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AU GABON, ÊTRE FONCTIONNAIRE RESTE LE PLUS GRAND RÊVE DES JEUNES

AU GABON, ÊTRE FONCTIONNAIRE RESTE LE PLUS GRAND RÊVE DES JEUNES
Au Gabon, la fonction publique attire les jeunes en quête de stabilité

Dans les quartiers populaires de Libreville comme dans les provinces les plus reculées, une ambition revient avec insistance dans les conversations des jeunes. Intégrer la fonction publique. À 20, 25 ou 30 ans, ils sont des milliers à nourrir ce rêve, considéré comme la clé d’une vie stable dans un pays où les incertitudes économiques pèsent lourdement sur les trajectoires individuelles. Mais cette aspiration largement partagée se termine parfois en cauchemar, parfois proche de l’illusion.


Une aspiration profondément ancrée


Au Gabon, devenir fonctionnaire n’est pas simplement un choix de carrière, c’est un idéal social. Dans de nombreuses familles, réussir un concours administratif est considéré comme une consécration. « Mon fils doit être fonctionnaire »,  « Ma fille est maintenant fonctionnaire »  entend-on souvent dans les foyers,  comme un gage de réussite et de respectabilité.


Selon certaines estimations, près de 70 % des jeunes diplômés gabonais privilégieraient la fonction publique comme premier choix professionnel. Ce chiffre, bien que non officiel, illustre une tendance lourde. La méfiance vis-à-vis du secteur privé et la recherche d’une sécurité durable.


La sécurité de l’emploi, argument majeur


L’un des principaux attraits de la fonction publique reste la sécurité de l’emploi. Dans un contexte marqué par un taux de chômage des jeunes oscillant autour de 35 %, obtenir un poste de fonctionnaire signifie échapper à la précarité. Une fois recruté, le fonctionnaire bénéficie d’une stabilité quasi garantie jusqu’à la retraite.


À cela s’ajoutent des avantages non négligeables. Salaires réguliers, accès à certaines primes, couverture sociale, et parfois des facilités de logement, en cas de promotion à un échelon élevé. Même si les salaires ne sont pas toujours élevés, certains agents débutent autour de 150 000 à 300 000 francs CFA, la régularité du revenu rassure.


Des concours rares et très sélectifs


Mais accéder à la fonction publique relève souvent du parcours du combattant. Les concours sont rares, parfois espacés de plusieurs années. Lorsqu’ils sont ouverts, ils attirent un nombre massif de candidats.


En 2023, par exemple, un concours administratif ayant proposé environ 500 postes aurait enregistré plus de 20 000 candidatures. Un ratio qui en dit long sur la compétition féroce. Résultat. Des milliers de jeunes restent sur le carreau, contraints d’attendre la prochaine opportunité ou de revoir leurs ambitions.


Cette rareté alimente également un sentiment de frustration. Certains dénoncent un manque de transparence dans les recrutements, tandis que d’autres évoquent des pratiques de favoritisme, bien que difficiles à prouver.


Le privé, une alternative peu séduisante


Face à cette ruée vers la fonction publique, le secteur privé peine à convaincre. Pourtant, il représente une part importante de l’économie gabonaise. Mais pour beaucoup de jeunes, il est synonyme d’instabilité.


Contrats précaires, licenciements fréquents, salaires jugés insuffisants, congés techniques dans certains secteurs, fermetures d’entreprise. Autant de facteurs qui freinent l’enthousiasme. « Dans le privé, on peut vous remercier du jour au lendemain », confie un diplômé en gestion âgé de 28 ans.


Ce manque de confiance contribue à renforcer l’image idéalisée de la fonction publique, perçue comme un refuge face aux aléas du marché du travail.


Entre rêve collectif et désillusion individuelle


Cependant, la réalité de la fonction publique n’est pas toujours à la hauteur des attentes. Effets de solde retardés, lenteurs dans les régularisations administratives, conditions de travail parfois difficiles, critères de promotion souvent subjectifs, affections dans des zones où il manque certains services de base. Autant de défis auxquels les agents sont confrontés.


Certains fonctionnaires dénoncent également un manque de perspectives d’évolution. « On entre avec des espoirs, mais on stagne pendant des années », explique un agent en poste depuis plus de 15 ans.


Ainsi, le rêve peut rapidement se transformer en désillusion, surtout pour ceux qui espéraient une ascension rapide ou une amélioration significative de leur niveau de vie.


Quelle issue pour la jeunesse gabonaise ?


La forte attractivité de la fonction publique pose une question fondamentale. Celle de la diversification des opportunités pour les jeunes. Peut-on continuer à concentrer autant d’attentes sur un secteur aux capacités d’absorption limitées ?


Chaque année au Gabon, près de 10 000 nouveaux diplômés arrivent sur le marché de l’emploi, alors que les recrutements publics restent très en deçà de ce chiffre. Ce déséquilibre structurel appelle des réponses urgentes.


Encourager l’entrepreneuriat, valoriser les métiers techniques, renforcer la formation professionnelle. Autant de pistes évoquées par les experts pour rééquilibrer les aspirations.


Un rêve toujours vivace


Malgré les obstacles et les désillusions, le rêve de devenir fonctionnaire demeure solidement ancré dans l’imaginaire collectif gabonais. Il incarne à la fois la quête de stabilité, le besoin de reconnaissance sociale et l’espoir d’un avenir meilleur.


Etant donné que plusieurs générations de jeunes Gabonais poursuivent ce même objectif, il y a lieu de dire que tant que les alternatives crédibles feront défaut, la fonction publique restera ce Graal que beaucoup convoitent quitte à en découvrir les limites une fois le rêve atteint.





 





 

Par Pamphil

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