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POURQUOI LES PME NE SONT-ELLES PAS ENCORE AU CŒUR DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE GABONAISE ?

POURQUOI LES PME NE SONT-ELLES PAS ENCORE AU CŒUR DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE GABONAISE ?
Pourquoi les PME gabonaises restent sous-exploitées malgré leur potentiel économique

Dans les rues de Libreville, dans les marchés de Nzeng-Ayong, dans les ateliers de menuiserie d’Akanda ou les petites unités de transformation d'Owendo, les petites et moyennes entreprises (PME) sont partout. Elles sont discrètes mais omniprésentes dans la vie économique du Gabon. Pourtant, malgré leur potentiel immense, elles restent encore sous-exploitées comme moteur de croissance nationale.


Dans un pays où l’économie reste fortement dépendante du pétrole et des matières premières, les PME représentent une opportunité stratégique pour diversifier l’économie, créer de l’emploi et renforcer la souveraineté économique. La question n’est plus de savoir si les PME sont importantes. La vraie question est la suivante. Pourquoi ne sont-elles pas encore au cœur de la politique économique gabonaise ?


Les PME : colonne vertébrale silencieuse de l’économie


Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au Gabon, les PME représentent près de 90 % du tissu économique national, ce qui montre leur poids dans l’activité économique quotidienne. 


Dans plusieurs économies développées, les PME constituent le socle de la croissance. Au Gabon, elles participent déjà à environ 58 % des emplois occupés, mais leur contribution au Produit intérieur brut reste encore limitée à environ 21 %, un niveau jugé relativement faible au regard de leur importance numérique. 


Ce paradoxe révèle une réalité bien connue des opérateurs économiques. Les PME gabonaises existent, mais elles ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour se développer.


Pourtant, leur potentiel est immense. Si les politiques publiques réussissaient à renforcer ce secteur, la contribution des PME au PIB pourrait atteindre 50 % à l’horizon 2025, selon les objectifs fixés dans les stratégies nationales de développement. 


Autrement dit, les PME pourraient devenir l’un des moteurs les plus puissants de la croissance économique gabonaise.


Un formidable réservoir d’emplois pour les jeunes


Dans un pays où le chômage des jeunes constitue un défi majeur, les PME peuvent jouer un rôle déterminant. Chaque année, des milliers de jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail. Or, les grandes entreprises, notamment dans les secteurs pétrolier ou minier, créent relativement peu d’emplois en raison de leur forte automatisation et de leur faible intensité en main-d’œuvre.


Les PME, au contraire, sont les principales créatrices d’emplois dans toutes les économies dynamiques.


Au Gabon, on estime que près de 10 000 entreprises sont créées tous les deux ans, preuve que l’esprit entrepreneurial existe dans la société gabonaise. Mais le problème majeur est la survie de ces entreprises. Selon certaines estimations, près de 80 % des PME disparaissent dans leurs premières années d’activité faute de financement, de formation ou d’accompagnement.  Ce taux de mortalité économique constitue un gaspillage énorme d’initiatives, d’idées et d’emplois potentiels.


Le problème central : le financement


S’il y a un obstacle majeur au développement des PME gabonaises, c’est bien l’accès au financement. Dans la pratique, de nombreux entrepreneurs dénoncent les conditions très strictes d’accès au crédit bancaire. Les banques exigent souvent des garanties élevées que les petites entreprises ne peuvent pas fournir.


En 2023, l’ensemble du financement bancaire de l’économie privée au Gabon représentait 14,7 % du PIB, un niveau encore inférieur à la moyenne de la zone CEMAC qui se situe autour de 21 % du PIB.


Cette situation limite fortement la capacité d’investissement des PME.


Résultat. Beaucoup d’entrepreneurs gabonais financent leurs projets avec leurs propres économies ou avec l’aide de leur famille. Dans ces conditions, il devient difficile de passer d’une petite activité informelle à une véritable entreprise structurée. Libreville, capitale économique mais aussi capitale des inégalités entrepreneuriales


Un autre défi majeur réside dans la concentration géographique des entreprises.


Au Gabon, près de 70 % des entreprises sont installées à Libreville, ce qui crée un déséquilibre économique important avec les autres provinces. Cela signifie que des régions entières restent encore peu développées sur le plan économique.


Cette concentration pose plusieurs problèmes :


-saturation du marché dans la capitale


- concurrence informelle très forte


-manque d’opportunités économiques en province


Pour les décideurs publics, la promotion des PME devrait donc s’accompagner d’une véritable stratégie d’aménagement économique du territoire.


Le défi de la sous-traitance nationale


Dans de nombreux pays émergents, les PME prospèrent grâce à la sous-traitance avec les grandes entreprises.


Au Gabon, cette synergie reste encore trop faible. Dans les secteurs stratégiques comme le pétrole, les mines ou les infrastructures, les marchés sont souvent captés par de grandes entreprises étrangères.


Pourtant, intégrer davantage les PME locales dans les chaînes de valeur pourrait transformer profondément l’économie nationale.


Imaginez un instant :


 -des PME gabonaises fabriquant des pièces industrielles


-des start-up technologiques travaillant avec les grandes sociétés


-des entreprises locales fournissant des services logistiques ou informatiques


Ce modèle existe déjà dans plusieurs économies africaines en pleine croissance.


Une révolution économique possible


Le développement des PME n’est pas seulement une question économique. C’est aussi une question de souveraineté nationale. Dans un contexte où l’économie gabonaise reste encore largement dépendante des matières premières, les PME peuvent devenir un instrument puissant de diversification économique. Elles peuvent dynamiser des secteurs clés comme :


- l’agroalimentaire


- la transformation du bois


- les services numériques


- le tourisme


- l’économie bleue


En d’autres termes, les PME peuvent construire l’économie post-pétrole du Gabon.


L’heure des décisions


Le potentiel est là. Les entrepreneurs sont là. Les idées existent. Ce qui manque encore, c’est une politique économique suffisamment audacieuse pour transformer les PME en véritable moteur de croissance. Les décideurs publics, les banques, les investisseurs et les grandes entreprises ont tous un rôle à jouer :


-faciliter l’accès au financement


-réduire la bureaucratie administrative


- favoriser la sous-traitance nationale


-soutenir l’innovation entrepreneuriale


Car la vérité est simple. Aucune grande économie ne s’est construite sans un tissu solide de petites et moyennes entreprises.


Le Gabon dispose aujourd’hui de tous les ingrédients pour réussir cette transformation.


La question est désormais entre les mains des décideurs. Vont-ils enfin faire des PME la priorité stratégique de l’économie gabonaise ?


 


 


 

Par Pamphil

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