora sont parfois accusés de ne pas investir de manière conséquente, préférant envoyer des fonds pour la consommation domestique plutôt que de soutenir des projets d'envergure économique.
Cette situation contraste nettement avec d'autres diasporas africaines, comme celle du Sénégal ou du Ghana, où les transferts de fonds représentent une part importante du PIB. Ces pays ont réussi à inciter leur diaspora à investir dans des projets productifs, à transférer des compétences et à soutenir le développement local. Un modèle qu’il serait peut-être temps d’adopter pour le Gabon, afin de transformer ses critiques en véritable levier de changement économique.
La nécessité d’une nouvelle génération d'activistes gabonais
Quand la diaspora gabonaise cessera-t-elle de se limiter à des "activistes de la faim", souvent vus comme des figures de protestation stérile, et deviendra-t-elle des "activistes de la contribution", engagés activement dans le financement du développement de leur pays d’origine ? Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont envahis par des voix qui, souvent, se font entendre pour dénoncer la pauvreté et l'injustice sociale au Gabon. Ces "activistes de la faim", une expression désormais courante dans le pays, sont souvent perçus comme étant plus intéressés par la monétisation de leur audience sur les plateformes numériques que par une réelle contribution à l’édification du Gabon.
Cependant, il existe aussi des figures parmi la diaspora qui ont compris l’importance de l’investissement productif et de la contribution à l’assiette fiscale. Ces nouvelles voix pourraient incarner le futur d’une diaspora gabonaise plus responsable, plus engagée, et prête à jouer un rôle dans la création de richesses pour le pays. En cela, ils rejoignent les préoccupations exprimées par des personnalités comme Gary Adrielle Tsiga, un influenceur qui a assumé, parfois avec ironie, l’étiquette d’"activiste de la faim". Ces figures sont confrontées à un défi de taille. Passer du statut de "victimes de la pauvreté" à celui d’"acteurs du développement".
Le Gabon dispose de ressources humaines et financières colossales à l’étranger. L'absence de véritables engagements économiques de la part de la diaspora fortunée et scientifique ne peut plus être un prétexte, mais plutôt un appel à la réorganisation de cette dernière autour d’objectifs productifs. Les "activistes de la faim" doivent évoluer, et devenir des "activistes du développement", en investissant dans des projets locaux, en soutenant des initiatives d’entrepreneuriat ou en contribuant activement à la construction d’infrastructures nationales. Les Gabonais de l’extérieur doivent comprendre qu’ils ne sont pas que des critiques, mais également des bâtisseurs.
Comparaison entre les besoins des deux diasporas : RDC et Gabon
La diaspora congolaise, tout comme celle gabonaise, est un vecteur fondamental pour les économies de leurs pays respectifs. Cependant, les deux diasporas ont des rôles différents à jouer. Alors que la diaspora congolaise est déjà engagée dans une dynamique de financement, avec la mise en place d’outils numériques pour faciliter la contribution fiscale, la diaspora gabonaise semble encore trop focalisée sur la critique et la dénonciation. Le Congo, avec son projet de transformation de Kinshasa, incarne un modèle d’optimisme et d’engagement économique, tandis que le Gabon, marqué par des divisions internes et une communication souvent injurieuse et diffamatoire, semble peiner à mobiliser sa diaspora pour des actions concrètes.
Ainsi, alors que la RDC semble avancer, même timidement, dans la mobilisation de sa diaspora pour la fiscalité et le financement du développement, le Gabon reste dans une phase où la diaspora se cherche encore, entre critiques acerbes et actions limitées. Il est grand temps pour cette dernière de dépasser ses rôles traditionnels d'opposants et de se positionner en acteurs du changement, prêts à investir et à contribuer à l’édification du Gabon de demain.
Dans l’idéal, la diaspora gabonaise devrait s’inspirer de la RDC en contribuant à l’assiette fiscale de leur pays.