FACILITER L’ACCÈS À LA PROPRIÉTÉ AU GABON, UN ENJEU NATIONAL
Depuis plusieurs années, l’accès à la propriété foncière et immobilière demeure l’une des principales préoccupations des Gabonais. À Libreville comme dans les provinces, des familles entassent leurs économies en espérant décrocher un titre foncier, un rêve souvent entravé par un système administratif complexe, un marché tendu et un encadrement réglementaire parfois désuet. Or, de nombreuses réformes et initiatives récentes montrent une volonté des autorités de transformer cette réalité. De fin 2023 à 2026, l’État multiplie les mesures pour simplifier, sécuriser et rendre plus accessible l’acquisition de biens fonciers et immobiliers.
2023‑2024 : premières mesures et initiatives structurantes
En fin 2023, la Société nationale immobilière (SNI) lançait des programmes dédiés à l’accession à la propriété, notamment pour la diaspora gabonaise, avec des tarifs attractifs pour des parcelles viabilisées entre 5 000 et 18 000 FCFA/m² dans le cadre du Programme Accéléré d’Accession à la Propriété (PAAP), ainsi que des villas clé en main à des prix plus accessibles pour des ménages moyens. Ce dispositif visait à rendre plus abordables les coûts d’accès à la propriété foncière pour les Gabonais de l’intérieur comme ceux de la diaspora.
En 2024, l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre (ANUTTC) annonçait la régularisation foncière de plus de 1 100 personnes, témoignant d’une accélération des décisions de cessions foncières dans l’objectif de sécuriser juridiquement les droits des occupants et de mettre fin aux longues procédures anciennes.
2025 : « Un Gabonais – Une parcelle » et une vision élargie
L’année 2025 a été marquée par l’initiative présidentielle dite « Un Gabonais – Une parcelle », où plusieurs centaines de titres fonciers ont été remis à leurs bénéficiaires, notamment sur le site d’Igoumié à Owendo. Cette action, très médiatisée dans la presse nationale, symbolise une politique de redistribution foncière et de reconnaissance du droit des citoyens à disposer d’un terrain pour construire leur logement familial.
Les spécialistes gabonais ont également souligné que cette dynamique s’inscrit dans un programme national d’urbanisation et de réduction du déficit en logements, estimé à des dizaines de milliers d’unités. Les experts internationaux ont, pour leur part, souvent rapproché ces actions de stratégies similaires dans plusieurs pays africains confrontés à des défis comparables, même si chacun agit avec des moyens institutionnels différents.
2026 : accélération des réformes et résultats concrets
L’année 2026 s’ouvre avec des avancées significatives. En février, le gouvernement a annoncé la remise de 5 224 décisions de cession foncière, une performance qui, selon les autorités, équivaut à près de 18 ans de production foncière au rythme historique au Gabon. Cette accélération témoigne d’une volonté de dépasser les lenteurs administratives héritées du passé et de faire de l’accès à la propriété un levier d’inclusion sociale et de stabilité.
Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé un objectif ambitieux. 50 000 titres fonciers supplémentaires en 2026, avec un coût plafonné à 600 000 FCFA par titre, pour rendre ces droits accessibles à un plus grand nombre de citoyens.
Mais malgré ces chiffres, plusieurs experts gabonais et internationaux soulignent que plusieurs obstacles subsistent. La numérisation du cadastre est encore partielle, des démarches administratives restent lourdes, et la sensibilisation des populations sur leurs droits fonciers doit être renforcée.
Encadrement des loyers : un volet moins avancé mais contesté
À côté des réformes foncières, la question de l’encadrement des loyers revient régulièrement dans le débat public. Techniquement, le Gabon dispose d’un cadre juridique, notamment la Loi n°15/88 du 30 décembre 1988 et des textes d’urbanisme anciens, qui fixent les grandes lignes de la fixation des loyers et de leur révision. La loi prévoit notamment des plafonds basés sur la valeur locative du bien et l’obligation de contrats écrits pour certains seuils.
Pourtant, la pratique révèle une réalité différente. Dans des villes comme Libreville ou Port‑Gentil, les loyers mensuels d’appartements peuvent dépasser fréquemment 300 000 à 500 000 FCFA, voire jusqu’à 1 à 2 millions FCFA dans les quartiers les plus prisés, au‑delà des plafonds théoriques, et souvent sans dépôt officiel des contrats auprès des autorités.
Une partie des experts souligne également l’absence d’une mise en œuvre effective d’un encadrement moderne des loyers, ce qui expose les locataires à des pratiques abusives, notamment des frais d’agence exorbitants ou des cautions multiples.
Des progrès incontestables dans l’accès à la propriété foncière
Si les années 2023 à 2026 ont vu des progrès incontestables dans l’accès à la propriété foncière, avec des résultats administratifs concrets et des mesures politiques fortes, la question de l’encadrement locatif reste partiellement traitée, souvent dépassée par les réalités du marché. Pour que l’accès au logement devienne réellement accessible à tous, il faudra poursuivre la modernisation des textes, renforcer la transparence du marché locatif et garantir que les réformes touchent le quotidien des familles gabonaises, afin que propriété et logement ne soient plus des rêves, mais des réalités concrètes.