LE GABON FACE AUX DYNAMIQUES CONTRASTÉES DE SES ACTIVITÉS COMMERCIALES
Au quatrième mois de l’année 2026, le Gabon s’efforce de réconcilier ses atouts naturels, hérités d’années d’exploitation pétrolière, avec une volonté politique affirmée de diversification économique. Tandis que certains segments du commerce montrent des signes de vitalité, d’autres peinent à retrouver une croissance régulière dans un contexte national marqué par des défis structurels.
Une économie dépendante mais en mutation
L’économie gabonaise demeure intrinsèquement liée à ses ressources naturelles, notamment le pétrole, le bois et les minerais, qui constituent traditionnellement l’essentiel des exportations du pays. Selon les données de la Banque mondiale et du FMI, le commerce extérieur représentait près de 94,5 % du PIB en 2024, avec une progression des exportations de biens malgré un environnement mondial incertain.
Cette dépendance structurelle se double d’une croissance modérée du Produit intérieur brut, estimée autour de 3,1 % en 2024 et proche de 2,9 % pour la période 2024‑2026, dans un scénario où la diversification est encore timide.
2024 : un excédent commercial solide, mais des fragilités révélées
L’année 2024 a été marquée par un excédent commercial notable, avec une balance positive de 3 433,5 milliards de francs CFA, en hausse de près de 1,9 % par rapport à 2023, notamment grâce à la progression des exportations de manganèse, de bois et d’or. Cependant, cette performance masque des fragilités : les exportations de pétrole brut, pivot de l’économie, ont reculé de 2,3 %, soulignant la vulnérabilité du pays aux fluctuations des cours mondiaux.
Le commerce structuré en 2025 : essoufflement et contrastes
L’année 2025 a offert un tableau économique contrasté. D’un côté, certains segments du commerce moderne ont connu un ralentissement. Au troisième trimestre 2025, l’indice du chiffre d’affaires du commerce structuré a enregistré un recul de 2,3 %, reflétant un fléchissement de la demande intérieure après un regain d’activité lié notamment à la période électorale.
Dans ce contexte, les grandes surfaces, les chaînes de distribution et les opérateurs du commerce moderne ont vu leurs performances s’éroder, conséquence d’une moindre consommation des ménages et de contraintes de trésorerie dans certains segments, comme celui des produits pharmaceutiques.
À l’inverse, le secteur des services financiers digitaux, notamment le Mobile money, a continué à gagner du terrain en 2025. Au deuxième trimestre, le chiffre d’affaires de ce segment a progressé de 6,2 % par rapport au trimestre précédent, avec une croissance annuelle de 16 % et une augmentation significative des comptes actifs.
Précurseur de la transition digitale, ce segment a traité en 2024 des transactions d’une valeur totale de plus de 4 000 milliards de francs CFA, avec une montée en puissance des paiements de biens et services par mobile dans le commerce intérieur.
Commerce extérieur : la Chine au premier rang
Sur la scène internationale, le Gabon a maintenu en 2025 des relations commerciales marquées par des partenaires solides. La Chine est restée le premier client du Gabon au premier trimestre de cette année‑là, absorbant près de 36,9 % des exportations, suivie par des pays comme l’Indonésie, l’Inde et l’Espagne.
Ces relations témoignent de l’importance des marchés asiatiques dans les stratégies d’exportation gabonaises, en particulier pour les produits de base, même si l’objectif de transformation locale et de montée en gamme demeure une priorité affichée par les autorités.
Vers 2026 : opportunités et défis d’un commerce en redéfinition
Le Gabon poursuit une stratégie ambitieuse de réformes économiques, portée notamment par des cadres juridiques récents comme la Loi n°005/2025 sur la réglementation des activités commerciales, adoptée en mars 2025. Cette loi vise à clarifier les conditions d’exercice commercial, y compris pour les opérateurs étrangers, mais reste partiellement mise en œuvre faute de décrets d’application.
Les perspectives pour 2026 soulignent la nécessité de renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, d’accélérer la transformation locale des ressources et de dynamiser l’économie digitale pour élargir les bases du commerce. Les autorités mettent aussi l’accent sur les infrastructures, la facilitation des échanges et l’intégration régionale au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Des pistes de croissance
Les activités commerciales au Gabon à l’orée de 2026 reflètent une économie en pleine transition. Si certains segments, comme le commerce structuré, ont montré des signes de ralentissement en 2025, d’autres, comme le Mobile money ou les exportations vers des marchés clés, illustrent des pistes de croissance. L’enjeu pour Libreville consiste à traduire en actions concrètes les réformes et stratégies qui permettront au Gabon d’atténuer sa dépendance aux matières premières et d’inscrire son commerce dans une trajectoire durable et inclusive.