FRAIS D’AGENCE : QUI PAIE ?
Un débat relancé dans les quartiers.
Au fil des échanges avec les habitants, une réalité s’impose : la pression financière liée à l’accès au logement est de plus en plus ressentie. Entre loyer, caution et charges annexes, les frais d’agence apparaissent comme un fardeau supplémentaire pour de nombreux locataires. Germy, rencontré sur place, dénonce une situation qu’il juge injuste . « Je constate qu’aujourd’hui les bailleurs font payer au locataire les frais d’agence. Par exemple si un loyer est à 150 000 F, tu vas payer un mois de loyer, la caution, et les frais d’agence d’environ 90 000 F. Vous vous retrouvez à payer près de 390 000 F avant de commencer à occuper une maison. Chose qui ne doit pas se faire. »
Dans le même élan, Jean Claude, aujourd’hui propriétaire, revient sur son vécu de locataire. « À mon avis, normalement c’est le bailleur qui doit payer. Je ne peux pas condamner, mais ça doit être une attente. Ce sont les autorités qui doivent voir cette situation. Parce que le locataire dépense déjà pour l’eau, l’électricité, et la location. S’il doit encore payer des frais. Aujourd’hui, je suis propriétaire, je vois après coup ce que je dépensais lorsque je louais. »
Des bailleurs aux positions contrastées.
Du côté des propriétaires, les opinions sont partagées. Certains défendent une logique selon laquelle celui qui sollicite l’agence doit en assumer les frais. C’est le cas de Ngoma Ngoma, qui affirme : « C’est celui qui a sollicité l’aide qui doit payer l’agence. Sinon moi, je fais seulement la publicité et les gens viennent vers moi. »
À l’inverse, d’autres bailleurs estiment que cette responsabilité leur incombe. Ella explique : « Normalement, c’est le bailleur qui doit payer les frais, parce que c’est ma maison, je cherche un locataire. Si des démarcheurs viennent vers moi et que je leur donne la responsabilité de trouver les clients, après ça je peux les rémunérer. Ce n’est pas aux clients de payer. »
Un cadre juridique pourtant bien défini.
Au-delà des perceptions, la loi encadre clairement la question au Gabon. La Loi n°006/2017 du 09 août 2017 stipule que l’agent immobilier ne peut percevoir une commission qu’en présence d’un mandat écrit préalablement signé. Elle précise également que, dans le cadre d’une location, la commission est généralement à la charge du locataire, tandis qu’en cas de vente, elle revient au vendeur, et en gestion locative, au bailleur.
Entre loi et pratiques, un fossé persistant.
Malgré ce cadre réglementaire, certaines dérives continuent d’être observées sur le terrain, notamment l’exigence de frais de visite par des démarcheurs informels, sans base légale. Une situation qui alimente le sentiment d’injustice chez de nombreux usagers.
Ainsi, entre exigences économiques, interprétations des rôles et application incomplète de la loi, la question des frais d’agence reste au cœur des préoccupations à Libreville. Pour beaucoup, un meilleur encadrement et une application stricte des textes apparaissent aujourd’hui comme une nécessité pour rétablir l’équilibre entre bailleurs et locataires.