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CHERCHEURS SANS MOYENS, LA SCIENCE AU RALENTI

CHERCHEURS SANS MOYENS, LA SCIENCE AU RALENTI
Chercheurs sans moyens au Gabon : science ralentie et fragilisée

Dans les couloirs silencieux de l’université Omar Bongo de Libreville (UOB) et de l’Institut Supérieur de Technologie (IST), le temps semble parfois suspendu. Les murs portent les marques de l’humidité, les laboratoires paraissent figés dans une autre époque, et les chercheurs avancent à pas mesurés, contraints par une réalité persistante : le manque de moyens. Au Gabon, comme dans plusieurs pays d’Afrique centrale, la recherche scientifique survit davantage grâce à la passion des chercheurs qu’au soutien institutionnel.


Une ambition scientifique freinée par les contraintes matérielles


Dans certains laboratoires de biologie environnementale, les enseignants-chercheurs accueillent leurs étudiants avec des équipements vieillissants, parfois âgés de plus de vingt ans. « Nous avons des idées, des sujets pertinents, mais sans équipements, la science devient une intention inachevée », confie un enseignant-chercheur.


Son projet actuel porte sur l’impact de la pollution pétrolière sur les écosystèmes côtiers du sud du pays, une problématique majeure dans un contexte où les activités extractives côtoient des zones de biodiversité fragile. Mais très vite, les obstacles s’accumulent. Absence de réactifs, pannes de matériel, manque de véhicules pour les missions de terrain. Chaque étape devient un défi.


Des laboratoires sous-équipés


Dans les espaces de recherche universitaires, les étagères ne sont pas toujours remplies de produits chimiques, mais souvent de dossiers en attente de financement. Les chercheurs s’adaptent, bricolent, contournent les limites techniques. Les expériences sont parfois simplifiées faute de matériel adéquat. « Nous faisons de la science avec des moyens de survie scientifique », témoigne une doctorante en chimie.


Les équipements modernes, indispensables à une recherche compétitive, restent rares. Certains appareils fonctionnent de manière intermittente, d’autres sont hors service depuis plusieurs années. Leur réparation dépend souvent de pièces importées, coûteuses et difficiles à obtenir dans des délais raisonnables.


Le financement, principal frein à la recherche


Au cœur des difficultés, le financement demeure le problème central. Les budgets alloués à la recherche sont souvent insuffisants pour couvrir les besoins fondamentaux, encore moins pour soutenir des projets ambitieux. Les appels à projets existent, mais les financements tardent à être débloqués ou ne couvrent qu’une partie des coûts réels.


Un enseignant-chercheur raconte avoir attendu plus d’un an pour obtenir une réponse concernant un financement de terrain. « Quand l’accord est arrivé, la saison des pluies avait déjà commencé. Nous avons dû reporter », explique-t-il. Ces retards récurrents ralentissent les travaux et découragent certains jeunes chercheurs.


Publier ou disparaître : une pression constante


Dans le monde académique, la publication scientifique est essentielle. Pourtant, pour de nombreux chercheurs gabonais, accéder aux revues internationales représente un véritable parcours du combattant. Les frais de publication, parfois élevés, constituent un obstacle majeur en l’absence de soutien financier.


« On nous demande d’être visibles dans la recherche mondiale, mais sans nous donner les moyens de l’être », déplore une jeune chercheuse en master. De nombreux travaux restent ainsi inédits, confinés aux tiroirs des laboratoires, et donc invisibles pour la communauté scientifique internationale.


Les conférences internationales, un luxe inaccessible


La participation aux conférences internationales constitue un autre défi majeur. Entre les billets d’avion, les frais d’inscription et l’hébergement, les coûts sont souvent prohibitifs. Beaucoup de chercheurs renoncent à présenter leurs travaux à l’étranger.


« Une conférence, ce n’est pas seulement un déplacement. C’est une opportunité de collaboration et de visibilité. Quand on en est exclu, on avance seul », regrette un enseignant-chercheur.


Une jeunesse scientifique entre passion et incertitude


Malgré ces contraintes, les jeunes chercheurs poursuivent leurs travaux avec détermination, souvent au prix d’efforts personnels importants. Mais l’enthousiasme initial s’érode face aux difficultés répétées.


Certains envisagent déjà de quitter la recherche ou de poursuivre leur carrière à l’étranger, où les infrastructures sont plus développées. Ce phénomène de fuite des cerveaux fragilise davantage un système scientifique déjà vulnérable.


Une science en quête de soutien durable


La recherche scientifique au Gabon se trouve aujourd’hui à un tournant. Entre ambition intellectuelle et contraintes structurelles, elle tente de maintenir le cap. Les chercheurs continuent de croire en leur mission, malgré les limites.


« Nous avons les cerveaux, nous avons les idées. Il nous manque seulement les moyens. Et sans science, aucun pays ne peut vraiment se développer », résume un enseignant-chercheur.


Dans les couloirs des universités, les pas résonnent encore. Discrets, mais déterminés. Comme une science qui refuse de s’éteindre, même au ralenti.


Repères chiffrés


Selon plusieurs estimations issues du milieu universitaire en Afrique centrale, la recherche scientifique au Gabon représenterait moins de 0,5 % du PIB, contre une recommandation internationale d’environ 1 %. Près de 70 % des laboratoires seraient sous-équipés, tandis qu’environ 60 % des chercheurs déclareraient manquer de financements pour leurs projets.


Par ailleurs, plus de 50 % des travaux scientifiques ne seraient pas publiés faute de moyens de diffusion. Enfin, près de 40 % des jeunes scientifiques envisageraient une carrière à l’étranger. Ces indicateurs traduisent un système fragilisé, où les ambitions scientifiques dépassent largement les ressources disponibles, freinant durablement l’innovation et le développement du pays.


 

Par Pamphil

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