DÉMOLITION DES 90 BATIMENTS DÉMARRE MALGRÉ LES INQUIÉTUDES
Une opération lancée malgré le retard de certains occupants.
C’est en présence du ministre délégué à l’Économie, accompagné des responsables de la Direction nationale du patrimoine, que les engins de l’entreprise chargée des travaux ont procédé au lancement de cette opération. Celle-ci vise à améliorer le site et à démolir certains bâtiments dont l’état de dégradation est jugé très avancé.
Sur les lieux, le retard de certains occupants, qui ont attendu la matinée du 16 mars pour sortir leurs effets des logements, n’a pas freiné l’élan des autorités. Ces dernières se disent déterminées à faire respecter la décision de libérer les bâtiments jugés illégalement occupés.
Des habitants préoccupés par la méthode et les conséquences sociales
Parmi les habitants, les réactions restent partagées. Ngoua, résident des Trois Quartiers, affirme ne pas être opposé à l’opération de démolition.
« Nous ne sommes pas contre, mais nous voulons que cela se fasse avec la manière », explique-t-il. Selon lui, les procédures devraient être mieux respectées. « Vous ne pouvez pas venir un matin dire aux gens qu’ils ont seulement deux jours pour déguerpir », déplore-t-il, tout en s’interrogeant sur le sort des familles et des apprenants contraints de quitter les lieux dans l’urgence.
Annie Flore, une autre résidente plaide également pour une meilleure prise en compte de la situation des familles, notamment celles ayant des enfants scolarisés. Elle estime que l’opération aurait pu être programmée pendant les vacances scolaires afin d’éviter de perturber les élèves.
« Il y a plusieurs établissements autour, comme le lycée d’État et d’autres écoles. Si les familles sont obligées de partir loin, certains enfants risquent de ne plus pouvoir venir à l’école régulièrement », explique-t-elle. Selon elle, cette situation pourrait avoir des conséquences sur la réussite scolaire des enfants.
Pour cette dernière, installée dans la zone depuis 2012, estime également que la situation actuelle résulte d’un manque de suivi dans la gestion des logements par les autorités. Selon elle, plusieurs occupants initiaux sont partis au fil des années, laissant leurs enfants ou d’autres personnes occuper les appartements.
Elle explique que certains de ces logements ont ensuite été loués ou occupés de manière informelle, faute d’un contrôle strict du patrimoine. « S’il y avait eu un suivi rigoureux, les choses ne seraient pas arrivées à ce niveau », souligne-t-elle.
Sécurité, activités économiques et développement local au cœur des préoccupations.
Pour Ngoua, la situation sécuritaire autour des immeubles est devenue préoccupante.
« Ces bâtiments sont devenus un refuge pour les bandits. Nous qui vivons à proximité sommes en danger, car chaque fois que nous rentrons chez nous, nous pouvons être braqués », affirme-t-il. Selon lui, si la démolition doit avoir lieu, elle devrait être totale afin d’éviter que les lieux ne restent un foyer d’insécurité.
Annie Flore attire aussi l’attention sur les petits commerçants du quartier, notamment des femmes qui vivent de petites activités commerciales au quotidien.
« Beaucoup de ces femmes utilisent ces petits commerces pour payer la scolarité ou le transport de leurs enfants. Si tout disparaît du jour au lendemain, elles n’auront plus de moyens pour continuer leurs activités », affirme-t-elle, appelant les autorités à prévoir un accompagnement pour ces acteurs de l’économie locale.
Enfin, l’intervenante estime que les projets de développement dans la zone devraient davantage bénéficier aux populations locales. Elle évoque notamment le manque d’infrastructures commerciales pour les habitants du quartier.
Selon elle, les populations souhaitent voir la création d’espaces commerciaux ou de marchés permettant aux habitants, notamment aux femmes commerçantes, de développer leurs activités et de participer à l’économie locale.
Des inquiétudes persistantes.
Si l’opération de démolition des bâtiments des 90 logements est désormais lancée, elle continue néanmoins de susciter des inquiétudes chez certains habitants des Trois Quartiers, qui redoutent notamment pour leur sécurité et les conséquences sociales de cette opération sur les familles et les activités économiques du quartier.